‹ PestalozziChapitre 184 sur 201 · Meine Lebensschicksale, p · texte numérisé non relu

Meine Lebensschicksale, p

3. Il y avait eu toutefois, en juillet 1820, un incident qui montre à quels procédés le « doux et bon » Kriïsi lui-même pouvait recourir envers son bienfaiteur. Le père d'un élève de l'institut de Pestalozzi avait prêté l'oreille aux médisances calculées que ne cessaient de répandre dans le public les chefs des trois établissements coalisés; il écrivit à Pestalozzi pour lui annoncer qu'il lui reprenait son fils afin de le placer dans le pensionnat de Kriïsi. Soupçonnant quelque intrigue, Pestalozzi pria le père de lui faire connaître les motifs de sa détermination, et ajouta qu'en attendant l'élève resterait dans sa maison. Mais Kriisi, prévenu, signifia à Pestalozzi d'avoir à remettre sur-le-champ le jeune garçon entre ses mains, et, pour l'y contraindre, Vassigna devant le juge de paix. Pestalozzi comparut, s'expliqua, et fut

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naissance de la demande faite par Pestalozzi à la municipalité, ils résolurent de ne pas laisser exécuter un plan dont ils redoutaient la réalisation. En conséquence, le 3 mars 1821, ils présentèrent à la municipalité d'Yverdon une requête (rédigée en français) où ils s'exprimaient ainsi :

Les soussignés viennent d'apprendre par le bruit public que l'honorable municipalité de cette ville est disposée d'assurer de nouveau pour quinze ans le château avec ses dépendances au nommé Joseph Schmid. qui en prétend la jouissance sous le nom de M. Pestalozzi. Les dispositions hostiles dans lesquelles cet individu n'a pas cessé de se montrer depuis nombre d'années contre nos établissements, comme contre nos personnes, et l'abus qu'il a fait de la confiance sans bornes du respectable vieillard dont il s'est emparé, nous forcent de vous présenter nos observations respectueuses contre un tel arrangement. Dès le moment où M. Pestalozzi a mis le personnage en question à la tète de son institut, il a rencontré en lui un instrument actif des faiblesses et des erreurs qui ternissent l'éclat de son mérite et tachent la gloire de sa vieillesse... M. Pestalozzi vient encore tout récemment de publier, dans la préface du oe volume de ses ouvrages, que nous avons égaré le public sur ses opinions, ses vues pédagogiques et sur son institut, et il nous menace des mesures prises contre nous au delà de son tombeau. Monsieur le syndic et messieurs les conseillers! une série d'actions a mis le caractère de Joseph Schmid au grand jour. On sait ce dont il est capable, et quel est l'usage qu'il fait de ses moyens; l'opinion publique l'a jugé en Allemagne, en Suisse, partout où il est connu. Mais le comble de l'effronterie est sa conduite envers l'honorable municipalité de cette ville, et la manière dont il cherche à engager cette dernière et à s'en servir pour se couvrir contre l'opinion, et pour continuer des menées contre nous, pour ainsi dire sous la protection de l'autorité publique d'Yver-

autorisé par le juge à garder l'enfant jusqu'à la réception de la réponse du père. Une fois eette réponse arrivée, l'élève fut remis à Kriisi. (Wahrheit und Irrthum, pp. 116-117.)

l'institut d'yverdon : dernière période (1817-1825). 397

don. Mais si Schmid remporte la jouissance du château, après la mort de M. Pestalozzi, pour récompense d'en avoir usé de la sorte, si le terme de cette jouissance est mênie de nouveau prolongé, notre position vis-à-vis d'elle sera tout à l'ait changée et elle changera nécessairement notre conduite à cet égard. Alors nous ne pourrons plus mettre comme jusqu'à présent notre confiance dans la force et la sagesse protectrices de la municipalité de la ville que nous habitons. Nous ne pourrons plus vivre ici en paix, ni nous occuper tranquillement de la consolidation et des progrès de nos établissements que nous avons fondés sous tant de risques, parmi tant d'obstacles, calomniés, persécutés même d'un côté où nous aurions dû trouver notre point d'appui et nos premiers secours. Alors nous ne pourrons plus reconnaître en Yverdon l'endroit respectable destiné à être et à devenir de plus en plus le centre du développement d'un grand et vaste système d'éducation, dont la base et la substance et la première condition sont la morale, la dignité de la nature humaine et la pureté des intentions de ses organes '.

L'effet de cette requête, dit Pestalozzi, fut de modifier brusquement les dispositions de la municipalité d'Yverdon : elle rompit les négociations commencées avec Schmid et retira les offres qu'elle avait faites. Niederer et ses amis avaient su se créer, des partisans dans la petite ville, surtout au sein de la bourgeoisie riche, attachée à l'orthodoxie protestante; il n'est pas étonnant qu'ils aient eu assez d'influence pour tenir Pestalozzi en échec en faisant rejeter sa demande 2.

Déçu dans son espoir, Pestalozzi eut la fâcheuse idée de recourir aux moyens juridiques. La municipalité d'Yverdon s'était engagée, lors de la création de l'institut en 1804, à entretenir le château en bon état

1. Le texte de cette requête est donné par Pestalozzi dans les Lebensschicksale, pp. 95-97.

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