‹ PestalozziChapitre 22 sur 201 · Pddagogische Blâtter de Kehr, 1881. p · texte numérisé non relu

Pddagogische Blâtter de Kehr, 1881. p

de Wildenstein, pour y rendre visite au bailli Fellenberg1 ; Mme de Fellenberg, qui ne le connaissait pas, était assise sous un arbre devant la porte ; comme il s'approchait d'elle pour la saluer, elle crut avoir affaire à un pauvre qui demandait l'aumône, et lui tendit une pièce de monnaie; au même moment survint Fellenberg, et grande fut la stupéfaction de la noble dame de voir son mari embrasser avec effusion le prétendu pauvre, et le lui présenter ensuite comme son ami le philanthrope de Neuhof. La singulière habitude qu'avait Pestalozzi de tenir sans cesse entre les dents un des bouts de sa cravate prêtait aussi à rire : même à l'église, dit Huber 2, où il allait régulièrement tous les dimanches et où il avait une stalle réservée dans le chœur, on le voyait mordiller machinalement ce lambeau de batiste pendant l'office, et sa manie donnait des distractions aux fidèles3.

1. Le patricien bernois Daniel de Fellenberg (mort en 1800) administra de 1779 à 1785 ce même bailliage de Schenkenberg qui avait eu avant lui pour baillis Tscharner et Grafïenried. Le château de Wildenstein, en face de Wildegg, était la résidence des baillis. Daniel de Fellenberg, qui professa ensuite le droit, puis devint membre du Petit-Conseil de Berne, fut le père du célèbre Emmanuel de Fellenberg, dont nous aurons à parler souvent. Mme de Fellenberg était une Hollandaise, arrière-petitefille du célèbre amiral Van Tromp.

3. Innombrables sont les anecdotes qui nous montrent Pestalozzi dans son dénuement, avec son complet oubli des conventions sociales, son insouciance du décorum, en même temps que dans la simplicité enfantine de sa bonté irréfléchie et de son inépuisable charité. Nous en citerons deux ou trois seulement :

Un jour, probablement à l'époque de ses relations avec Iselin, il était entré à Bàle, les chaussures attachées avec de la paille ; on voulut savoir la raison d'un si bizarre accoutrement, et on apprit qu'il avait donné, à la porte de la ville, les boucles d'argent de ses souliers à un mendiant. (Récit fait par Buss dans Continent Gertrude instruit ses enfants, 3e lettre.)

Pestalozzi s'était rendu à Berne pour y visiter son ami Daniel de Fellenberg, devenu membre du Petit-Conseil en 1785. A

Si les paysans n'avaient jamais eu pour Pestalozzi que des sarcasmes, la société cultivée ne le traitait pas mieux maintenant. Plus la confiance qu'on lui avait témoignée un moment avait été grande, plus sévère était la condamnation, plus profond le mépris dont on l'accablait. Il avait conservé quelques rares amis : mais ceux-là même, dit-il, « me regardaient comme un homme perdu sans remède, destiné à finir ses jours à l'hôpital ou dans une maison de fous 1 ».

la porte de la ville, comme il était très pauvrement vêtu, il fui arrêté par la garde. Il se nomma. Son nom étant inconnu à l'officier commandant, celui-ci le fit conduire à la maison des indigents, où Pestalozzi, en compagnie des vagabonds, reçut la soupe et un lit. Le lendemain matin, il demanda si quelqu'un voudrait se charger de porter un billet à M. le conseiller Fellenberg. Le surveillant fut fort étonné, mais fit néanmoins, porter le billet. Quelques instants après arriva Fellenberg, qui donna une chaleureuse accolade à celui qu'on avait pris pour un mendiant. Pestalozzi lui dit qu'il avait constaté avec plaisir qu'à Berne les pauvres gens étaient fort bien traités. Ensuite Fellenberg l'emmena loger chez lui. (Récit d'Emmanuel Frôhlich, Pudagogische Blâtter de Kehr, 1881, p. 126.)

« Ma mère m'a raconté dans mon enfance, écrit le pasteur Rahn (Pestalozzi-Blutter, 1880, p. 42), qu'à l'époque où mes parents habitaient Aarau, elle vit entrer un jour Pestalozzi en grande hâte : « Madame Rahn, criait-il, vite, prêtez-moi deux « thalers; il me les faut tout de suite; je ne les ai pas, mais je « vous les rendrai le plus tôt possible ». Ma mère les lui donna, et il repartit aussitôt; mais pas si vite que la servante, sur l'ordre de ma mère, ne pût le suivre, sans être aperçue de lui, afin de savoir ce qu'il allait faire de cet argent. La servante revint un moment après, et dit qu'elle avait suivi Pestalozzi jusque dans une ruelle écartée; que là, il était entré dans une grande étable, où elle avait pu se glisser après lui ; dans un coin de l'étable se trouvait, sur de la paille, une pauvre femme en couches, une vendeuse d'écuelles; Pestalozzi s'était approché d'elle, lui avait mis les deux thalers dans la main, et s'était ensuite éloigné précipitamment. Comme je demandais à ma mère si Pestalozzi lui avait rendu plus tard les deux thalers : « Oh non! bien sûr, dit-elle, car avec lui la main droite ne « savait jamais ce que faisait la main gauche. »

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