‹ Pestalozzi et l'éducation populaire moderneChapitre 51 sur 152 · Voir p · texte numérisé non relu

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70 NÉCESSITÉ ET BUT DE l'ÉDUCATION

principes pédagogiques fort justes , qu'une seule qui puisse se mettre en état, par la considération de la nature humaine et de ses besoins généraux, de faire Téducation d'un seul enfant conformément aux besoins de sa situation, une fois que celle-ci est bien déterminée.

Ta es un tel, disaient nos pères, et tu dois devenir ceci ou cela^ ou de telle manière. Dès lors ils voyaient nettement ce qu'ils voulaient, ce qu'ils pouvaient faire et ce qui devait être, et leurs enfants réussissaient généralement bien dans cette voie étroitement tracée.

Nous autres, au contraire, nous disons : L'homme peut aspirer à tout, et l'enfant doit être préparé à tout. Et nous nous forgeons des images de l'humanité que nous ne connaissons pas, et pendant ce temps-là nous ne faisons pas attention à l'enfant, — appelons-le Jean si vous voulez, — et l'enfant devient bon à rien, parce que, perdus dans les images de nos rêves sur l'humanité, nous oublions Jean, dans lequel a grandi l'homme que nous voulions élever.

Les vraies règles de l'éducation humaine ne doivent pas seulement être vraies en elles^-mêmes, mais elles doivent l'être encore à l'égard des personnes qui auront à en faire l'application. Et, à cet égard, le principe qui consiste à fonder le premier développement des facultés humaines sur les travaux de la maison est d'une vérité frappante, car le père et la mère, qui sont et doivent être en général les seuls éducateurs de l'humanité, sont toujours ramenés par mille circonstances domestiques à ce principe.

Les trois fins de l'éducation : fixer l'attention,

FORMER LE JUGEMENT, ENNOBLIR LE CŒUR. — FixCT l'at-

tention de l'enfant, développer et exercer sa faculté de jugement, et élever son cœur à de nobles sentiments : voilà l'essentiel parmi toutes les fins de l'éducation, et l'application de la jeunesse aux travaux domestiques est sans contredit le moyen le plus propre à atteindre ces trois buts.

Il n'y a pas de moyen plus sûr d'exercer l'attention

qae le travail en général : car il n*est pas possible de bien faire un travail sans y apporter une attention soutenue, et la variété qu'offrent aux enfants les travaux domestiques dont ils sont capables développe leurs aptitudes à poursuivre plusieurs objets différents à la fois *.

De même, Thomme n'exerce jamais mieux sa faculté de jugement que lorsqu'il est astreint de bonne heure à des occupations nombreuses et variées, car tout travail, toute occupation quelle qu'elle soit, demande certaines conditions d'exécution à l'occasion desquelles ordinairement le défaut de jugement, s'il existe, se manifeste tout de suite d'une façon frappante.

Enfin, en ce qui concerne l'élévation du cœur à de nobles sentiments et la préparation à toutes les vertus domestiques et civiqi^es, rien n'exerce mieux non plus les enfants à l'obéissance envers leurs parents ou les autres membres de leur famille et de la maison que l'habitude, prise de bonne heure, des travaux et occupations domestiques, et la participation des enfants aux affaires de la maison en général. Ceci est tellement vrai, qu'aucune autre étude ne saurait remplacer celle-là.

Supériorité de là famille sur les livres et les MÉTHODES. — D'ailleurs, il n'y a pas de livres ni de méthodes artificielles qui puissent remplacer l'éducation dans la famille. La meilleure histoire, le tableau le plus émouvant pris dans un livre est pour l'enfant comme une vision d'un songe, sans lien, sans suite, sans vérité intérieure. Au contraire, ce qui se passe à la maison sous les yeux de l'enfant se rattache naturellement dans son esprit à mille autres iïnages précédentes appartenant au même ordre d'idées, et a par conséquent pour lui une vérité intérieure. C'est pourquoi l'enfant peut si aisément être formé, par ces relations avec son entourage, à connaître les hommes et à exercer sans hâte prématurée son sens d'observation, choses si difficiles au contraire avec les livres et les méthodes artificielles.

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