Schwanengesang ', p
5. Schweizerblatt, p. 243. — Il ne faut pas prendre trop à la lettre cette assertion de Pestalozzi. L'idée d'écrire lui était déjà venue à lui-même avant l'époque de sa ruine complète. Vers la fin de 1778, il écrivait à Iselin : « Depuis mon retour de Bàle — (où il était allé pour consulter Iselin sur les mesures à prendre pour une réorganisation de son établissement ; voir ci-dessus, p. 33, n. 2), — je suis occupé du projet d'un petit livre qui doit présenter au peuple, en son langage, dans des tableaux empruntés à sa propre vie, les vérités les plus importantes pour lui. Pourrais-je prendre la liberté de vous envoyer une première ébauche de quelques chapitres, en vous priant respectueusement de vouloir bien m'accorder vos conseils, et de me donner là-dessus votre avis sincère? » Il s'agit bien déjà de Léonard et Gertrude, comme on le verra plus loin (p. 47, n. 2).
de pensées sur la morale et la religion *. Le Mémoire sur les lois somptuaires traitait une question mise au concours en 1779 par la Société d'encouragement de Baie : ce Convient-il d'imposer des limites au luxe des citoyens dans une petite république dont la prospérité repose sur le commerce? » Le premier prix, qui était de trente ducats % fut partagé entre Pestalozzi et son compatriote le professeur Meister; les écrits couronnés furent publiés à Baie en une brochure, avec une préface d'Iselin datée du 14 décembre 1780. « Le second mémoire, y lisait-on, a pour auteur M. Pestalozz (sic), de Neuhof, qui s'est acquis, par le plan excellent qu'il a formé pour l'éducation des enfants des classes inférieures, le suffrage et l'estime des vrais amis de l'humanité, mais qui a eu le malheur de voir ses nobles intentions échouer jusqu'à présent faute d'un appui suffisant. » Ces bienveillantes paroles du chancelier bâlois furent pour Pestalozzi comme un baume sur sa blessure3.
1. La réputation qui a été faite à ce petit écrit nous paraît un peu exagérée. Iselin, à qui Pestalozzi avait envoyé son manuscrit vers la fin de 1779, écrit clans son journal la note suivante (citée par le Dr J. Keller dans les Pàdagogische BUitter de Kehr, 1884, p. 96), à la date du 25 janvier 1780 : « Corrigé pour les Éphémérides la Soirée d'un solitaire de M. Pestaloz (sic) au point de vue du style. Ce morceau est très élevé, mais parfois un peu diffus (sehr erhaben, bisweilen etwas schwatzhaft) . » Pestalozzi réimprima en 1807 la Soirée d'un solitaire dans sa Wochenschrift fur Menschenbildung , en y faisant des changements assez notables. M. Seylïarth, dans son édition des OEuvres complètes (t. I), a suivi le texte de 1807; mais M. Mann, dans son édition des OEuvres choisies (t. III), a rétabli le texte original tel qu'il avait paru dans les Éphémérides.
2. Ce prix avait été offert par le Dr Pierre Ochs, un jeune cousin d'Iselin, qui lui succéda comme chancelier à Bâle, et joua plus tard un rôle important dans la révolution helvétique. (Dr J. Keller, H. Pestalozzi und Isaak Iselin, dans VAargauer Schulblatt, 1883, nos 18 et 19).
3. Ce sont les termes mêmes qu'emploie Pestalozzi dans une lettre à Iselin du 4 janvier 1781.
Ce fut dans Léonard et Gertrude que Pestalozzi se révéla au public étonné comme un écrivain d'un talent original et supérieur. Voici, d'après l'auteur lui-même1, comment ce livre prit naissance. Se trouvant à Zurich 2, il s'était diverti à écrire une facétie inspirée par un incident local : l'adoption d'un nouvel uniforme pour la garde urbaine 3. Le peintre Fiïssli vit ce manuscrit, qui traînait sur une table chez son frère le libraire, le lut, fut frappé de l'originalité du style et des idées, et dit à son frère : « Cet homme a le talent d'écrire d'une manière intéressante; encourage-le, et dis-lui de ma part qu'il pourrait certainement se créer des ressources par sa plume, s'il le voulait ». Le libraire répéta ces paroles à Pestalozzi, qui n'en croyait pas ses oreilles. En rentrant chez lui, il se mit à lire les Contes moraux de Marmontel, qu'il avait justement sur sa table, et il lui parut qu'il ne serait pas très difficile d'en faire autant. Il essaya, et écrivit successivement cinq ou six historiettes dans ce genre; mais aucune ne le satisfit. Enfin il rencontra un sujet qui lui plut ; sans qu'il se fût fait un plan à l'avance, le livre sortit de sa plume, chapitre après chapitre, et se trouva achevé en quelques semaines : c'était l'histoire de Léonard et de Gertrude. (( J'en sentais la valeur, dit-il, mais comme un homme qui, dans le sommeil, sent la valeur d'un bonheur dont il rêve. Je savais à peine si je veillais ou si je dor-
1. Schwanengesang, pp. 213-216. Voir aussi Schweizerblatt, n° 33, pp. 242-244.
2. Pestalozzi ne dit pas à quelle époque; ce devait être en 1778, avant son désastre. Il y a deux preuves à l'appui de cette date : le contenu de sa lettre à Iselin citée dans la note 5 de la page 44, et la présence du peintre Fiïssli, qui vint à Zurich précisément en 1778.
3. Cette facétie était intitulée : Die Umgestaltung der krummen, staubigen, ungekâmmten Stadtwâchter unter den Thorenin gerade. gekiimmte und gepiitzte.
mais; cependant, une lueur d'espoir commençait à poindre en moi, l'espoir de pouvoir, comme écrivain, améliorer ma position matérielle et la rendre plus supportable aux miens. Je montrai mon essai à un ami de Lavater, qui était aussi le mien i. Il le trouva intéressant, mais déclara cependant que le livre ne pouvait être imprimé tel quel; il fourmillait d'incorrections intolérables, n'avait pas la forme littéraire. Il offrit de le faire revoir par une personne ayant l'habitude d'écrire. Dans ma simplicité, je lui répondis que j'en serais bien aise, et je lui remis sur-le-champ, pour être revisées, les trois ou quatre premières feuilles de mon livre. Mais quel fut mon étonnement lorsqu'il me rendit ces feuilles sous leur nouvelle forme. C'était un véritable travail d'étudiant en théologie, où la peinture sincère de la vie réelle des paysans, telle que je l'avais faite, nue et sans art, mais fidèle et d'après nature, était remplacée par une religiosité de convention, et où les paysans au cabaret parlaient le langage pédantesque d'un maître d'école : il ne restait rien de ce qui faisait l'originalité de mon livre. » Malgré sa modestie, Pestalozzi se rebiffa : il refusa de consentir à la mutilation de son œuvre, et chercha un juge plus éclairé. Il s'adressa à Iselin 2, qu'il tenait au courant de son entreprise littéraire, et se rendit à Bâle auprès de lui (28 août 1780). Celui-ci, après avoir
1. Cet ami était Pfenninger. (Môrikofer, Die schweizerische Literatur des 18. Jahrhunderts, p. 415.) Nicolovius (communication à la Société littéraire d'Eutin) nomme Pfenninger comme ayant servi d'intermédiaire entre Pestalozzi et le libraire Fiissli.
2. Pestalozzi à Iselin (lettre écrite dans la première moitié de 1780) : « Je vous prie, confidentiellement, de vouloir bien juger à ce point de vue un petit volume d'enseignement pour le peuple, que je vous enverrai prochainement. Je travaille avec zèle à cet ouvrage, dont je vous avais déjà parlé il y a un an ou deux. »
entendu la lecture de quelques chapitres du manuscrit, dit à l'auteur que cet ouvrage n'avait pas encore son pareil, et que les idées qu'il contenait répondaient à un besoin réel du temps; il se chargea d'en corriger le style \ et de chercher un éditeur. Le libraire Decker, de Berlin, se trouvait en ce moment à Bâle, sa ville natale ; Iselin en profita pour conclure un traité avec lui (1er septembre); Decker acheta le livre au prix de douze louis, dont la moitié fut payée d'avance 2. Comme l'écriture de Pestalozzi était à peu près illisible, Mme Pestalozzi recopia le manuscrit, qui fut envoyé à Iselin en deux fois, le 29 septembre et le 22 octobre. En novembre, Pestalozzi dut solliciter le payement de la seconde moitié de ses honoraires, « dont il a grand besoin, dit-il, vu la détresse où il se trouve 3 » ; le
1. Ce ne fut pas une petite tâche. On lit dans le journal tenu par Iselin, en 1780 : « Dimanche o novembre. Travaillé à la correction de Léonard et Gertrude de M. Pestalutz. La chose est plus laborieuse que je n'avais cru. » — « Lundi 6 novembre. Travaillé à la correction du livre de M. Pestalutz. » — Même indication le mardi. — Le dimanche suivant, Iselin écrit : « Je ne suis pas sorti de toute la semaine ». — Les 13, 15 et 16 novembre, il travaille encore à la correction du manuscrit. — Dans le numéro de novembre 1180 des Éphémérides, Iselin publia quelques chapitres du manuscrit encore inédit de Pestalozzi (les chapitres xvi, xvn, xlvi, xlix-lii). Le texte de ces chapitres n'avait pas encore, à ce moment, été retouché par Iselin, car il diffère très sensiblement, au point de vue du style, du texte définitif. Le Dr J. Keller a reproduit (Pâdagoglsche Blatte?' de Kehr, 1884, p. 99) le texte des chapitres li et lu tel qu'on le lit dans les Éphémérides ; en le comparant avec celui de l'édition de 1781, on se rendra compte de l'importance des corrections que dut faire Iselin, et de l'étendue du service qu'il rendit ainsi à Pestalozzi.
2. Pestalozzi accuse réception de l'envoi de six louis dans un billet à Iselin du 7 septembre 1780.
3. « Je dois ajouter encore une prière, — vous connaissez ma situation, — c'est que M. Decker m'envoie le plus tôt possible les six louis qu'il m'a promis il y a deux mois. Le temps d'une gêne si étroite ne sera plus bien long, s'il plaît à Dieu; si je me l'étais attirée par d'autres causes que par mon entreprise, mon cœur en
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