L'INSTITUT D'YVERDON : DERNIÈRE PÉRIODE
généreux qui, désirant répandre universellement les premiers et les plus indispensables moyens d'instruction populaire, s'efforcent de donner une âme et une vie intérieure à Y enseignement mutuel. Cet enseignement mutuel dont on parle tant est évidemment susceptible de deux emplois tout différents dans leurs résultats : on peut l'utiliser comme un mécanisme qui épargne de l'argent et de la peine, et au moyen duquel on obtient à bon marché un dressage qui n'est pas une éducation; ou bien on peut, au contraire, le considérer comme une simple enveloppe extérieure, comme le véhicule d'une méthode d'éducation et d'enseignement fondée sur la psychologie et visant à développer et à éveiller les forces de notre nature. Cette méthode, c'est celle que nous mettons en pratique.
L'éloge de Schmicl et le récit de ce qu'il a fait pour Pestalozzi termine cet exposé :
Je me sens maintenant heureux, inexprimablement heureux; et, tout en remerciant Dieu, d'un cœur ému, de mon bonheur, de ce changement inouï de la plus profonde misère en bénédiction et en félicité, je ne puis pas ne pas me souvenir que c'est par mon ami Schmid que Dieu m'a sauvé ; devant Dieu et devant les hommes je lui dois une reconnaissance que peu d'hommes doivent à l'un de leurs semblables. Que les caricatures faites de lui continuent à trouver des amateurs et des acheteurs, cela ne me touche plus. Cela ne peut plus me toucher. Je jouis des bienfaits de son action : que me font ces caricatures? Que peuventelles me faire? Que sont des paroles vides et des jugements mal fondés? Ils disparaissent; ils doivent disparaître : mais les faits demeurent.
Dans un appendice, Pestalozzi annonce les conditions auxquelles les élèves des diverses catégories sont reçus dans son établissement : le prix de la pension pour les enfants des familles aisées est fixé à trente louis; des enfants de familles pauvres sont reçus à moitié prix; la proportion dans laquelle ces derniers sont admis est ' d'un cinquième de la totalité des élèves. L'institut
comprend deux sections, celle des garçons et celle des jeunes filles; dans chacune des sections, un certain nombre d'élèves sont spécialement préparés à la carrière de l'enseignement. Notons un passage où Pestalozzi annonce qu'il travaille à une cinquième partie de Léonard et Gertrude. et qu'il se propose d'y développer les principes sur lesquels est fondée la nouvelle organisation de sa maison. Cette cinquième partie a été réellement écrite, mais diverses circonstances ont empêché qu'elle fût publiée dans l'édition des Œuvres complètes; et, après la mort de l'auteur, le manuscrit en a été perdu avec plusieurs autres.
Pestalozzi se préoccupait d'assurer la continuation de son œuvre dans l'avenir. Déjà, en juillet 1817, il avait demandé et obtenu de la municipalité d'Yverdon la garantie de la jouissance du château pendant cinq années encore après son décès, en faveur des personnes qu'il aurait désignées pour lui succéder *. Maintenant, après avoir associé à son entreprise son petit-fils Gottlieb, il voulut faire quelque chose de plus : il soumit à la municipalité un plan de réparation du château, qui l'eut rendu plus propre à sa destination; en même temps, il demandait que la période pendant laquelle la jouissance de l'édifice serait garantie après sa mort à son héritier fût fixée à quinze ou vingt années au lieu cle cinq. Sur les négociations avec la municipalité, commencées dans les premiers jours de 1821, nous avons deux versions différentes : celle de M. de Guimps, qui nous montre la municipalité assez mécontente « de ce qu'on a changé la nature de l'institut, d'une part en y joignant une école de pauvres, de l'autre en voulant
t. De Guimps, p. 400.
l'institut d'yverdon : dernière période (1817-1825). 391)
conformer les installations intérieures aux goûts et aux habitudes de luxe des Anglais, devenus nombreux à l'institut », mais disposée toutefois à accorder la demande, pourvu que Pestalozzi prît à sa charge la moitié des frais des réparations, ce qu'il aurait refusé de faire * ; et celle de Pestalozzi, qui est ainsi conçue :
Je présentai à la municipalité un plan dont l'exécution m'aurait coûté, à moi personnellement, 400 louis, somme que je m'engageais à verser pour ma quote-part, offrant en outre de prendre à ma charge dès ce moment les dépenses d'entretien du château, dépenses qui, d'après une convention antérieure, devaient être supportées par la ville. La municipalité nomma aussitôt une commission qui fut chargée de négocier avec mon fondé de pouvoirs, Schmid, et je me tenais pour si assuré de la réussite de cette négociation, que je pris d'avance avec mon petit-fils toutes les mesures destinées à me procurer l'argent nécessaire 2.
A ce moment interviennent tout à coup, d'un commun accord, Niederer, Krùsi et Nâf. Il y avait eu, pendant trois ans, une sorte de trêve, ou du moins, si les hostilités avaient continué, c'était à la sourdine et sans éclat public 3. Mais lorsque les trois alliés eurent con-