‹ PestalozziChapitre 198 sur 201 · Ce volume se trouve au Musée pédagogique de Paris · texte numérisé non relu

Ce volume se trouve au Musée pédagogique de Paris

| la vie de l'enfant ; l'auteur annonce qu'il s'est occupé | de préparer des moyens d'enseignement, c'est-à-dire de ! nouveaux livres élémentaires, et que ces livres, presque ! entièrement achevés, seront prochainement publiés *. I , ■

Au printemps de 1826, Schmid était revenu de son | voyage en Angleterre et en France. Nous ne savons ! pas quels résultats il avait obtenus; mais il est probable que les négociations commencées étaient en bonne voie, car en septembre il dut repartir pour Paris, avec la mission de tout préparer pour la publication de l'édition française projetée.

Le 21 juillet 1826, Pestalozzi visita avec Schmid un orphelinat fondé à Beuggen, près de Rheinfelden * ; il avait entrepris ce voyage sur l'invitation des fils de son ami Legran.d, l'ancien président du Directoire de la République helvétique, qui avaient contribué à la fondation de cet établissement. Une fête y fut organisée en son honneur; les élèves, après avoir chanté le célèbre Wanderers Nachtlied cle Gœthe (mis autrefois par Pestalozzi dans la bouche des enfants de Gertrude), lui offrirent une couronne de chêne; ému jusqu'aux larmes, Pestalozzi la refusa en disant : ce Je ne mérite pas cette couronne; laissez-la à l'innocence». Quatre mois plus tard (21 novembre 1826), il assistait encore, à Brugg, à la réunion de la Kulturgesellschaft du district de Brugg; il y fit lire par le pasteur Steiger, de Birr, son Essai d'une esquisse de ce qui con-

1. Versach einer Skizze ùber das Wesen der Idée der Elementarbildung, und ûber meine Lebensbestrebungen, dièse hohe Idée in ein heiteres Licht zu setzen und die Mogtichkeit ihrer Anwendimg in die Augen fcdlen zu machen.

2. Les détails sur la visite à Beuggen, et sur ceux sur la réunion de Brugg en novembre, ont été donnés par Heussler, Pestalozzïs Leistungen im Erziehungsfache, pp. 57-58.

stitue Vidée de V éducation élémentaire. À ce moment, il se sentait encore très fort. Il travaillait plusieurs heures par jour aux écrits dont il préparait la prochaine publication, entre autres à une continuation de ses Lebensschicksale; il faisait de longues promenades, par tous les temps, avec l'entrain d'un jeune homme; à un ami qui l'engageait à se ménager un peu, il répondait en riant, dans son dialecte zuricois : « J'ai la santé d'un ours ! » Cependant il était atteint d'une maladie, la gravelle, dont les accès le faisaient parfois souffrir, sans inspirer néanmoins de sérieuses inquiétudes.

Mais la tranquillité dont il avait joui depuis son retour à Xeuhof allait être de nouveau troublée.

Un incident pénible et inattendu lui causa un profond chagrin, et, ce chagrin lui vint de celle qui avait été pendant de longues années l'aide dévouée de ses jours de malheur, la servante Lisaheth. Dès 1821, Lisabeth, que ses forces commençaient à trahir, avait dû renoncer à tout service actif dans l'institut : Pestalozzi la garda encore deux années auprès de lui, puis l'envoya vivre à Xeuhof (1823), où elle se plaisait plus qu'à Yverdon. Malheureusement, au bout d'une année environ, des mésintelligences éclatèrent entre la vieille servante et la nouvelle maîtresse du domaine, la jeune femme de Gottlieb Pestalozzi ; le conflit paraît s'être produit à l'occasion du fils de Lisabeth, un garçon d'environ dix-huit ans, idiot de naissance comme nous l'avons dit, qu'elle avait amené avec elle. Il y eut des scènes violentes; Pestalozzi et Schmid voulurent s'interposer, et ce dernier vint exprès d'Yverdon; mais la paix ne put être rétablie, et Lisabeth dut quitter Neuhof en 1824 l. Elle se retira dans la commune d'orieine de son

1. Cette brouille explique pourquoi, clans son autobiographie, Pestalozzi ne fait aucune mention d'Elisabeth Nàf.

mari, le village de Gais (Appenzell Rhodes-Extérieures); son fils idiot y fut placé dans l'orphelinat, et elle s'installa auprès de lui pour le soigner. Elle n'avait d'autres ressources que deux rentes viagères, dont l'une lui avait été assurée dès 1815 par le testament de Mnie Pestalozzi, et dont l'autre fut spontanément ajoutée à la première par Pestalozzi lui-même, au moment où elle quitta Neuhof. Or il paraît qu'en 1826 Schmid souleva des difficultés au sujet d'une question d'argent qui n'avait pas été clairement réglée; la commission de l'orphelinat de Gais prit l'affaire en main, et fit assigner Pestalozzi devant le tribunal de Bru gg. La brutalité de ce procédé affecta vivement le vieillard, et causa à sa santé un ébranlement qui, bientôt aggravé, devait avoir des suites fatales '.

Presque en même temps, en effet, un autre incident non moins douloureux vint s'ajouter à celui-là. La publication des Lebensschicksale à Leipzig déchaîna un orage. Fellenberg fit paraître dans divers journaux (octobre 1826) une réponse dans laquelle, après avoir raconté à sa façon les négociations de l'année 1817, il accusait Pestalozzi et Schmid d'avoir trompé le public sur l'emploi des fonds de la souscription aux Œuvres complètes. « On a vu, disait-il, Pestalozzi, à l'instigation de Schmid et à la honte de ses vrais amis, mendier des souscriptions à ses ouvrages, comme un pauvre aveugle qui, guidé par un roué spéculateur, tendrait son chapeau aux aumônes. Schmid a ensuite obtenu de Pestalozzi qu'il manquât à l'engagement si solen-

1. Après la mort de Pestalozzi, Lisabeth, qui avait été mal conseillée, regretta, paraît-il, la fâcheuse intervention de la commission de l'orphelinat, et n'eut plus pour la mémoire de son maître que des sentiments de gratitude et de respect. Elle mourut en 4836; son (Ils lui survécut jusqu'en 1854.

nellement contracté d'employer le produit de ces souscriptions à la fondation d'une école de pauvres, afin d'hériter de cet argent *. » A cette honteuse calomnie, Pestalozzi ne voulut pas répondre lui-même; ce furent son petit-fils Gottlieb et Schmid qui répliquèrent à Fellenberg, en le mettant au défi de fournir la preuve juridique de son accusation 2. D'autres attaques suivirent; Pestalozzi continua à garder le silence. Mais en février 1827 parut à Saint-Gall un volume intitulé Contribution à la biographie de Henri Pestalozzi et éclaircissements sur son dernier ouvrage". L'auteur de ce pamphlet était un certain Biber, qui, en 1824 et 1825, avait été employé dans l'institut de Mme Niederer à Yverdon; il avait figuré dans les négociations qui précédèrent la sentence arbitrale du 30 novembre 1824 comme fondé de pouvoirs de Niederer. Son livre est un recueil de documents, lettres, comptes, etc., relatifs à la longue querelle concernant l'institut de jeunes filles, avec notes et commentaires. Pour défendre l'intégrité des époux Niederer, l'auteur a cru nécessaire de chercher à perdre Pestalozzi de réputation : les imprudences du pauvre vieillard, ses erreurs de mémoire, ses actes les plus innocents, ses moindres paroles, tout, jusqu'à ses mouvements de générosité et à ses accès de désespoir, sont représentés comme autant de perfidies, de manœuvres machiavéliques ou d'indignes simagrées; à chaque page, le grand éducateur est bassement outragé, traité de charlatan, d'hypocrite, de

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