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100 000 francs de France, et Pestalozzi se trouvait en conséquence assuré de toucher pour sa part une somme de 50 000 francs.

C'est alors que se montra dans toute son étendue l'admirable désintéressement du grand éducateur. Déjà, dans le projet de convention avec Fellenberg, il s'était engagé à consacrer à la fondation d'un asile de pauvres le produit entier de la souscription à ses œuvres. Lorsque les résultats de la souscription furent connus, et que Pestalozzi sut de quelle somme considérable il allait avoir à disposer, il résolut, sans songer à lui-même et aux difficultés que pourrait lui réserver l'avenir, de transformer ces 50000 francs en un fonds inaliénable, dont les intérêts seraient exclusivement employés au profit de l'éducation populaire. Schmid essaya de s'opposer à se projet; il représenta h Pestalozzi que, s'il ne voulait affecter au payement de ses dettes que la somme qu'il devait recevoir à titre de droits d'auteur, il risquait de ne pouvoir satisfaire entièrement ses créanciers, d'autant plus que cette somme ne devait lui être remise que par versements partiels, au fur et à mesure de la publication des volumes (qui dura huit ans) : c'était donc une grande imprudence que de disposer, en faveur d'une création nouvelle, d'un capital qui pourrait être nécessaire à l'existence de l'institut. Mais Pestalozzi ne voulut entendre à aucune objection.

Une autre joie avait adouci pour le vieillard les amertumes de ces jours troublés. On se rappelle que le petit-fils de Pestalozzi, Gottlieb, avait été mis en apprentissage en 1814 : sa famille le destinait à la pro fession de tanneur. C'avait été pour son grand-père un véritable chagrin de se séparer de lui ; il avait cru devoir céder toutefois à la volonté de sa femme et de

l'institut d'yverdon : dernière période (1817-1825). 375

sa belle-fille. Mais maintenant que son entreprise était redevenue prospère, il songea à y associer son petitfils et à se préparer en lui un successeur. Gomme on l'a vu, une place avait déjà été réservée au jeune Gottlieb dans la convention avec Fellenberg. Après que Pestalozzi, repoussant l'intervention de Fellenberg, eut repris sa liberté, il fit venir à Yverdon son petitfils, alors âgé de dix-neuf ans, pour le garder désormais à ses côtés.

Ce fut dans un discours prononcé le 12 janvier 1818, à l'occasion du soixante-douzième anniversaire de sa naissance, devant sa maison réunie, que Pestalozzi annonça sa résolution de consacrer à la cause de l'éducation populaire le produit de la souscription à ses œuvres. Après avoir exposé une fois de plus, avec de longs développements, sa théorie de l'éducation élémentaire (Elementarbildung) et de la simplification des procédés d'enseignement, qui doit permettre d'instruire les enfants dans la chambre de famille, il s'exprime en ces termes :

Je destine la somme de 50 000 francs de France, que doit me rapporter la souscription à mes ouvrages, à former un capital inaliénable, dont le revenu annuel sera employé à perpétuité et exclusivement comme suit :

1° A l'étude et à l'expérimentation des principes et des procédés propres à simplifier de plus en plus les moyens d'éducation et d'instruction, et à les approprier à l'emploi qui doit en être fait dans la chambre de famille;

2° A la préparation d'instituteurs et d'institutrices élevés dans cet esprit et pour ce dessein;

3° A la fondation d'une ou de plusieurs écoles d'essai, où les enfants seront instruits dans les connaissances élémentaires {elementarisch geordnete and vereinfachte Kennt- ?iisse und Vertigheiten) ;

4° Au perfectionnement continu de tous les moyens d'enseignement et d'éducation domestiques pour le peuple.

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Il sait, ajoute-t-il, que la somme dont il dispose ains est peu de chose : mais le véritable capital de la nouvelle fondation, c'est tout ce qui a été fait pour l'éducation par lui et ses collaborateurs; il espère d'ailleurs que des amis de l'humanité joindront leur contribution à la sienne. Puis, se tournant vers son petit-lils, il se félicite de le voir revenu près de lui et disposé à s'associer à son œuvre :

Tu es revenu et tu m'as dit : « Père, je veux être ce que Lu es, je veux suivre la carrière que tu as suivie ». Mon enfant, cette parole m'a rendu heureux. Et pourtant, tu le vois, je dispose aujourd'hui de ce que tu aurais pu, si tu voulais juger avec les yeux du monde, considérer comme devant t'appartenir, comme devant t'indemniser de la portion de ton patrimoine qui a été perdue dans mes entreprises... Mais, en te privant de ce capital, je te donne plus que je ne te prends, et, Dieu merci, tu le sais. Tu Tas dit : Tu veux être ce que je suis. L'or ni l'argent ne peuvent te faire devenir ce que je suis. C'est mon cœur qui m'a fait devenir ce que je suis. Prends à cœur l'œuvre de mes jours, et montre-toi quand je reposerai dans le tombeau, le continuateur actif et dévoué de cette œuvre; que son esprit t'inspire et t'élève : alors tu posséderas ce que je possède, tu seras ce que je suis, et l'or ni l'argent ne pourraient te donner ce que tu posséderas.

Il fait ensuite un retour en arrière sur sa destinée. Rappelant le conseil que lui avait donné en mourant son ami Bluntschli ', il dit combien sa faiblesse et son inexpérience du monde lui ont fait courir de dangers ; mais il a trouvé enfin l'homme dont son insuffisance avait besoin, l'homme qui devait l'empêcher de se perdre, « Cet homme s'est jeté comme une dure enveloppe autour de la pulpe molle de mon œuvre prête à

] . Voir plus haut, p. 12.

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