‹ PestalozziChapitre 170 sur 201 · Biber, Beitrag etc.. pp · texte numérisé non relu

Biber, Beitrag etc.. pp

Yverdon même, pour l'opposer à l'institut de Pestalozzi, un « établissement véritablement pestalozzien » (eine àcht pestalozzische Anslalt), dont il eût été le directeur. 11 s'assura à cet effet la collaboration de Krùsi et celle d'un instituteur zuricois, Conrad Naf, qui, depuis quelques années, avait ouvert à Yverdon un institut de sourds-muets; et il proposa à Nabholz (lettre du 31 mai 1817) de s'associer à lui pour cette entreprise. Nabholz parut disposé à accepter. D'accord avec Niederer, il écrivit à Pestalozzi une lettre comminatoire, dans laquelle il était dit qu'une seule chance de salut s'offrait encore pour le vieux maître : c'était de rappeler à lui Niederer et Krûsi et de leur rendre dans sa maison la place qu'ils occupaient autrefois; s'il ne s'y décidait pas, Niederer et Krùsi, restés fidèles à son esprit, regarderaient comme leur devoir « de continuer son œuvre, et tous les anciens amis et collaborateurs de Pestalozzi, tous les amis de l'humanité, se joindraient à eux ». Il était facile de prévoir, ajoutait Nabholz, quelles conséquences aurait une pareille détermination pour l'entreprise à laquelle Pestalozzi persistait à s'attacher; ce mais tes amis t'auront préparé par là une demeure nouvelle dans laquelle, lorsque ton ancienne maison sera abandonnée, tu seras reçu avec joie comme dans ta propriété ». Niederer transmit lui-même cette lettre à Pestalozzi (25 juin), en y joignant quelques lignes par lesquelles Krùsi et lui se déclaraient prêts à mettre comme autrefois leur activité à son service.

Pestalozzi répondit qu'il acceptait avec plaisir l'offre de Niederer et de Krùsi, de « joindre leurs efforts aux siens pour l'élaboration de l'idée de l'instruction élémentaire dans toutes les branches de l'enseignement ». Quant à rétablir les choses sur l'ancien pied, ajoutait-

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il, il n'était pas possible d'y songer : Niederer et Krùsi avaient chacun des établissements particuliers auxquels ils devaient consacrer le principal de leur temps et de leur activité; lui, de son côté, sentait la nécessité de conserver à la tête de son institut une direction supérieure, qui s'y consacrât exclusivement. Une autre raison pour laquelle il ne pouvait désirer le rétablissement de l'ancien état de choses, c'est qu'il en avait trop souffert lui-même à une époque où on l'avait traité avec dureté, en prétendant lui imposer des formules et lui prescrire la façon dont il devait penser, parler et agir : il ne se souciait pas de se voir placé de nouveau dans une semblable situation. Mais cette manière de voir ne diminuait en aucune façon son attachement pour Niederer et Krùsi, et ne les empêcherait pas de coopérer avec lui à « l'élaboration de l'idée cle l'instruction élémentaire », chacun dans sa sphère propre d'action *.

On peut supposer que Niederer et Krùsi s'étaient attendus à cette réponse, et que l'ultimatum signifié en leur nom par Nabholz avait surtout pour but de justifier à leurs propres yeux et aux yeux du public l'attitude qu'ils allaient prendre.

Ils firent alors annoncer partout que, l'institut de Pestalozzi ayant perdu son ancien caractère, ils s'étaient unis pour empêcher l'idée pestalozzienne de périr, et que le salut de cette idée, grâce à leur union, était assuré : qu'en effet, l'institut cle jeunes filles, dirigé par Niederer et Mme Niederer, l'institut de garçons, dirigé par Krùsi, et l'institut de sourds-muets, dirigé par Conrad Nâf, offraient la seule et authentique réalisa-

1. Cette négociation est racontée an long par M. Morf, t. IV, pp. 529-536.

tion des principes de Pestalozzi 1 ; tandis que l'institut du château, tombé sous la néfaste influence de Joseph Schmid, ne méritait plus d'être regardé comme un établissement pestalozzien. Nous aurons à revenir tout à l'heure sur cette concurrence au moins singulière faite à Pestalozzi par ses propres disciples et dans la ville' même où il avait établi le centre de son action.

Nous avons maintenant à parler de la tentative faite à ce moment par Jullien de Paris et Fellenberg pour engager Pestalozzi à abandonner la direction de l'institut d'Yverdon.

Jullien, dont les deux plus jeunes fils étaient encore élèves de l'institut, désirait vivement trouver quelque moyen de décharger Pestalozzi d'un fardeau trop lourd pour ses épaules. Il pensa à Fellenberg qui, depuis la brouille de 1804, s'était réconcilié avec Pestalozzi et avait repris avec lui des relations amicales; et il se dit que Pestalozzi se déciderait peut-être à remettre encore une fois son établissement entre les mains du directeur de Hofwyl. Après avoir fait part de son idée à Fellenberg, qui l'approuva 2, Jullien écrivit de Berne à Pestalozzi, le 23 août 1817, pour l'inviter à venir passer quelques jours dans cette ville. Pestalozzi accepta l'invitation, se rendit à Berne, fut conduit de là

1. Le premier acte par lequel s'était manifesté un concert entre Niederer, Krûsi et Conrad Nâf est une démarche faite simultanément par chacun d'eux, le 14 mars 1817, auprès de la municipalité d'Yverdon, en vue d'obtenir un certificat de bonne conduite pour tout le temps qu'ils avaient passé dans cette ville : « soit qu'ils crussent avoir besoin de cette pièce pour habiter la ville sans attache avec Pestalozzi, soit qu'ils craignissent les attaques de Schmid ». (De Guimps, p. 400.)

2. D'après Pompée, qui tenait ses renseignements de Schmid, l'idée première serait venue de Fellenberg lui-même. (Pompée, p. 438.1

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à Hofwyl, et se montra très disposé à accepter l'offre que lui fit Fellenberg d'une association qui paraissait devoir être fort avantageuse pour l'institut. Il retourna le lendemain à Yverdon, où Jullien le rejoignit quelques jours plus tard, et tous les deux mirent Schmid au courant de ce nouveau projet. Schmid, après avoir reçu de Pestalozzi des pleins pouvoirs pour continuer les négociations, alla trouver Fellenberg à Hofwyl (commencement de septembre). Il y passa trois jours; Fellenberg et lui s'entendirent sur les conditions de l'association projetée; Schmid se réserva seulement de prendre l'avis de Mieg, le fidèle conseiller de Pestalozzi; il fut convenu en outre qu'à titre d'épreuve, et pour voir jusqu'à quel point les deux personnalités qu'il s'agissait de rapprocher pourraient vivre en bon accord, Pestalozzi quitterait les Bullets et irait achever de rétablir sa santé au château de Diemerswyl, propriété de Fellenberg, à une demi-lieue de Hofwyl.

Mieg, que Schmid alla voir à Lausanne, se montra favorable au projet, et, vers le milieu de septembre, Pestalozzi alla s'installer à Diemerswyl '. On le traita d'abord en malade et on l'entoura de soins dévoués * Quand il parut avoir repris quelques forces, Fellenberg commença à l'entretenir de son plan d'association. Mais Schmid, que Pestalozzi tenait au courant de ce qui se passait, crut s'apercevoir que le langage de Fellenberg n'était plus le même qu'au début 2. Prompt à la défiance, il voulut avoir une explication avec Pestalozzi : sur son désir, celui-ci revint à Yverdon passer

1. Pour le récit des négociations entre Fellenberg et Pestalozzi, nos sources sont les Lebensschicksale de Pestalozzi, la brochure de Schmid, Fellenberg's Klage gegen Pestalozzi (1827), et celle de Fellenberg, Pest.alozzïsbis dahin unedirte Briefe(lSM).

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