‹ PestalozziChapitre 26 sur 201 · EN PREPARATION · texte numérisé non relu

EN PREPARATION

Les planètes et leurs satellites.

La neige, la glace et les glaciers.

Imp. D. Dumoulin et G», à Paris. — 4-90 — SO, 000.

PESTALOZZl ÉCRIVAIN, DE 1780 A 1782. 49

15 janvier 1781, il accuse réception à Iselin du dernier envoi d'argent, pour solde *.

La fable de Léonard et Gertrude est des plus simples. Dans le village de Bonnal vit un ouvrier maçon, Léonard, avec sa femme Gertrude et ses sept enfants . Léonard est bon et honnête, mais faible. Il s'est laissé entraîner à boire et à jouer dans l'auberge que tient le bailli du village, le rusé et méchant Hummel ; il a fait des dettes. Honteux et désespéré, il avoue sa triste situation à sa femme. La pieuse et vaillante Gertrude le console et lui fait promettre de changer de conduite . Le lendemain, son plus jeune enfant sur le bras, elle se rend au château où réside le Junker Arner, le nouveau seigneur du village, qui vient de succéder à son aïeul; elle lui conte l'histoire de son mari. Arner est touché de la naïve confiance de Gertrude et indigné de ce qu'il apprend sur le compte du mauvais bailli. Il fait une enquête avec l'aide du pasteur Ernst, homme vertueux et éclairé, et découvre une foule de malversations et d'injustices. Le bailli, qui se sent menacé, essaye de conjurer l'orage en ourdissant intrigue sur intrigue ; mais ses machinations tournent contre lui, il est démasqué; et, au dénouement, Arner, siégeant comme juge, après avoir déposé Hummel de sa charge, l'oblige à restituer le bien mal acquis et prononce contre lui une sentence infamante.

serait vraiment oppressé ;mais5 Dieu soit loué Je me sens toujours le cœur légers — et des temps meilleurs approchent. » (Lettre de Pestalozzi à Iselin, sans date, mais écrite certainement en novembre 1181.) Quelques jours plus tard, Pestalozzi accuse réception à Iselin d'un envoi de trois louis pour le compte de Decker. 1. Tous ces détails sont empruntés soit au journal d'Iselin, soit aux lettres de Pestalozzi à Iselin. Des extraits du journal d'Iselin ont été publiés par le Dr J. Keller, tant dans les Puclaf/ogische Bliltter de Kehr, 1884, que dans YAargauer Schulblatt, 1883, nos 18 et 19.

Dans ce cadre, l'auteur fait mouvoir, à côté des personnages principaux, une quantité de figures secondaires, dessinées avec beaucoup de verve et ayant chacune sa physionomie bien marquée; les épisodes touchants ou comiques se succèdent; presque chacun des cent chapitres forme un petit tableau frappant par la vérité des détails, le naturel du dialogue, la finesse de l'observation; quelquefois aussi des pensées fortes ou profondes font deviner derrière le conteur un philosophe, ou un rayon de poésie vient ennoblir les détails vulgaires.

Ce fut au printemps de 1781 que parut, sans nom d'auteur, Léonard et Gertrude *. Le succès en fut très grand en Allemagne et en Suisse; tous les journaux

1. Lienhard und Gertrud : ein Buch fur das Volk. La page de titre est ornée d'une vignette de Chodowiecki représentant le lit de mort de la grand'mère de Rudi. La préface est datée du 25 février 1781. Nous savons par les fragments du journal d'Iselin que Pestalozzi lui rendit visite à Bàle le 26 février et passa trois jours chez lui; il venait sans doute apporter à son ami sa préface et concerter avec lui les dernières dispositions relatives à l'apparition de son livre. Pestalozzi avait d'abord voulu dédier le livre à Iselin, comme le montrent deux de ses lettres écrites en novembre 1780 ; mais celui-ci s'y était opposé. 11 songea ensuite à le dédier à son beau-père Jean-Jacques Schulthess; et sa résolution était arrêtée sur ce point lorsqu'il rendit visite à Iselin le 26 février 1781. Mais il changea bientôt d'avis : « Depuis mon retour, j'ai de nouvelles raisons pour supprimer ma dédicace à mon beau-père; je pourrais craindre qu'il ne la considérât comme une offense, et qu'à Zurich, dans l'état actuel de mes rapports avec lui, on ne la prît pour une hypocrisie ». (Lettre à Iselin, sans date, mais certainement écrite en mai»s 1781.) Trois semaines plus tard, nouveau changement : « Je viens de faire un assez long séjour à Zurich, et j'ai bon espoir de voir la paix se rétablir tout à fait avec la famille de ma femme; aussi désirerais-je maintenant que la dédicace à J.-J. Schulthess ne fût pas supprimée; par suite de ce changement de résolution j'ai écrit à l'imprimeur, et s'il en est encore temps je souhaite que la dédicace soit publiée ». (Lettre de Pestalozzi à Iselin, 1er avril 1781.) Mais il était trop tard, et Léonard et Gertrude parut sans dédicace.

en parlèrent, et non seulement les journaux, mais les almanachs; des pasteurs en lurent des fragments du haut de la chaire l. On sut bientôt que l'auteur était M. Pestalozzi de Neuhof, qui se trouva célèbre du jour au lendemain. La Société économique de Berne lui décerna, en 1782, une récompense consistant en une somme de trente ducats et une médaille d'or 2, — médaille que Pestalozzi, pressé par le besoin, vendit à un collectionneur 3.

Une traduction française parut à Berlin en 1783, chez le même éditeur, en un volume in-12. Elle est intitulée : Léonard et Gertrude, ou les Moeurs villageoises > telles qu'on les retrouve à la ville et à la cour. Histoire

1. Heussler, Pestalozzïs Leistungen un Erziehungs fâche, 1838, p. 91.

2. Schinz, dans sa lettre du 12 avril 1783, a raconté le fait inexactement : « Berne, dit-il, lui accorda une médaille d'or de la valeur de cinquante ducats avec l'inscription : Bene merentï, plus une somme de cinquante ducats en numéraire ». Cette erreur de chiffres a été reproduite par tous les biographes, Heussler, Pompée, M. de Guimps, M. Morf, etc. On doit au Dr J. Keller d'avoir fait connaître (Pâdagogische BUHter de Kehr, 1884, p. 354) les termes mêmes du procès-verbal de l'assemblée générale de la Société économique tenue en 1782; en voici le texte : « Aucun mémoire n'ayant été envoyé sur la question mise au concours pour cette année, la Société a décidé de décerner à M. Pestaluz (sic), pour son livre Léonard et Gertrude, comme témoignage de son approbation et de son estime, une médaille de la valeur de vingt ducats. Un membre du gouvernement, désirant donner à la Société, dont il ne fait pas partie, une marque de sa considération et témoigner en même temps sa satisfaction à l'auteur, a ajouté à ce prix un don de trente ducats. » La médaille de la Société économique, dont la matrice avait été gravée en 1763 par Môrikofer, et qu'elle accordait à tous ceux qu'elle avait jugés dignes d'une récompense, représentait d'un côté une femme assise sur une charrue avec cette inscription : Hinc félicitas. Au revers, à l'entour, les mots : Soc. Agricult. Bernens. et Bonar. Artium; et en marge, entourés d'une couronne de feuilles de chêne, ceux-ci : Civi optimo.

3; Schwanengesang, p. 216.

morale traduite de l'allemand : Avec douze estampes dessinées et gravées par D. Chodowiecki l. Cette traduction est dédiée à M. de la Fléchère, « seigneur de Grens, capitaine d'une compagnie de grenadiers au service du louable canton de Berne ». Dans son épître dédicatoire, le traducteur, qui signe des initiales « P. de M. », annonce que l'original est l'œuvre de « M. Pestalotz de Neuenhof » ; parlant de sa traduction, il ajoute : « II ne m'est pas permis d'en rien dire, sinon qu'elle est fidèle, que même elle peut avoir quelque avantage sur l'original, quant à la pureté de la diction, en même temps que je reconnais qu'elle n'en a pas toute la précision et la naïveté, quoique j'aie pris à tâche d'imiter le style simple et naturel de l'auteur ». Le traducteur est Pajon de Moncets, pasteur de l'église française de Berlin, qui a publié aussi des traductions des Leçons de morale de Gellert et de Y Elementarbuch. de Basedow 2.

Les estampes de Chodowiecki ne sont pas sans mérite. Elles représentent les sujets suivants : 1° Léonard rentre chez lui et trouve sa famille en larmes (chap. i) ; 2° Gertrude chez Arner (chap. n); 3° le chien du barbier dévoile une ruse du bailli, en léchant l'eau

1. Cette traduction avait été annoncée en ces termes dans une lettre du libraire Decker àlselin, du 13 octobre 1781 : « Du reste je dois reconnaître que ce livre est très apprécié par les connaisseurs; un ecclésiastique français de Berlin a même formé le projet de le traduire, et M. Chodowiecki veut faire pour cette traduction douze gravures sur cuivre; ce qui est un grand honneur pour l'auteur ».

2. Pajon de Moncets avait obtenu de Pestalozzi, par l'intermédiaire d'Iselin, l'autorisation de traduire son livre. On lit dans la dernière lettre de Pestalozzi à Iselin, du 5 mai 1782 : « Je vous remercie pour la communication de la lettre de M. Pajon ; je lui fais la réponse qu'il m'a paru convenable de faire, dans la lettre ci-jointe que je vous envoie ouverte, et que je vous prie de vouloir bien faire parvenir à son adresse ».

tombée d'une cruche où celui-ci prétendait avoir mis du vin (chap. x); 4° la grand'mère de Rudi à son lit de mort (chap. xvi); 5° dialogue entre le bailli et Marx (chap. xxvi) ; 6° Marx gronde sa fille Betheli qui a accepté un morceau de pain de l'uu des enfants de Gertrude (chap. l) ; 7° le bailli prend le coquetier Christophe pour le diable, et se sauve en hurlant (chap. lxxiv); 8° le bailli fait sa confession au pasteur (chap. lxxvii); 9° le petit Charles, fils d'Arner, embrasse le cocher Franz (chap. lxkxii) ; 10° Arner prononce la sentence du bailli (chap.Lxxxix);ll°le coquetier Christophe explique devant la commune assemblée que c'est lui que le bailli a pris pour le diable (chap. xcu) ; 12° Léonard et Gertrude avec Arner et sa femme Thérèse chez Rudi (chap . xcviii) . Il a été fait une réimpression de cette traduction, mais sans estampes, et avec l'indication Première partie (parce que la deuxième partie de Léonard et Gertrude avait déjà paru à ce moment). Cette réimpression porte la mention : « A Lausanne et à Paris, chez la veuve Duchesne, libraire, rue Saint- Jacques, au Temple du Goût, 1784 ».

Une autre traduction de la première partie de Léonard et Gertrude a été faite beaucoup plus tard par Mme la baronne de Guimps, et imprimée à Genève chez J.-J. Paschoud en 1826 (seconde édition en 1832, Paris et Genève, Abraham Cherbuliez 1). Mme de Guimps dit dans son avertissement : « Léonard et Gertrude a déjà été traduit dans notre langue; je ne veux point faire ici la critique de cette première traduction; je dirai seulement que Pestalozzi en fut très mécontent, et qu'il me pressa d'entreprendre celle-ci, qui a été

1. Le Musée pédagogique de Paris possède un exemplaire de cette seconde édition.

commencée sous ses yeux et d'après ses avis ». A notre sentiment, Mme de Guimps n'a pas mieux réussi que Pajon de Moncets, non que le talent lui ait manqué, mais parce qu'elle entreprenait une tâche impossible : Léonard et Gertrude est un livre intraduisible.

On s'est demandé si les personnages du roman de Pestalozzi étaient des portraits. Il a déclaré lui-même, en 1782, que les applications qu'on avait voulu faire étaient inexactes, en ce sens qu'aucun des caractères du livre n'est, dans tous ses traits, la copie fidèle d'un original. Mais il n'en est pas moins évident que, pour chacun d'eux, il a eu présents à l'esprit un ou plusieurs modèles pris dans la réalité. Gertrude, d'après une tradition que Nicolovius a le premier accréditée — Pestalozzi lui-même, il est bon de le remarquer en passant, n'a jamais rien dit pour la confirmer \ — serait faite à l'image de la servante Elisabeth Nâf. Les gens de Birr et de Miïligen crurent reconnaître dans le bailli Hummel l'intrigant Marki, de la mauvaise foi duquel Pestalozzi avait été la victime au début de son entreprise agricole. Quant au pasteur, le choix de son nom, Ernst, indique que l'auteur a dû songer à son ami et voisin le pasteur de Birr, qui s'appelait Frôhlich2. Enfin Arner, l'idéal du seigneur humain, sage et bienfaisant, serait, de l'avis de la plupart des biographes modernes,

1. Nous devons constater toutefois que, dans l'entourage de Pestalozzi, à l'époque où il était devenu chef d'institut, on paraît avoir désigné couramment la servante Lisabeth par le surnom de Gertrude. Voir plus loin (p. 210) un passage du journal de Murait où elle est ainsi appelée.

2. Ernst, en allemand, signifie « sérieux »; frôhlich, « gai ». Cette hypothèse très vraisemblable a été émise en premier lieu par M. Mann dans son édition des Œuvres choisies de Pestalozzi, t. IV, p. 313. Voir aussi la remarque du Dr Hunziker dans l'édition de Léonard et Gertrude publiée par le Musée pestalozzien de Zurich, t. I, p. 471.

le patricien bernois Tcharner, l'ancien gouverneur du bailliage de Schenkenberg x ; peut-être ses successeurs Graffenried et Daniel de Fellenberg, et un autre noble bernois, voisin aussi de Pestalozzi, le Junker Effinger, qui habitait le château de Wildegg, et qui s'occupait avec beaucoup de zèle d'œuvres philanthropiques, ont-ils fourni aussi quelques traits à cette figure.

Pendant qu'on imprimait Léonard et Gertrude, Pestalozzi avait commencé la composition d'un nouvel ouvrage, qui devait servir de complément et de commentaire au premier : c'est Christophe et Else 2, qui parut en 1782 chez le libraire Fùssli 3. Une famille de

1. Le Dr J. Keller (Piïdagogische Blatter de Kehr, 1884, p. 352, n. 1) rejette cette hypothèse : « Si Arner, dit-il, était le portrait de Tscharner, comment expliquer que Pestalozzi (en justifiant dans une lettre à Iselin certains traits du caractère de ce personnage) n'en dise rien, et que Tscharner lui-même (dont on possède la correspondance avec Iselin) ne le sache pas? » Nous ajouterons que la dernière entrevue de Pestalozzi avec Tschar~ ner, lorsqu'il était allé à Berne en avril 1779 pour essayer d'y trouver de l'argent, n'avait pas dû lui laisser précisément un souvenir agréable (voir ci-dessus, p. 34, note).

2. Le titre complet de l'ouvrage est : Christoph und Else lesen in den Abendstunden das Buch Lienhard und Gertrud. 7ste ^46theilung. Vient ensuite un second titre ainsi conçu : Christoph und Else. Mein zweites Volksbuch. 1782. Zurich und Dessau. In Commission bei Joh. Caspar Fuessly.

3. Pestalozzi songeait avant tout à tirer de ses travaux littéraires une rémunération qui lui permît de vivre; c'est pour cela qu'il ne continua pas les relations d'affaires avec le libraire Decker. Il écrit à Iselin « qu'il regarde comme son devoir de tirer de ses écrits le plus de profit possible, et, pour cela, de ne pas les vendre à vil prix à un libraire ». (Lettre du 15 avril 1781.) A propos du prospectus d'une association qui devait se fonder à Dessau, sous le nom de Buchhandlung der Gelehrten, pour permettre aux auteurs de devenir leurs propres éditeurs, il dit : « Plaise à Dieu que cette association atteigne son but, et que les écrivains ne soient plus réduits à travailler comme des manœuvres à tant la feuille; actuellement ils sont exploités d'une manière effrayante par les libraires; je suis impatient de con-

paysans occupe ses soirées à lire Léonard et Gertrude, et chaque chapitre fait le sujet d'une conversation où les interlocuteurs développent les conclusions morales qu'ils croient pouvoir tirer des divers épisodes du roman. Ce livre didactique, auquel Pestalozzi attachait une haute importance, reçut un accueil assez froid. Il se compose de trente « soirées », dans lesquelles sont commentés les vingt-cinq premiers chapitres de Léonard et Gertrude. L'auteur avait annoncé une suite; mais il ne jugea pas à propos de continuer son travail.

Le moyen qui parut à Pestalozzi le meilleur pour se créer, par sa plume, des ressources régulières, fat la publication d'un journal. Dès le commencement de 1781, on le voit négocier à ce sujet avec le libraire Flick, de Bâle (lettre à Iselin du 13 février 1781), mais sans résultat. Il se décida alors à tenter seul l'entreprise, sans le concours d'un éditeur, et à faire imprimer son journal à ses propres frais dans son voisinage immédiat, à Baden1. Le périodique parut en effet sous le

naître les suites de ce projet, et vous remercie beaucoup de votre communication ». (Lettre du 14 mai 1781.) Le 22 août 1781, il annonce à Iselin qu'il est résolu « à faire imprimer pour son propre compte, par l'intermédiaire d'un libraire de Zurich qui est son ami, le manuscrit sur l'infanticide et la seconde partie de Léonard et Gertrude ». Le libraire Decker, en apprenant cette nouvelle, se montra fort irrité, et écrivit à Iselin (13 octobre 1781) que c'était de la part de Pestalozzi un procédé déloyal que de publier chez un autre libraire la seconde partie d'un livre dont la première partie avait été éditée par lui. A cela, Pestalozzi répondit qu'il y avait malentendu, et que le livre qui allait paraître n'était pas, au sens propre, une suite de Léonard et Gertrude (il s'agissait en effet de Christophe et Else), mais un écrit qui, bien que se rattachant au premier, constituait en réalité un ouvrage nouveau. Christophe et Else, annoncé dans le numéro de janvier 1782 des Éphémérides, parut au mois de mai suivant. (Lettre de Pestalozzi à Iselin du 5 mai 1782.) 1, On se demandera peut-être pourquoi Pestalozzi ne s'était

titre de Schweizerblatt (Feuille suisse), journal hebdomadaire, tous les jeudis, du 3 janvier au 26 décembre 1782; mais, au bout d'un an, Pestalozzi dut renoncer à en poursuivre la publication.

M. Seyffarth en a réimprimé les principaux articles dans son édition des Œuvres de Pestalozzi, t. VII. On y trouve des essais sur des sujets de morale et de politique, des contes, des dialogues. Ces pages, pleines de verve 'et de naturel, sont peut-être, avec Léonard et Gertrude, ce que Pestalozzi a écrit de meilleur. Dans le premier numéro, il se présente au lecteur en ces termes : « Le lecteur. Es-tu de ces gens qui ne sont jamais contents de rien? — L'auteur. Non. — Le lecteur. Es-tu toujours satisfait? — L'auteur. Non plus. — Le lecteur. Es-tu de ceux qui tournent en ridicule le chapelet et le livre de prières des pauvres gens? — L'auteur. Non. — Le lecteur. Aimes-tu Voltaire? — L'auteur. Non. — Le lecteur. Et Rousseau? — L'auteur. Davantage. — Le lecteur. Et Ganganelli (le pape Clément XIV)? — L'auteur. Tout comme Luther. — Le lecteur. Et ton physique? — L'auteur. Je suis laid. » Il faut relever, parmi les morceaux les plus intéressants, une étude sur la réforme de la législation criminelle, à laquelle Pestalozzi a donné une forme singulière : il suppose que Léopold, duc de *** (évidemment Léopold d'Autriche, duc de Tos-

pas adressé à son ami le libraire Fiissli, de Zurich. Un passage d'une lettre à Iselin nous l'explique : « La censure à Zurich est excessivement sévère et supprime presque tous les passages bons et utiles, ceux qui pourraient éclairer le peuple sur les choses qui le touchent de plus près. Un journal hebdomadaire bien fait, écrit avec chaleur, répondant bien aux besoins du peuple, rendrait certainement plus de services à l'éducation nationale que tous les livres. N'est-ce pas à Bàle qu'un journal de ce genre se publierait le plus facilement? Zurich pourrait alors l'acheter et le lire, mais il ne serait pas possible de l'y imprimer. » (Lettre du 4 janvier 1781.)

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cane), s'est adressé à son fidèle sujet le baron Arner von Arnheim (le Junker de Léonard et Gertrude) pour lui demander un mémoire sur cette matière ; il reproduit la lettre imaginaire du duc; la réponse d'Arner, qui traite in extenso la question, occupe cinq numéros du Schweizerblatt (nos 19-23) ; le tout est intitulé Opinion d'Arner sur la législation criminelle (Amers Gutachten ùber Crimincdgesetzgebung), et est dédié à M. F., g von W...st .n (Fellenberg de AVildenstein). Le duc Léopold de Toscane fut plus tard, et durant plusieurs années, en correspondance suivie avec Pestalozzi 1 ; mais la mention faite de son nom dans le Schweizerblatt indique que dès ce moment il était entré en relations avec l'auteur de Léonard et Gertrude. Plusieurs articles sont consacrés à la mémoire d'Iselin, qui mourut le 15 juillet 1782 à l'âge de cinquantequatre ans , et en qui Pestalozzi perdit , selon son expression, un véritable père; on y trouve des détails biographiques intéressants, non sur Iselin, mais sur Pestalozzi lui-même. Signalons aussi les pages où l'écrivain raconte la façon dont il élève son fils, alors âgé de douze ans.

C'est le moment de résumer les idées de Pestalozzi sur l'éducation, telles qu'on les trouve exprimées dans ses écrits de cette époque.

Le problème qu'il s'était posé, et qu'il avait cherché à résoudre dans sa tentative de Neuhof, était celui-ci : Gomment peut-on tirer le peuple des campagnes de l'ignorance et de la misère? Et il répondait : Par une éducation qui associera le travail manuel à l'acquisition des connaissances élémentaires. La première chose

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