‹ PestalozziChapitre 41 sur 201 · Chap. lxix, p · texte numérisé non relu

Chap. lxix, p

première partie de Léonard et Gertrude et ce troisième volume écrit quatre ans plus tard, est ici très sensible. Dans la première partie, le pasteur était le représentant par excellence de la sagesse ; nul ne lui était supérieur, il suffisait à tout. Maintenant, au contraire, en subordonnant le pasteur au maître d'école Glûphi, Pestalozzi montre clairement que, dans l'œuvre de réforme sociale, l'initiative ne saurait appartenir à l'Église; le clergé ne doit plus jouer qu'un rôle d'auxiliaire; et ce rôle même, il ne pourra le remplir qu'à la condition de renoncer à la religion formaliste, de laisser dormir le dogme et de ne plus enseigner que la morale.

Notons encore un curieux chapitre où l'auteur met dans la bouche de la vaillante et sensée Mareili une profession de foi bien significative. Les bonnes femmes du village se plaignent à elle que, si le pasteur n'explique plus la parole de Dieu, on ne saura plus ce qu'on doit croire. Elle répond qu'il n'y a pas besoin de tant d'explications. « Et comment fais-tu donc? » lui demande-t-on.

« Gomment je fais? Bonnes gens, je vais vous le dire. Il y a assez de choses dans le monde qui sont de Dieu même et qui nous disent clairement ce que Dieu veut de nous. J'ai le soleil, la lune, et les étoiles, et les fleurs du jardin, et les fruits des champs, — et puis mon propre cœur, et tout ce qui m'entoure; est-ce que cela ne me dit pas, mieux que ne le feraient tous les hommes, ce qu'est la parole de Dieu et ce qu'il attend de moi? Et tenez, quand je vous vois là devant moi, et que je lis dans vos yeux ce que vous voulez de moi et les obligations que j'ai envers vous; et que je regarde les enfants de mon frère, pour qui je me sens responsable, — n'est-ce pas là une parole de Dieu qui m'est directement adressée, qui n'appartient qu'à moi, que personne n'a besoin de m'expliquer et sur laquelle je ne puis me tromper?» — Et les bonnes femmes durent convenir que le soleil, la lune et les étoiles, et le cœur de l'homme et tout

ce qui l'entoure, expliquent à chaque homme la parole de Dieu d'une manière infaillible et suffisante l.

A côté de cette partie, qu'on pourrait appeler théorique et technique, destinée spécialement à cette classe de lecteurs que leur position sociale pouvait mettre à même d'imiter l'exemple d'Amer et de Glùphi, le troisième volume de Léonard et Gertrude contient bon nombre de scènes appartenant au roman proprement dit, et qui peuvent être placées à côté des meilleures pages de la première partie. Tels sont les chapitres consacrés au récit de la visite d'Arner et du lieutenant chez le Baumwollen-Meyer et sa sœur Mareili, à la description du cortège organisé par les fillettes du village en l'honneur d'Amer, et de la fête champêtre qui s'en suit; et, dans le genre humoristique, ceux où l'auteur nous fait assister aux péripéties amusantes des projets matrimoniaux que Gertrude a formés à l'égard d'une jeune paysanne, dont elle voudrait faire la femme de l'honnête Rudi, et que sa famille destine à un gros aubergiste amateur de charcuterie. La note poétique se retrouve dans ce volume comme dans les précédents : il y a peu de figures plus touchantes que celle de la simple et naïve enfant « debout sous un jeune poirier en fleur, qui était son image - », la fille du suicidé, qui veille avec tant de piété sur la tombe solitaire de son père, et dont la bonne Mareili fait la reine du cortège ; et c'est un tableau tracé de main de maître que cette courte scène où Pestalozzi oppose l'un à l'autre la nature et l'homme. Arner est debout, le lieutenant à ses côtés, sur une hauteur d'où le regard embrasse toute la vallée qui forme' son domaine :

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