‹ Pestalozzi et l'éducation populaire moderneChapitre 99 sur 152 · Wie Gertrud, etc., II, gg · texte numérisé non relu

Wie Gertrud, etc., II, gg

154 l'Éducation élémentaire

Le nombre^ la forme, le langage : tels sont les moyens de rendre claires et précises toutes nos notions intuitives.

Lorsqu'on a devant les yeux des objets confus et obscurs, pour les décomposer et les rendre clairs, il faut en effet considérer trois choses : 1° leur nombre; 2^ leur forme 'y 3** leur nom.

Par conséquent, le nombre, la forme et le langage sont bien les trois éléments fondamentaux de toute intuition : car la somme des qualités extérieures d'un objet est limitée par son contour, c'est-à-dire par sa forme, dans la proportion de son nombre, et portée à notre conscience par le langage.

L'art de l'éducation doit donc se faire une loi absolue de s'appuyer sur cette triple base et se proposer en conséquence :

1° D'apprendre aux enfants à considérer chaque objet porté à leur conscience comme une unités c'est-à-dire séparé des objets avec lesquels il paraît associé ;

2° De leur faire connaître la forme de chaque objet, c'est-à-dire ses dimensions et ses proportions ;

3** De leur faire connaître aussitôt que possible, dans toute leur étendue, les termes et les noms qui désignent tous les objets reconnus par eux.

Gela revient à dire que ce qu'il faut avant tout développer chez les enfants, ce sont les facultés fondamentales qui servent à compter, à mesurer et k parler : il faut les former et les fortifier avec le plus grand art. psychologique, et apporter dans les procédés employés pour développer et former ces facultés, la plus grande sim^ plicité, la plus grande logique et la plus grande harmonie.

La seule difficulté qui ait frappé Pestalozzi, c'est la question de savoir pourquoi toutes les qualités des choses qui se manifestent à nous par les cinq sens ne sont pas également des éléments de nos connaissances, au même titre que le nombre, la forme et le nom.

Mais la réponse est bien simple : tous les objets possibles ont nécessairement ces trois qualités, aucune aulre n'est commune à tous.

Donc, toutes les autres qualités ne peuvent être aucunement considérées comme éléments de la connaissance. Pestalozzi a remarqué en outre que toutes les autres qualités reconnues par nos sens se rattachent d'une façon immédiate à ces trois-là, d'où il conclut que, dans renseignement, il faut rattacher directement la connaissance de toutes les autres qualités des objets à la connaissance préalable de la /orme, du nombre et du nom. Ces éléments donnent en effet une notion nette^ déterminée [hestimmt) de l'objet, la connaissance progressive de toutes ses autres qualités fait de cette notion une notion claire (klar)^ enfin la conscience du rapport qui existe entre tous ses signes dislinctifs en fait une notion distincte [deutlich).

Le son, la forme^ le nombre constituent donc le point de départ, adopté par la nature même, de toute instruc" tion. De même tout l'enseignement devra être conduit, jusqu'à son parfait achèvement, parallèlement et uniformément suivant ces trois éléments, de manière à conduire uniformément, dans ces trois divisions, des aperceptibns obscures aux aperceptions nettes^ des aperceptions nettes aux représentations claires et 3es représentations claires aux notions distinctes ou idées ^

C'est ainsi que Vart se mettra d'accord avec la nature et que se trouvera résolu le problème suivant : trouver, outre une base commune de tous les procédés artificiels de l'enseignement, la forme sous laquelle l'éducation de notre espèce puisse être déterminée par l'essence même de notre nature *.

Pestalozzi revient ailleurs sur l'imporlance de ces trois éléments de nos connaissances qui résident, dit-il, dans la nature intellectuelle de l'homme et sont le produit de son activité. Ils sont de nature positive et ne peuvent être enseignés à l'enfant sans mettre en jeu son œil et sa main, sans exciter chez lui le plaisir et le sentiment, sans s'adresser à son cœur et à sa volonté.

Page 1