‹ PestalozziChapitre 39 sur 201 · Ghap. xx, p · texte numérisé non relu

Ghap. xx, p

trude, après avoir présidé aux premiers arrangements, est remplacée dans la classe par une aide, la bonne Marguerite, qui surveille le travail des petites filles. Le lieutenant dirige l'enseignement et maintient une discipline paternelle, mais ferme et stricte. C'est à dessein que Pestalozzi a fait de son maître d'école un ancien militaire : il lui fallait, pour ce rôle, un homme préférant l'action à la parole, un homme qui incarnât en lui la règle inflexible, qui pût enseigner avec autorité, par son exemple, toutes ces choses nécessaires, l'ordre, la ponctualité, la propreté, l'obéissance, l'assiduité au travail. Plusieurs chapitres sont consacrés à décrire les moyens employés par Glùphi pour asseoir la discipline, pour donner aux enfants de bonnes habitudes, pour les instruire dans les connaissances élémentaires : ce sont autant de réminiscences de ce que l'auteur avait tenté lui-même à Neuhof. Signalons en passant la valeur accordée par Pestalozzi au calcul comme moyen de former le jugement, d'habituer l'enfant à raisonner juste et à ne pas se payer de mots, « L'homme, dit-il, n'acquiert la sagesse que par une longue expérience, ou par des exercices de calcul, qui peuvent en partie y suppléer 1. » Cette haute idée des vertus des quatre règles restera un trait saillant de son système d'enseignement; serait-il téméraire d'ajouter qu'une partie du respect que lui inspiraient les opérations de l'arithmétique venait probablement de ce qu'il était incapable de les exécuter lui-même correctement?

Le passage suivant résume nettement l'idée que Pestalozzi se fait d'une bonne méthode élémentaire; on y trouve déjà en germe les principes qu'il développera une vingtaine d'années plus tard :

\ . Chap. lxx, p. 206.

PESTALOZZr ÉCRIVAIN, DE 1783 A 1198. 85

Tout en s'occupant du cœur des enfants, le lieutenant s'occupait aussi de leur tête : il voulait que ce qui y entrait fût aussi clair et visible que la pleine lune au ciel. Avant tout, il enseignait aux enfants à bien voir et à bien entendre, et exerçait en eux le bon sens naturel qui existe dans chaque homme... Quand on veut détourner les hommes de l'erreur, ce ne sont pas les paroles des insensés qu'il s'agit de réfuter, c'est l'esprit même de leur folie qu'il faut éteindre en eux. Pour faire voir, il ne sert à rien de décrire la nuit et de peindre la couleur noire de ses ténèbres : c'est seulement en allumant la lumière que tu pourras montrer ce que c'était que la nuit; c'est seulement en enlevant la cataracte que tu feras comprendre à l'aveugle ce qu'était la cécité. Bien voir et bien entendre est le premier pas vers la sagesse de la vie; et le calcul est le fil conducteur qui nous préserve de l'erreur dans la recherche de la vérité ; c'est la pierre angulaire de la tranquillité et du bien-être que seule une vie de travail, réfléchie et prévoyante, peut assurer aux enfants des hommes i .

Le pasteur, qui voit la réforme accomplie par Gltïphi dans l'école, se sent pris d'émulation. Il y a un curieux dialogue entre lui et le lieutenant :

« Je ne veux rien avoir à faire, dit le soldat, avec le lirilarl des maîtres d'école, avec ce bavardage qui fait tourner les cervelles et gâte la raison. — Je ne l'aime pas plus que vous, dit le pasteur. — Mais je condamne tous les longs discours, reprend Gliïphi, tout ce qui est verbiage, à l'école ou ailleurs. Irez-vous jusque-là? — Oui certes, répond le pasteur : le bavardage est proprement la maladie ecclésiastique, dont nous avons si grand besoin de nous guérir. — A la bonne heure! Des actes, voilà ce dont l'homme a besoin. Foin des discours 2 ! »

Le digne pasteur, qui a fait pendant trente ans des sermons à son corps défendant, ne demande pas mieux

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