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72 NÉCESSITÉ ET BUT DE l'ÉDUCATION
N'est-ce pas souvent une patience infatigable à tourner lentement la manivelle qui joue toujours le même air, ou une constante attention à mille petits riens, qui procure le repos à nos familles? Tandis qu'au contraire les pirouettes et les envolées de génie auxquelles nous voulons élever nos enfants ont généralement pour conséquence la ruine de tout repos et de tout bonheur domestique ! Et nous poursuivons néanmoins nos rêves, nous négligeons chaque jour davantage d'apprendre à nos enfiints, par l'éducation, à observer exactement tout ce qui se fait autour d'eux, à avoir celte patience infatigable dans toutes les épreuves qu'il leur faut subir, et cet ordre rigoureux qui doit faire le bonheur de leur vie.
L'ÉDUCATION VERBALE ET l'ÉDUCATION PRATIQUE.
La destinée de l'homme est si peu de bavarder, et il a tant besoin de gagner son pain, ce qui lui est impossible sans travail, qu'il est inconcevable qu'on le dirige avec tant de force vers la première de ces deux choses et qu'on néglige si visiblement l'autre.
C'est par l'habitude précoce du travail qui doit servir de gagne-pain que Ton fait de l'enfant un homme qui, plus tard, sera partout à sa place, tandis qu'au contraire* les enfants élevés seulement avec des mots ne se trouveront nulle part à leur place une fois qu'ils auront atteint l'âge mûr.
Inconvénients des principes généraux a priori POUR LA connaissance DE LA VÉRITÉ. — Ces cufauts à qui on a donné des connaissances prématurées et dont on a dirigé intempestivemeut le savoir vers des principes généraux que n'a pas précédés l'expérience, sont comme ces poules qui couvent sans avoir d'œufs.
Celui qui travaille beaucoup et qui apprend beaucoup par sa propre expérience et aboutit par là, dans les choses dont il s'occupe le plus, à des règles et à des principes généraux, marche bien plus sûrement devant lui, et sait trouver en lui-même, dans le cours de sa vie, ce dont il a besoin, au lieu et au moment où il en a besoin. Mais celui dont on a rempli de bonne heure la
tête avec des règles et des principes généraux, résultats d'expériences qui ne sont pas les siennes et de circonstances qui ne ressemblent en rien à celles qu'il a traversées, et qui veut appliquer ces principes sans en connaître la source, celui-là ressemblera assez, avec sa philosophie, à ces amusants petits citadins qui, se promenant aux champs et rencontrant des paysans qui conduisent des voitures de paille, leur parlent de leurs belles voitures de foin.
Les règles générales, tant que Tesprit n'a pas été bien dirigé vers l'observation des objets particuliers, vers la distinction des genres et des espèces, vers la recherche du détail et des différences dans chaque chose, n'ont d'autre résultat que de détourner les hommes du vrai sens de la vérité et de tout fondement du vrai savoir philosophique.
Apprends ton métier, et quand tu le sauras, tu pourras en parler, disaient nos ancêtres. Mais nous apprenons à nos enfants à prophétiser avant d'épeler, à jaser avant de travailler, et à donner des conseils avant de savoir apprécier.
Fort heureusement, dans la vie courante et dans les classes inférieures, on s'en tient encore aux anciens usages : chez les artisans et dans toutes les professions où l'on attache plus de prix au travail qu'aux phrases et à la parade, on apprend encore aux enfants à ne pas parler du métier avant qu'ils le connaissent ^
Education spéciale ou professionnelle. — L'éducation spéciale en vue d'une condition ou d'une profession n'est qu'un ensemencement pour le terrain où doit passer la charrue de l'éducation humaine, et qui doit être préparé en vue de la moisson. Toute éducation spéciale qui ne repose pas sur le fondement de l'éducation humaine manque son propre but ^