‹ Pestalozzi et l'éducation populaire moderneChapitre 66 sur 152 · NATURE, BUT, ET DIVISIONS DE L'ÉDUCATION ÉLÉMENTAIRE · texte numérisé non relu

NATURE, BUT, ET DIVISIONS DE L'ÉDUCATION ÉLÉMENTAIRE

Première éducation de l'enfant par la mère, point de départ de l'éducation élémentaire. — Définition de Téducation élémentaire. — Réponse à une objection. — Divisions de l'éducation élémentaire. — L'éducation morale et religieuse. — L'éducation intellectuelle. — Acquisition et rôle éducatif du langage. — Etude des langues étrangères. — Formation du jugement. — Le langage, le nombre, la forme. — L'éducation physique. — L'éducation artistique. — Élément moral de l'éducation artistique. — Élément intellectuel de l'éducation artistique. — Élément physique de l'éducation artistique. — Première éducation esthétique. — L'éducation technique. — Caractère général humain de l'éducation élémentaire. — Impossibilité d'une application parfaite de l'éducation élémentaire. — ' Foi de Pestalozzi dans son œuvre. — Possibilité d'une science de l'éducation.

Première éducation de l'enfant par la mère, point DE départ de l'éducation ÉLÉMENTAIRE. — A partir de l'instant où la mère prend l'enfant sur ses genoux, elle l'instruit par le fait qu'elle rapproche de ses sens les objets que la nature lui présente confusément et à une grande dislance, et qu'elle lui facilite ainsi, en la rendant agréable et attrayante, l'opération de V intuition et les notions qui en dépendent.

Dans son ignorance et son innocence, 4a mère n'a même pas conscience de ce qu'elle fait. Elle ne songe nullement à instruire son enfant, elle veut seulement l'apaiser, l'occuper; et pourtant elle suit la marche sublime de la nature dans sa plus pure simplicité, sans se douter de ce que la nature opère par elle, et qui est si important : elle ouvre ainsi le monde à l'enfant, elle le prépare à l'usage de ses sens et au développement précoce de son attention et de sa faculté à.' intuition ,

Il faudrait donc continuer artificiellement ce que la mère a commencé instinctivement. « Mais à cet égard nous ne sommes pas encore aussi avancés que la femme

d'Appenzell, qui, dès les premières semaines après la naissance de Tenfant, suspend nu-dessus de son berceau un grand oiseau en papier multicolore, indiquant ainsi d'une façon précise le point où doit commencer Tart de donner à l'enfant une notion claire et solide des objets de la nature... Cet oiseau d'Appenzell est pour moi ce qu*est le taureau pour TÉgyptien : un objet sacré, et j*ai tout fait pour commencer mon enseignement au point de départ choisi par la femme d'Appenzell. »

Toutefois, Pestalozzi ne laissera jamais au hasard, ni au début ni dans la suite, le soin de présenter les choses aux sens de Tenfant : mais il profitera le plus possible du passage fortuit des objets pour y saisir l'essentiel et le présenter, dès l'âge le plus tendre, aux sens de l'enfant, alin d'en rendre l'impression ineffaçable *.

La mère ne reconnaît aucune liberté morale à l'enfant. En se vouant à lui dans son amour et en satisfaisant ses besoins, elle exige l'obéissance. Mais de même que par l'amour avec lequel elle se donne à lui, elle l'élève à la vérité, de même elle l'élève, par l'obéissance qu'elle exige de lui, à la liberté... Elle lui apprend à majpcher afin qu'il puisse se passer de sa direction; à pouvoir, afin qu'il se tire d'affaire lui-même; à connaître, afin qu'il sache lui-même ce qui lui manque. Elle se réjouit quand il peut plus qu'elle, qu'il connaît plus qu'elle, qu'il devient plus qu'elle. L'obéissance qu'elle réclame n'est que celle qu'exigent sa propre nature et ses besoins. Sa volonté n'est autre que la loi qu'imposerait à l'enfant sa propre raison s'il était majeur, c'est-à-dire libre, et à laquelle il se soumettrait de son propre mouvement. Elle a absolument confiance dans la raison qui doit se développer en lui, comme dans la sienne propre. Tout en exigeant de lui l'obéissance, et par la manière dont elle le fait, elle la suppose déjà chez lui. Elle le punit, elle lui demande des comptes, elle l'oblige à se disculper, et le déclare ainsi,

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