CHAPITRE PREMIER
Défauts de la pédagogie du temps. — Erreur du rationalisme.
— Culture des Grecs. — L'éducation élémentaire et les Grecs.
— L'éducation élémentaire et le peuple. — La méthode catéchétique. — La méthode socratique. — Influence néfaste des écoles et des universités. — Conséquences funestes de renseignement verbal des écoles. — Nécessité d'une réforme profonde-
— L*étude et le jeu.
DÉFAUTS DE LA PEDAGOGIE DU TEMPS. — L'éduCltion
scolaire de notre temps ne fait que coudre les oripeaux d'un savoir encyclopédique [Viehvissen] sur l'habit de vanité de notre être nul, non encore développé dans ses facultés essentielles : tel un apprenti tailleur garnissant de franges bariolées un habit qui n'irait pas à celui pour lequel il est fait.
Les peuples barbares, au moins, sont forts en un point : nous n'avons même pas cette force. Nous nous sommes imaginé l'avoir en beaucoup de points, pensant qu'une culture supérieure développerait les forces de notre nature en tous sens. Or cette culture supérieure ne l'a pas fait; car, loin d'être pour l'humanité une culture supérieure, elle n'a été en général pour elle qu'une cause d'affaiblissement* Manquant de hauteur morale et
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intérieure, bornée et soumise à un point de vue superficiel et terrestre, elle n'a mêihe pas eu pour but le développement de rhorame entier; quant à son développera ment partiel, elle devait nécessairement y écRôuervC n'ayant pas le lien logique et la base éducatrice' sur laquelle seule |)eut sq fonder le développement général. Deux choses lui manquaient en général : la vérité et Tamour, et cela par défaut de développement de ces deux forces.
La conséquence en a été la même que celle qui se pvp~ duit, dans Tordre physique, lorsqu'un champ ne trouve pas dans une culture appropriée, conduite logiquement et harmoniquemejit, les éléments généraux capables de purifier, d'alimenter et de vivifier sa force productive en vue du développement de ses fruits. La terre né produit alors que de mauvaises herbes qui étouffent le bon grçin. Or, la vérité et l'amour, ces fruits de l'esprit et du c'œur, sont étouffés dans un esprit et un cœur insiiffisamment développés, comme le bon grain du champ par les mauvaises herbes. Faute de culture suffisante, l'humanité retombe dans la barbarie, comme la terre retourne en jachère. Au lieu de la vérité l' appar ence, au lieu de l'amour l'égoïsme, au lieu de forces mûries, la faiblesse présomptueuse due au manque de maturité, au lieu de la quiétude que donne à l'individii la conscience dié sa valeur intérieure, Tin^iétude qui résulte nécessairement pour l'âme humaine * de l'absence de cette conscience : tel est notre lot.
ERREUR DU RATIONALISME. — Egalement dépourvue au point de vue de l'éducation physique et de l'éducation intellectuelle, notre génération s'est jetée à corps perdu dans l'abîme funeste d'un rationalisme vide et superficiel, et en s'acharnantà la poursuite des chimères d'une vie facile et agréable, elle est tombée dans le gouffre de la vie réelle.
Ce fut un malheur incalculable pour notre époque de se laisser tromper par l'apparence de cette culture rationaliste, tout extérieure et superficielle, qui ne repose ni
sar une éducation profonde de rintelligence, ni sur une culture supérieure des facultés. On voulut, en consé* qnence de cette aberration profonde, rendre les hommes raisonnables par l'instruction, et on ne sut ni leur donner cette instruction raisonnablement, ni leur donner de la raison pour acquérir cette instruction. On ne sut pas, à beaucQup près, développer en eux cette faculté de^ la raison nécessaire à la connaissance exacte des objets réels, et que celle-ci sert à former à son tour. Et néan-> moins on eut la prétention d'être arrivé à un très haut degré de culture et même d'avoir retrouvé le chemin de la haute culture des Grecs.
Culture des Grecs. — Mais les Grecs avaient fondé leur éducation sur le développement des facultés humaines par la vie libre et indépendante de Têtre humain, et non sur Textension des connaissances acquises. Leurs gymnases n'étaient pas des sortes de séminaires philologiques, non plus que leur culture humaniste n'était fondée sur l'étude de langues étrangères, anciennes ou modernes, ni de la littérature orientale ou égyptienne, bien que leur civilisation fût aussi peu primitive que la nôtre. C'est à notre temps qu'était réservée cette monstrueuse erreur de chercher la vie dans la mort, au lieu de chercher à ranimer celle-ci par celle-là.
Chez les Grecs, l'éducation spéciale en vue d'une condition ou d'une profession procédait de leur éducation générale, et non leur éducation générale de leur éducation spéciale. A son tour, leur éducation générale était l'œuvre de leurs institutions civiques, de leur force nationale, de leur législation, de leurs mœurs. Aussi personne n'a moins songé qu'eux à populariser les sciences. C'est à nous et à notre temps qu'il était réservé de nourrir de science des individus mineurs, afin de leur donner l'apparence de la force tout en les laissant dans leur état de minorité. Les Grecs n'agissaient pas et ne voulaient pas agir ainsi. Ils élevaient réellement leurs individus mineurs, par l'éducation, à l'état de majorité. Alors, parmi ces êtres devenus majeurs, les esprits
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vigoureux saisissaient eux-mêmes naturellement le point de vue supérieur que leur offrait leur culture scientiûque. C'est vers ce but, je crois, que nous devrions tendre de nouveau, et, autant qu'il est en notre pouvoir, par les moyens mêmes qui servirent aux Grecs à Tatleindre.
L'ÉDUCATION ÉLÉMENTAIRE ET LES GrECS. — NoUS
rapprochons-nous de cet état par Véducaiion élémentaire! Pestalozzi le croit. De même que nous reconnaissons dans l'élément divin du christianisme le moyen le plus parfait de moralisatîon pour notre race, de même nous trouvons au point de vue intellectuel, dans le modèle que nous offre la Grèce, le plus parfait de ceux qui aient été donnés à l'humanité. Et nous croyons qu'il est dans l'essence de Véducaiion élémentaire de conduire notre race, dans le développement de ses forces et par les conséquences nécessaires de la vérité, aux mêmes résultats que ceux auxquels la culture des Grecs avait conduit une grande partie de ce peuple.
Les Grecs avaient pour leur éducation des gymnases, c'est-à-dire des lieux d'exercices physiques et intellectuels vivants. Nous avons à la place des écoles, c'est-àdire des lieux d'enseignement et de dressage matériel affaiblissants : car la plupart de nos écoles ne sont pas autre chose. Or nous croyons que la méthode de Véducation élémentaire est propre à rétablir ces gymnases et à transformer aussi les écoles populaires suivant une conception supérieure à celle même qu'en avaient les Grecs, pour en faire des lieux d'exercices physiques et intellectuels en vue du libre combat par la vérité et l'amour, et réagir ainsi avec succès contre les multiples opinions erronées qui régnent actuellement sur l'éducation populaire *.
L'ÉDUCATION ÉLÉMENTAIRE ET LE PEUPLE ^ — On
s'ingénie aujourd'hui encore à apprendre au peuple à