Cité par Pompée, pp
3. Maine de Biran fait évidemment allusion à cette disposition du décret constitutif de l'Université impériale : « Il sera établi auprès de chaque académie, et dans l'intérieur des collèges ou des lycées, une ou plusieurs classes normales, destinées à former des maîtres pour les écoles primaires. On y exposera les méthodes les plus propres à perfectionner l'art de montrer à
Malgré ces prévisions optimistes, le plan qu'avait conçu Maine de Biran ne s'exécuta pas; nous ne connaissons pas au juste la nature des obstacles qui en empêchèrent la réalisation. L'opposition du clergé y fut sans doute pour quelque chose i ; et probablement aussi les préjugés que le principal du collège semble avoir nourris contre le nouvel enseignement 2. Il paraît, du reste, que Maine de Biran lui-même n'avait qu'imparfaitement compris le caractère de la méthode pestalozzienne, et ne sut pas la faire appliquer convenablement 3. Quoi qu'il en soit, la tentative inaugurée à Bergerac aboutit en définitive à un échec pour la cause du pestalozzianisme : car si l'école dirigée par Barraud put se maintenir à travers bien des vicissitudes \ elle n'eut point le caractère d'un centre de prolire, à écrire et à chiffrer. » (Art. 108.) Cet article demeura lettre morte. Seul le lycée de Strasbourg, sur l'initiative du préfet Lezay-Marnésia, l'ancien ami de Pestalozzi, se vit annexer dés classes normales en 1811.
1. Destutt de Tracy parle, dans une lettre à Maine de Biran, des « cancans » de certain grand- vicaire de Périgueux fort hostile à l'école nouvelle. « J'ai bien peur, ajoute-t-il, que ce ne soit un chat qu'on vous jette aux jambes. Les prêtres sont bien jaloux de ce qu'ils ne font pas eux-mêmes. » (Alexis Bertrand, La Psychologie de V effort, p. 139.)
2. M. Pauliet, inspecteur primaire à Bergerac, qui a raconté dans la Revue pédagogique du 15 avril 1890 l'histoire de l'école dirigée par Barraud, parle des « nombreux démêlés » de celui-ci avec le principal du collège, de la « tutelle » duquel il finit par s'affranchir en 1810, en transformant son école en établissement libre.
3. Voir ci-après la lettre de Stapfer à Pestalozzi. du 15 juillet
4. Voir, dans la Revue pédagogique du 13 avril 1890. l'article de M. Pauliet : Vécole pestalozzienne de Bergerac. Cette école a subsisté jusqu'en 1881. François Barraud eut une fin qui témoigne de son dévouement à la jeunesse confiée à ses soins: il se noya dans la Dordogne, en 1830, en voulant porter secours à l'un de ses élèves que le courant entraînait. Après lui, son école fut. dirigée par son fils M. Louis Barraud, puis par le gendre de celui-ci, M. Rabier.
l'institut d'yverdon : première période (1805-1810), 245
pagande et d'une pépinière d'instituteurs pestalozziens, et se réduisit au rôle de simple pensionnat à l'usage de la petite bourgeoisie.
Pestalozzi vit avec chagrin s'évanouir l'espérance qu'il avait fondée sur l'initiative de Maine de Biran, et confia sa déception à Stapfer. Celui-ci lui répondit, le 45 juillet 1809 :
J'avais espéré que Maine Biran, qui n'est pas un esprit ordinaire et qui a donné dans ses écrits philosophiques la preuve de sa supériorité comme penseur, saisirait mieux la méthode et saurait l'introduire à Bergerac. Mais ce que vous me dites à ce sujet a détruit entièrement mes espérances. Du professeur Develeyje n'avais jamais rien attendu. C'était de sa part une simple spéculation, qui n'avait d'autre but que d'obtenir un traitement et une place a Paris. Fourcroy ne comprend rien à la méthode, et si lui et De Gérando ont encouragé le projet de Develey, c'est seulement par un principe général de bienveillance envers tout ce qui s'annonce comme avantageux dans le domaine de l'éducation. De Gérando est maintenant continuellement en mission, et n'a pas le temps, ni probablement le désir, de coopérer à la fondation d'une véritable école modèle dans la capitale d'après les principes de la méthode. Aussi, pour le moment, ne vois-je aucune possibilité, pas même l'ombre d'une probabilité, de l'acclimater en France l.
En avril 1822 2, Maine de Biran, rallié aux Bourbons et devenu conseiller d'État, fit un voyage en Suisse. Il visita l'établissement cle Fellenberg à Hofwyl, puis celui de Pestalozzi à Yverdon. Au sujet du rigide et froid Fellenberg, il écrit dans son journal : ce M. de
2. Et non en 1802, comme on le lit dans la Psychologie de l'effort de M. Alexis Bertrand, p. 140, par suite d'une faute d'impression. Cette erreur a été reproduite dans la Revue pédagogique du 15 février 1890 (article de M. G. Compayré), p. 123.
Fellenberg m'offre presque la réalisation de mon idéal 1 ». Quant à Pestalozzi, voici la note qu'il lui consacre : « Arrivé à Yverdon, mon premier soin a été de rendre visite au bon Pestalozzi, qui m'a reçu comme un ancien ami... Ce pauvre Pestalozzi paraît bien baissé. Je crois que son institut est fini; il est malheureux qu'il ne soit pas venu se fondre dans celui de M.- de Fellenberg, comme la proposition en était faite... M. Pestalozzi a voulu me reconduire jusqu'à ma voiture, accompagné de M. Schmid. Nous nous sommes embrassés et promis souvenir et correspondance 2. » Malgré cette promesse, les relations paraissent en être restées là. Maine de Biran mourut deux ans après,
Nous avons dit (p. 199) comment deux instituteurs danois, Strôm et Torlitz, avaient été envoyés à Burgdorf en 1803 aux frais de leur gouvernement. A leur retour, une école fut ouverte à Copenhague à titre d'essai pour y expérimenter la méthode pestalozzienne, et placée d'abord sous la direction des deux instituteurs, puis sous celle de Torlitz seul. Un examen qui eut lieu au milieu de 1805 donna des résultats peu encourageants : on trouva que les élèves savaient sur le bout du doigt tout ce qui était contenu dans leurs manuels et leurs tableaux, mais qu'ils étaient complètement dépaysés dès qu'on faisait appel à leur intelligence d'une autre façon ; on en conclut que les procédés pestalozziens n'étaient qu'un simple mécanisme et ne favorisaient point, comme le prétendait leur inventeur, le développement des facultés. Il fut résolu toutefois de prolonger l'expérience; mais la plupart des élèves