DE L INTUITION
tion de la conscience nette que noua avoQs des objets à'ialuUion isolés en idées et en jugements qui soient exacts, à l'aide de prouédés d'enseignement psychologiquement gradués, est entre nos mains, mais à un degré très Taible de perfection et de solidité. Depuis que le monde existe, on travaille ii faciliter au genre humain, par cet art, la transformation des éléments de culture de la faculté d'intuition en éléments de culture de la faculté de penser, et à élever le bon sens résultant de la simple aperception des objets de la nature au rang de faculté de penser etde juger, développée par des procédés logiqi
Mais ici encore on a abandonné le chemin de la nature. Au lieu de s'appliquer à grouper, à séparer et à comparer exactement et avec soin les objets perçus par ViniaUion, on veut de plus en plus apprendre aux enfants à penser, soit en augmentant d'une façon arbitraire et peu conformi à la nature les objets de la réflexion, perçus incomplète ment et superficiellement, soit en leur faisant étudier 1; logique, c'est-à-dire l'explication raffinée — je ne sais si je dois dire claire — , des lois éternelles qui régissent la faculté de penser. Mais de même que le premier procédé, loin d'aider au développement de cette faculté, ne peut qu'y apporter les plus grands obstacles, de même les lois éternelles de la logique ne peuvent être en aucune façon comprises par des élèves insuffisamment préparés, qui n'ont pas été exercés à l'usage progressif du jugement par l'habitude de grouper, de séparer et de comparer les objets de i'intuition ' : du moins elles ne peuvent être saisies par eus, dans leur vérité et leur profondeur, de manière à pouvoir servir d'une façon générale à développer et à fortifier le jugement. Dans ces conditions, la logique reste pour eux un livre fermé*.
Exemples ue notions intuitives. — Tout enfuni qui a appris à observer [ansc/iauen) avec une exactitude élémentaire, par exemple, les différents états de l'eau en
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repos ou en mouvement, et ses transformations en rosée, pluie, brume, vapeur, givre, grêle, etc., puis ses effets et l'action qu'elle exerce, dans tous ces états, sur d'autres objets naturels, et à s'exprimer là-dessus avec netteté, possède en lui-même les éléments des notions pédagogiques de physique sur tous ces objets. De même tout enfant qui a appris à observer d'une façon élémentaire, à la cuisine, la dissolution du sel et du sucre et leur retour à l'état de cristallisation, ou, à la cave, la fermentation du vin et sa transformation en vinaigre, ou ailleurs la transformation de l'albâtre en plâtre et du marbre en chaux, du sable en verre, etc., et à s'exprimer avec netteté sur toutes ces choses, possède en lui-même les éléments des notions intuitives des
i à l'étude desquelles se rattachent ces objets, aussi bien que l'enfunt qui a seulement appris à observer avec une exactitude élémentaire quelques cabanes de paysans dans toutes leurs parties et à s'exprimer làdessus avec netteté, possède en lui-même les éléments de l'architecture dans ses parties essentielles.
On ne saurait calculer à quel point le développement de la faculté à'intiiition, bien dirigée depuis le berceau, peut initier à la connaissance des objets scientifiques, lorsqu'elle est fondée sur des exercices intuitifs ordonnés psychologiquement et que cette étude abstraite a été préparée d'une manière solide et conforme à ta nature. Quand la faculté est vigoureuse, l'art est facile ; et quand l'art est facile, il conduit loin de lui-même. Un enfant qui a été solidement dirigé dans les exercices d'intuition sur le nombre et la forme se trouve avoir déjà parcouru à moitié le chemin qui conduit aux exercices d'abstraction dans le calcul et la géométrie, avant même que les exercices d'abstraction proprement dits aient pu être commencés avec lui d'une façon conforme à la nature. Ces derniers exercices supposent déjà une faculté d'i'/i portée à un notable degré de maturité
Inconvénient des vÉniTKS non bf.conues par l'cntkitios. — Toute vérité qui n'est reconnue que superliciellement, dont la connaissance n'est pas fondée dans ses purties essentielles sur ïintuiiinn [Anschauung], et qui n'a pas été soumise à re:(unicn de la pensée, reste dans t'hoiDine comme en l'air. Elle n'est pas propre à se rattacher naturelteraent à d'autres vérités avec lesquelles elle est pourtant en rapport naturel, et mille vérités ainsi reconnues superficiellement ont une action moins éducative sur le développement de la faculté de penser qu'une seule suffisammenl fondée sur Viiiiuiiion et reconnue dans toute son étendue par la faculti' de penser.
ILes vérités reconnues superliciellement ne peuvent en aucune façon nous conduire à l'harmonie de nos facultés, ) qui est le but suprême poursuivi par la nature dans leur
E développement, non moins que le but de tout l'ensemble [ de la pédagogie '.
S Procédés généraux ub l'intuition. Préceptes a
OBSERVER. — Apprenez d'ahord à ordonner vos intuition» et à achever le simple jusqu'à la perfection avant d'arriver au compliqué. Efforcez-vous d'étahlir dans chaque ordre de connaissances une succession telle que chaque notion nouvelle ne soit qu'une légère addition, presque insensible, aux connaissances antérieurement acquises, qui sont profondément enracinées et ne peuvent sortir de la mémoire.
Mette/, ensuite dans votre esprit toutes les choses de même nature dans l'ordre même où elles se trouvent réellement dans la nature. Subordonnez toutes les choses non essentielles, et notamment l'impression qui résulte de la vue arlilicielle de ces objet; la nature et de sa vérité réelle, chose plus d'importance qu'elle n
^^ la nature pour l'espèce humaine.
^■jj^^onnez de la force et de la n
e qui résulte de nei à aucune ivement dans
impressions
inng, S U6.
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des^ objets importants en les rapprochant de vous par Fart pédagogique et en les faisant agir sur vous par plusieurs sens différents. Rappelez- vous à cet effet la loi physique en vertu de laquelle la force des impressions produites sur nous par les objets est en proportion de leur proximité ou de leur éloignement par rapport à nos sens ^ N'oubliez jamais que cette proximité ou cet éloignement physique influe considérablement sur Télément positif de vos opinions et sur vos relations, vos devoirs et même yotre vertu.
Considérez toutes les impressions de la nature physique comme absolument nécessaires et reconnaissez dans ce caractère nécessaire le résultat de sa force, par laquelle elle réunit entre eux les éléments en apparence hétérogènes qui la constituent pour arriver à la réalisation de ses fins, et faites en sorte d'élever au rang de nécessité physique l'art par lequel vous agirez sur vos semblables au moyen de l'instruction, ainsi que les résultats auxquels il vise, afin que dans tout ce que vous faites le procédé qui paraîtra même le plus hétérogène serve à atteindre toujours le même but essentiel.
Mais la richesse et la diversité, tant au point de vue de Tattrait que de Tétendue du champ dans lequel on peut se mouvoir, sont de telle nature que les résultats de cette nécessité physique portent l'empreinte de la liberté et de l'individualité. L'éducateur doit donc faire en sorte que les résultats de son art et de son enseignement, tout en étant autant que possible élevés au rang d'une nécessité, aient également cette richesse et cette diversité d'attrait et d'étendue qui n'excluent . pas la liberté ni l'individualité ^.
Acquisition des notions par l'intuition. — Tous les objets qui frappent mes sens ne peuvent fournir des notions justes qu'autant que leur aspect extérieur donne à mes sens l'impression de leur nature fixe et immuable