Chap. xlviii. p
L'Itte limpide déroulait à leurs pieds son ruban d'argent. Le soleil se couchait, et l'onde miroitante de la sinueuse rivière brillait de Bonnal jusqu'aux montagnes bleues, qui séparaient comme un rideau les terres d'Amer du reste du monde 1 . Il contempla un moment, sans parler, la rivière et la vallée. « Ah! que les hommes sont laids! ditil enfin; quoi qu'on puisse faire pour eux, ils n'égaleront jamais en beauté ce simple paysage. » C'était un spectacle admirable en effet que celui de la vallée dans la magnificence du soleil couchant. — «Vous vous trompez », répondit le lieutenant; et en ce moment même un petit berger parut au-dessous du rocher sur lequel ils étaient, poussant une chèvre devant lui. Il s'arrêta à leurs pieds, regardant le coucher du soleil, appuyé sur son bâton, et se mit à chanter. Alors montagne et vallée, rivière et soleil disparurent à leurs yeux. Ils ne virent plus que le petit berger, drapé dans ses haillons, et Amer dit : « J'avais tort; la beauté des hommes est la plus grande des beautés de la terre 2 ! »
1. Le paysage décrit dans ce passage est celui qui s'offre à la vue lorsque du château de Wildenstein, à cette époque résidence des baillis de Schenkenberg (voir la note 4 de la page 38), on suit des yeux vers le nord le cours sinueux de l'Aar. « Il n'est pas besoin d'un grand effort d'imagination pour que cette description nous transporte en pensée dans la vallée de l'Aar, près de la Gisulafluh; devant nous se déroulent les méandres du fleuve jusqu'au delà de Brugg, près de Rein, le dernier village appartenant au bailliage de Schenkenberg, c'est-à-dire à l'endroit où les « montagnes bleues », le Jura, franchissant l'Aar, viennent comme un double rideau fermer l'horizon. » (Pesta- Ïpzzî-Blâtter, 1885, p. 49.)
2. Chap. xxvi, p. 81. Nous reproduisons cette belle page dans la langue originale :
« Die glatte Itte zitterte im reinsten Silberlicht zu ihren Fùssen. Die Sonne neigte sich, und der Wasserspiegel des Schlangenbachs glanzte von Bonnal aus bis Ends zu den blauen Bergen, die wie ein Vorhang Amers Land von der iïbrigen Welt schieden. Amer sah eine Weile staunend still in Thaï und Bach...
« — Ach! die Menschen sind so hasslich, und was man auch « mit ihnen macht, so bringt man's nicht dahin, dass sie auch « nur sind, wie dièses Thaï », sagte da der Junker.
« Aber der Anblick des Thaïs und des Sonnenuntergangs war auch herrlich.
« — Das ist jetzt auch nicht »,er\viderte der Lieutenant; und als
Sous le rapport du style, il faut observer que dans cette troisième partie Pestalozzi fait un usage beaucoup plus fréquent des formes particulières du dialecte suisse, si bien que la lecture du livre en est rendue plus difficile. Est-ce de sa part simple négligence? ou bien a-t-il voulu donner par là plus de vigueur et d'originalité à son langage? Il est difficile de se prononcer à cet égard.
Une lettre à Zinzendorf, du 10 décembre 1785, fait connaître l'accueil que reçut en Suisse ce troisième volume. Il fut, dit Pestalozzi, beaucoup moins lu que le premier et obtint moins de succès.
Il est possible, ajoute-t-il, quïl soit réellement plus mal écrit; mais il est certain d'autre part que les vérités qui y sont exprimées ne sont pas de nature à produire uniquement le genre d'impressions dans lesquelles j'avais jugé à propos de me renfermer en écrivant la première partie... Ce qui pourrait seul témoigner d'une influence réelle de mon livre, ce seraient des actes, des tentatives pour réaliser quelques-unes des vérités qu'il contient; mais je n'en vois pas la moindre trace. Quoique j'aie pour amis beaucoup de nos honorables gouvernants, on ne m'a jamais demandé le moindre conseil, pas même pour l'organisation d'une école ; sauf que, l'an dernier, Lavater ayant proposé des réformes dans la législation consistoriale, le conseiller zuricois Bùrkli m'invita à traiter ce sujet; je le fis, mais il trouva les principes de mon mémoire trop hardis pour le conseil des Deux- Cents.
er's sagte, trieb ein Hirtenbub unter dem Felsen, auf dem sie standen, eine magere Geiss vor ihm lier. Er stand z\\ ihren Fiissen still und sah gegen die Sonne hin, lehnte sich auf seinen Stock und sang ein Abendlied. Er war die Schônheit selner, — und Berg und Thaï, die Itte und die Sonne verschwand vor ihren Augen ! Sie sahen jetzt nur den Jiingling, der in Lumpen gehullt vor ihnen stand, und Amer sagte :
« — Ich hatte Unrecht; die Schônheit der Menschen ist die « srôsste Schônheit der Erde. »
Pestalozzi se hasarde ensuite à faire entendre qu'il irait volontiers à Vienne.
L'approbation de Votre Excellence, continue- t-il, m'encourage à travailler avec plus d'ardeur à ma quatrième partie. Mais ce qui m'occupe plus encore en ce moment, c'est le projet d'élucider la véritable théorie du gouvernement par des recherches sur les motifs réels d'action de la nature humaine. Je désirerais aussi avoir l'occasion d'étudier davantage le côté pratique de mon sujet par de nouvelles expériences... Voilà la raison qui parfois me fait trouver trop étroit le cercle de ma position actuelle — d'ailleurs agréable — et désirer d'habiter quelque temps dans le voisinage d'hommes appartenant à des cercles plus étendus et possédant de l'influence sur le peuple; quoique, dans d'autres instants, je sente, comme Votre Excellence me l'écrivait l'an dernier, que je suis probablement plus heureux dans ma solitude que bien des amis de l'humanité vivant dans une sphère plus brillante : d'ailleurs, ce qui brille n'est pas ce que je recherche. La baronne de Hallwyl était justement chez moi le jour où j'ai reçu la dernière lettre de Votre Excellence; la noble femme avait les larmes aux yeux en voyant la joie que me causait cette lettre venant de sa ville natale !. Son voisinage est un des plus grands bonheurs de ma situation. Fellenberg a quitté son bailliage pour retourner à Berne, en sorte que je suis ici toujours plus seul...
La troisième partie de Léonard et Gertrude avait plu médiocrement; la quatrième et dernière partie, qui parut en 1787 2, plut bien moins encore. Cette fois l'auteur avoue sans détour les plus hautes ambitions : il vise à une réforme profonde des lois et de la société, et il donne le modèle d'une législation propre à opérer les changements et les progrès qu'il médite. Nous