Pompée, p
publication : un exposé définitif de ses principes d'éducation, accompagné de son autobiographie. La dernière partie de cette autobiographie, celle où il racontait les années passées à Burgdorf et à Yverdon, devant avoir le caractère d'un écrit polémique, Pestalozzi jugea convenable de la détacher du reste de son travail pour en faire une publication distincte.
L'exposé de doctrines dont nous venons de parler, joint à la première partie de l'autobiographie, parut en 1826, sous le titre de Chant du cygne (Schwanengesang) dans l'édition Gotta des Œuvres complètes, dont il forme le treizième volume l. La suite de l'autobiographie fut publiée en même temps, mais comme un ouvrage séparé et chez un autre éditeur, sous ce titre : Mes destinées comme chef de mes établissements d'éducation à Burgdorf et à Yverdon 2.
Les deux cents premières pages du Chant du cygne sont consacrées à une analyse très développée de Vidée de V éducation élémentaire {Idée der Elementarbildung) et des moyens que Pestalozzi propose d'employer pour donner un enseignement vraiment élémentaire et embrassant l'ensemble des facultés de l'enfant. Il y a dans cette partie du volume beaucoup de longueurs et de répétitions; les idées exposées sont celles que nous connaissons déjà, mais elles sont présentées d'une manière peu claire, sans ordre, dans un langage flottant et diffus qui les affaiblit. La partie autobiographique, par contre, est écrite avec beaucoup de verve, semée d'anecdotes humoristiques vivement contées;
1. Pestalozzi a incorporé dans son Schiuanenç/esang un écrit rédigé par lui en 1812, Der krarike Pestalozzi an das Publikum, qui était resté inédit. Voir plus haut, p. 300.
2. Meine Lebensschïcksale als Vorstéher meiner Erziehimgsanstalten in Burgdorf und îferten. Leipzig, Gerhard Fleischer, 1826*
DERNIÈRES ANNÉES DE PESTÀLOZZI A NEUHOF. 421
c'est la source à laquelle ont puisé presque exclusivement, jusqu'à ces dernières années, les biographes de Pestalozzi pour toute la période de son enfance et de sa jeunesse; mais elle offre malheureusement des lacunes considérables. Elle s'interrompt brusquement au moment delà révolution helvétique, et le volume se termine par quelques pages où l'auteur, faisant un retour sur l'ensemble de sa longue carrière, se pose avec angoisse cette question : Le but que je voulais atteindre est-il chimérique, et ma vie s'est-elle consumée en efforts inutiles? Il répond en ces termes :
Non, je n'ai pas perdu ma vie, et mon but n'était pas chimérique. Mon institut, tel qu'il est né à Burgdorf du sein du chaos, tel qu'il a subsisté à Yverdon dans sa difformité sans nom, n'était pas le but de ma vie. Non, non, à Yverdon et à Burgdorf, les manifestations qui ont mérité la critique ne sont que des résultats de mes faiblesses individuelles, qui devaient aboutir à la ruine de la partie extérieure de mes tentatives. Mes instituts, et toute cette partie extérieure de mon activité, ne sont pas ce qui constitue les aspirations de ma vie. Ces aspirations se sont conservées vivantes au dedans de moi, et se sont aussi manifestées au dehors par des résultats éprouvés, qui témoignent de la vérité des fondements sur lesquels elles reposent *.
Il insiste particulièrement sur ce point, qu'il est demeuré conséquent avec lui-même, et que les idées sur lesquelles il appelle, clans ce dernier effort de sa plume, l'attention et la sympathie de ses contemporains, sont celles pour lesquelles son cœur a battu dès sa première jeunesse. Il ne veut pas être jugé sur les résultats de l'entreprise où la fatalité et son imprudence l'ont entraîné :
1. Schwanengesang, dans les OEuvres, éd. Seyffarth, t. XIV, p. 23t.
Non, cette entreprise ne fut pas l'œuvre de mon cœur, pas même celle de mes rêves. Jamais en ma vie je n'avais rêvé d'une destinée pareille. Sur le banc de galérien de mon institut, je ne m'appartenais plus, je n'étais plus moimême, et je me trouvais hors d'état de faire l'usage que j'aurais voulu de mes aptitudes et de mes facultés... Ce qui, dans mes aspirations, m'appartient en propre, ne date point de Burgdorf, mais des premiers élans de mon amour pour le peuple et pour l'enfance. Cette haute pensée, l'idée de l'éducation élémentaire, elle s'était déjà développée en moi lorsque j'écrivis Léonard et Gertrude. Je n'avais pas , encore, il est vrai, prononcé à cette époque les mots « idée de l'éducation élémentaire », je crois même ne les avoir jamais entendus résonner à mon oreille; mais j'avais déjà le profond et vivant sentiment des résultats les plus grandioses que cette idée pourra produire pour le genre humain l,
Le dernier mot de son livre est une touchante prière adressée à ceux qui le jugeront :
Essayez toutes choses et retenez ce qui est bon; si quelque chose de meilleur a mûri en vous, ajoutez-le à ce que j'essaye de vous donner en ces pages dans un esprit d'amour et de vérité : mais au moins ne rejetez pas en bloc toute l'œuvre de ma vie comme une chose condamnée d'avance sans examen 2.
Dans Même Lebensschicksale, Pestalozzi reprend son autobiographie au point où il l'avait laissée clans le Chant du cygne, et fait l'histoire de ses deux instituts de Burgdorf et d'Yverdon. Il cherche à expliquer son insuccès, et il en voit la cause d'une part dans sa propre incapacité, d'autre part clans les défauts de ses collaborateurs. Le jugement qu'il porte sur toute cette période de sa vie a été confirmé, dans son ensemble, par la postérité; toutefois, il est permis de trouver qu'il se montre d'une sévérité excessive, tant pour lui-
i. Sçhwanengesang, pp. 230-237.