‹ PestalozziChapitre 172 sur 201 · L INSTITUT DYVERD0N I DERNIÈRE PÉRIODE · texte numérisé non relu

L INSTITUT DYVERD0N I DERNIÈRE PÉRIODE

dix ans; que Pestalozzi renonçait à réclamer le remboursement des capitaux qu'il avait dépensés pour l'institut, et jouirait en échange d'une rente viagère de 1600 francs; que les droits d'auteur qu'il devait recevoir du libraire Gotta pour l'édition de ses œuvres complètes resteraient sa propriété personnelle; que Gottlieb Pestalozzi irait à Hofwyl pour acquérir les connaissances agricoles nécessaires à l'exploitation du domaine de Neuhof; que Pestalozzi conserverait le droit de séjourner dans l'un ou l'autre des établissements, sans avoir de dépenses à y faire *.

Cette convention léonine, où Fellenberg ne donnait rien et recevait tout, où Pestalozzi abdiquait la libre disposition de lui-même et de ses ressources, excita l'indignation de Schmid et de la fidèle Lisabeth. Pestalozzi, au désespoir de l'avoir signée, ne savait comment réparer sa faute. Schmid offrit de se rendre à Hofwyl, se faisant fort d'obtenir de Fellenberg la résiliation d'un contrat dans lequel on disposait de la personne de tiers qui n'avaient pas été consultés. Il partit effectivement pour Hofwyl, porteur de deux lettres de Pestalozzi 2 ; mais Fellenberg, qui l'avait accueilli très amicalement six semaines plus tôt, le reçut cette fois de tout autre façon (28 octobre) : il refusa absolument d'annuler la convention, et finalement, blessé dans son orgueil de patricien de voir un si petit personnage oser lui tenir tête et contrecarrer

1. Le texte de cette convention se trouve dans la brochure de Fellenberg, Pestalozzi' s unedirte Briefe, pp. 35-39*

2. La première de ces lettres fut remise à Fellenberg : le texte s'en trouve dans la brochure Pestalozzi' s unedirte Briefe, pp. 43i6. La seconde lettre, à laquelle sont empruntés les détails qui précèdent, ne devait être remise à Fellenberg que si Schmid le jugeait à propos; elle resta entre les mains de Schmid, qui l'a publiée plus tard, Fellenberg^ Klagc, pp. 24-26.

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ses plans, il le mit brutalement à la porte *. Dès ce moment Fellenberg fut pour Schmid un irréconciliable ennemi; il le poursuivit d'une haine infatigable, et c'est lui qui a le plus contribué, par ses calomnies, à créer la légende du Schmid diabolique, hypocrite et cupide, trop facilement acceptée par certains biographes 2.

1. Lettre de Fellenberg à Pestalozzi, citée dans Fellenberg' s Klage, p. 28.

■2. Parmi ces calomnies, il en est une que nous voulons rele* ver ici, parce qu'il nous a été possible d'en découvrir l'origine :

A la page 15 de sa brochure Pestalozzïs unedirte Briefe, publiée en 1834, Fellenberg a écrit ceci :

« Joseph Schmid, encore enfant, était déjà passé maître en hypocrisie : tous les jours, dans un coin de la maison de Pestalozzi, feignant de se" cacher, mais s'arrangeant pour que Pestalozzi le vît et l'entendît, il priait Dieu à genoux de lui accorder la grâce de comprendre la méthode. »

Si ce que rapporte là Fellenberg était vrai, Schmid eût été en effet un tartufe. Mais, comme on va le voir, l'historiette a été perfidement dénaturée. Nous nous étions demandé à quelle source Fellenberg pouvait avoir puisé son anecdote. La lecture du volume publié en 1828 par Niederer sous le titre de Pestalozzïsche Blàtter nous l'a révélé. Dans ce volume, p. 112, on trouve la première et authentique version du fait travesti par Fellenberg. Voici les paroles exactes de Niederer :

« Pestalozzi Vaimait à raconter, comme témoignage de la piété de Schmid, que, peu après son entrée dans l'institut, — Schmid avait alors quinze ans, — il l'avait trouvé agenouillé dans un endroit retiré du château (de Burgdorf), priant la sainte Vierge de lui accorder la grâce d'apprendre la méthode et de devenir le premier élève de l'institut. Ce détail est des plus importants au point de vue religieux. En effet, il y a une différence capitale entre Pacte de l'homme gui adore la divinité pour Vamour d'ellemême, et Vacte de celui qui l'invoque afin d'obtenir son secours en vue d'un avantage personnel. Toutefois, en cette affaire, Joseph Schmid est plus à plaindre qu'à blâmer. S'il eût reçu une édu* cation réellement religieuse, que de bien il eût pu faire! Son activité fût probablement devenue une bénédiction pour Pestalozzi et son établissement. »

Il faut se rappeler que Niederer. au moment où il écrivait ces lignes, était mortellement brouillé avec Schmid. Et pourtant il ne songe point à l'accuser d'hypocrisie : c'est de tout autre

L'INSTITUT d'yVERDON : DERNIÈRE PÉRIODE (1811-1825), 369

Lorsque Pestalozzi était reparti pour Yverdon, Fellenberg l'avait fait accompagner par la personne qu'il destinait à prendre la direction de l'institut : c'était un Saint-Gallois nommé Stahele. Aussitôt arrivé, Pestalozzi avait déclaré à Stahele qu'il n'y avait point de place pour lui au château, et qu'il eût à se loger en ville *; mais il n'avait pas osé refuser ses services, pour ne pas se brouiller complètement avec Fellenberg. Stahele faisait clone désormais partie du personnel enseignant de l'institut : c'est-à-dire que l'ennemi était dans la place. Fellenberg se proposait d'attirer, au moyen de cet agent, les maîtres de l'institut dans son parti. Dans les premiers jours de novembre, il envoya à Stahele une longue missive, avec ordre d'en donner lecture à Pestalozzi, mais sans la laisser entre ses mains 2. Pestalozzi, en retour, écrivit à Fellenberg une lettre dont celui-ci n'a publié que des extraits tronqués 3, mais dont le texte intégral a été donné par Schmid 4. Nous en traduisons quelques passages, qui feront comprendre pourquoi Pestalozzi,

chose qu'il est question. Niederer ne prétend nullement que Schmid ait prié tout haut pour être entendu; il admet sa sincérité : ce qu'il lui reproche, c'est d'avoir naïvement demandé à la Vierge, en catholique superstitieux qu'il était alors, de lui faire obtenir la première place. Schmid, à son arrivée à Burgdorf, « était encore tout à fait ignorant et adonné à toutes les pratiques de sa confession » (Niederer, loc. cit.); il est naturel que Pestalozzi, qui aimait le sentiment religieux sous toutes les formes, ait été touché de la ferveur du petit Tyrolien. Devenu homme, Schmid « s'émancipa » (Niederer, ibid.)\ Pestalozzi, émancipé lui-même, ne put le trouver mauvais; il n'en fut pas de même de ceux qui restèrent ou devinrent croyants. Niederer. Krusi, Ramsauer, Blochmann, etc.

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