ESTAL0ZZI
Celle de Pestalozzi, fondée sur la nature de Tesprit des enfants, appelle â son secours, dans des proportions adaptées aux développements successifs de l'intelligence des enfants, la mémoire, l'iniagination et l'entendement, et a le mérite d'être infiniment économique de temps pour Félève et de peines pour l'instituteur.
Le citoyen Pestalozzi désire d'en faire l'application dans les écoles de Berthoud (Burgdorf), commune qui lui présente dans ses établissements scholastiques et dans le secours de quelques instituteurs des ressources qu'il ne trouverait pas facilement ailleurs.
11 ne demande du gouvernement qu'une autorisation de faire des expériences pédagogiques dans cet endroit et une injonction aux autorités et aux instituteurs du lieu de concourir de tous leurs moyens à l'accomplissement de ses vues. Il ne demande ni salaire ni titre : il se borne à désirer qu'on lui assigne un logement dans une maison nationale ^
Le Directoire helvétique approuva les propositions du ministre : il accorda à Pestalozzi l'autorisation d'enseigner dans les écoles élémentaires de Burgdorf, lui donna un logement gratuit dans le château de cette ville, à côté de Fischer, et lui alloua une indemnité trimestrielle de 160 francs de Suisse (dix louis), qui devait lui être continuée aussi longtemps que durerait son travaiP.
La méthode de lecture que Pestalozzi se proposait d'expérimenter, et qu'il avait déjà employée à Stanz, consistait en ceci : il faisait apprendre par cœur aux commençants l'alphabet sous cinq formes différentes, en joignant successivement les cinq voyelles à toutes les consonnes, en avant et en arrière : a6, 6a, ec, ce^
1. Ce rapport a été publié in extenso par M. Morf, 1. 1, pp. 204-
2. Le texte de l'arrêté du Directoire se trouve dans l'ouvrage de M. Morf, I, p. 206. Le franc de Suisse (divisé en dix batz) équivalait à 1 franc 48 centimes, monnaie française. Le louis d'or, qui représentait, en francs de France, 23 fr. 70, correspondait à 10 francs de Suisse.
BURGDORF, LA « MÉtHODE » (1799-1801). 143
idf di, of^ fo, uQy gu, etc. Puis venaient les combinaisons d'une voyelle et de deux consonnes : biid, duhy hiCj cib, fagy gaf, etc. Enfin, il faisait épeler des mots longs et difficiles,en partant de la syllabe initiale et en y ajoutant successivement les autres éléments du mot : ephy ephra, ephraïm] hue y hucé, hucéphale; aphOy aphorisy aphorisme; mu, niunij munici, municipal, municipalité ^
L'école qui fut d'abord assignée à Pestalozzi pour y faire ses « expériences pédagogiques » était celle des habitants non-bourgeois (Hintersàssen-Schule), dont l'instituteur, Samuel Dysli, exerçait en même temps le métier de cordonnier '. Mais celui-ci réclama, et les parents des élèves se joignirent à lui : ils déclarèrent qu'ils n'entendaient pas laisser expérimenter une méthode nouvelle sur leurs enfants. Heureusement Pestalozzi avait trouvé à Burgdorf deux protecteurs éclairés, le sous-préfet J. Schnell et le D' Grimm, qui intervinrent en sa faveur : ils obtinrent pour lui, du conseil communal, l'autorisation d'enseigner dans l'école enfantine dirigée par M"*^ Stâhli, qui comptait environ vingt-cinq élèves de cinq à huit ans, garçons et filles ^
Là, — raconte Pestalozzi, — je me mis à brailler Vabc du matin au soir et à reprendre, sans aucun plan, la marche empirique que j'avais dû interrompre à Stanz. J'accumulai sans me lasser des combinaisons syllabiques; je remplis des cahiers entiers de séries de syllabes et de séries de nom*
1. Pestalozzi und seine Anstalt in Sianz. {Wockenschrift fiir Mefischenbildung, 2* éd., p. 132.)