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68 NÉCESSITÉ ET BUT OE l/ÉDUCATION
leurs rêves, et nos princes vivent à des hauteurs d*où ils perdent de vue les choses de la vie commune.
Et le peuple qui obéit aveuglément à de tels chefs n*est pas habitué, lorsqu'il s'agit de l'éducation de ses enfants, à porter son attention sur leur valeur intrinsèque, comme le marchand sur la valeur intrinsèque de sa marchandise. Ainsi s'explique la décadence du peuple.
La première éducation est fondée sur les premiers BESOINS de l'homme. — Lcs premiers besoins de l'homme sont corporels et matériels, et la satisfaction de ces besoins est ce qui produit la première impression éducatrice sur l'enfant : c'est donc aussi la base fondamentale de son éducation, car c'est de là que dépend le premier développement de ses facultés et de ses dispositions.
C'est en effet sur le sein de sa mère ou de sa nourrice que l'enfant, plus dépendant et plus gauche que toutes les autres créatures, éprouve les premières impressions morales, par le vague sentiment d'amour et de reconnaissance qu'entretient surtout chez l'être malheureux la conscience qu'il a de sa faiblesse et de ses besoins continus.
Donc les besoins corporels de l'enfant sont la base fondamentale du développement de ses facultés. C'est par eux qu'il est amené aux deux sentiments qui sont le fondement de toute la sagesse et la vertu humaines, c'est-à-dire à l'amour et à la reconnaissance, bases de toute morale humaine. '
Pour Pestalozzi, en effet, le progrès de la morale chez l'homme n'est pas autre chose que l'extension, le développement immédiat, l'épuration et la fixation des sentiments de reconnaissance et d'amour qu'éprouve déjà le nourrisson satisfait, réconforté et caressé. Aussi est-il absolument d'avis qu'en matière d'éducation on se borne à maintenir les enfants soigneusement dans cette voie si simple.
Tout le succès de l'éducation dépend donc surtout de la façon dont l'enfant aura appris à satisfaire ses besoins
extérieurs et corporels, et l'éducateur ne devra pas se laisser rebuter si, pendant longtemps, sa sollicitude ne doit s'appliquer qu'aux sens et aux besoins corporels de l'enfant.
La nature a enveloppé les facultés supérieures de l'homme comme d'une écorce; si vous brisez cette écorce avant qu'elle s'ouvre d'elle-même, vous découvrez une perle qui n'est pas entièrement développée, et vous détruisez le trésor de la vie que vous auriez dû conserver à votre enfant.
Le développement prématuré de l'esprit et du cœur détruit les véritables forces de l'homme.
Lorsque les enfants autour de moi demandent du pain à grands cris et croupissent dans la paresse, et que pendant ce temps je leur résous des opérations algébriques ou leur énumère les besoins de l'Etat, qui sont satisfaits sans moi, ou enfin que je leur expose mes rêves sur les choses de l'éternité, je manque au premier de tous les devoirs auquel l'homme est tenu envers son Créateur, le citoyen envers son pays, et un père envers son enfant : car il est hors de doute que ce devoir consiste avant tout à être un bon chef de famille et à pourvoir aux besoins de sa femme et de ses enfants.
Inconvénients des règles générales en pédagogie. — C'est pourquoi la première règle de l'éducation et la plus essentielle est de considérer avant tout la situation individuelle de l'enfant. Toutes les règles pédagogiques plus générales, qui s'appliquent non pas à un individu déterminé, mais à l'espèce humaine tout entière, peuvent facilement égarer *.
L*homme est d'ailleurs bien incapable de saisir des points de vue élevés et généraux, et en revanche il est très apte à considérer convenablement un objet isolé déterminé et à s'y donner tout entier. On trouvera plus aisément mille personnes capables de déduire pour ellesmêmes, de l'observation de leurs propres enfants, des