‹ PestalozziChapitre 55 sur 201 · An die Seegemeinden · texte numérisé non relu

An die Seegemeinden

rageante avait disparu. C'est dans une disposition d'esprit complètement désespérée qu'il fit paraître, en 1797, l'ouvrage dont nous venons de parler, en même temps qu'un recueil de fables.

Le recueil de fables porte le titre bizarre de Figures pour mon abécédaire 1 ; cet « abécédaire » n'est autre chose que Léonard et Gertrude, que Pestalozzi, dans la préface de la troisième partie, appelait « un abécédaire de l'humanité 2 ». L'auteur a voulu résumer, sous la forme de courts apologues, les vérités morales qu'on retrouve dans les pages de son roman populaire. Le premier de ces apologues, qui sert de préface, est intitulé le Peintre ; en voici la traduction :

Il était là debout — ils se pressaient autour de lui, et l'un d'eux dit : « Tu es donc devenu notre peintre? tu eusses vraiment mieux fait de nous faire des souliers ». Il leur répondit : « Je vous aurais fait des souliers, j'aurais porté des pierres et puisé de l'eau pour vous, je serais mort pour vous, mais vous n'avez pas voulu de moi; et il ne m'est resté, dans le vide forcé de mon existence foulée aux pieds, d'autre ressource que d'apprendre à peindre ».

Ce recueil contient plus de deux cents fables ; elles sont écrites dans une prose concise et imagée, et plusieurs ont une réelle valeur littéraire. Une seconde édition, sous le titre de Fables de Pestalozzi, a. paru en 1803.

Quant à l'essai philosophique dans lequel Pestalozzi

1. Figuren zu meinem ABCbuch; 1797, Baie, Samuel Flick. Les Fables forment le tome IX des Œuvres dans l'édition Seyffarth.

2. Quoique publiées seulement en 1797, les fables de Pestalozzi avaient été composées, au moins en partie, à une époque antérieure, après Christophe et Else, dans les années où parurent le Schweizerblatt et l'essai Sur la législation et l'infanticide (Schwanengesang, p. 220). Dans la préface de la seconde édition (1803), Pestalozzi dit que ses fables ont été écrites entre 1780 et 1790.

a déposé le résultat de ses expériences et de ses méditations, il est intitulé : Mes recherches sur la marche de la nature dans le développement du genre humain \ et l'auteur l'a fait précéder d'une « Adresse à un noble personnage, que je ne nomme pas par respect, mais qui pourra reconnaître que c'est lui seul que j'avais en vue ». On ne sait pas qui Pestalozzi a voulu désigner par là; il semble toutefois qu'il s'agisse d'un patricien bernois, peut-être de Daniel de Fellenberg, qui, depuis 1785, était entré dans le gouvernement de Berne.

Pestalozzi considérait cet ouvrage comme le plus important de ses écrits; il s'est plaint qu'on n'ait pas apprécié, comme elle le méritait, sa tentative philosophique; bien des années plus tard, en réimprimant en 1821 les Recherches dans l'édition complète de ses œuvres, il déclarait que « le silence de ses contemporains à l'égard de ce livre lui était douloureux », et il les invitait de nouveau à l'examiner et à le réfuter au besoin.

Les Recherches sur la marche de la nature sont d'une lecture laborieuse, et il ne serait pas aisé d'en donner une analyse claire et complète. Il suffira d'indiquer brièvement le point de vue de l'auteur.

Pestalozzi cherche à s'expliquer les contradictions qu'il constate dans la nature humaine ; et il pense s'en rendre compte en distinguant dans l'homme trois états différents qui font de lui un être triple : l'homme animal, l'homme social, l'homme moral.

1. Meine Nachforschungen ùber den Gang der Natur in der Entvncklung des Menschengeschledhts. Von dem Verfasser Lienhard and Gertnid. Zurich, Henri Gessnci\ Dans l'édition Seyffarth des Œuvres, cet ouvrage se trouve au tome X. La commission du Musée pestalozzien de Zurich en a publié, en 1886, une édition nouvelle, qui donne le texte de 1797 avec les variantes de 1821. G'est d'après cette dernière édition que nous citerons.

Je suis à la fois, dit-il, un produit de la nature, un produit de la société, et un produit de mon propre moi.

Gomme produit de la nature, je me fais du monde une idée qui est celle d'un animal n'existant que pour lui-même.

Comme produit de la société, mon idée du monde est celle d'une créature qui se trouve liée aux autres hommes par un contrat.

Comme produit de mon propre moi. mon idée du monde est indépendante de l'égoïsme de ma nature animale et des liens de mes rapports sociaux; je le considère uniquement au point de vue de son influence sur mon ennoblissement intérieur l.

L'homme pouvant se placer à ces trois points de vue différents, la conception de la vérité et du droit change suivant qu'elle s'appuie sur l'instinct animal, sur les conventions sociales, ou sur le sens moral.

J'ai donc en moi-môme une vérité animale, c'est-à-dire la faculté de considérer toutes les choses de ce monde au point de vue d'un animal qui n'existe que pour lui seul.

J'ai une vérité sociale, c'est-à-dire la faculté de considérer toutes les choses de ce monde au point de vue d'une créature qui est liée à ses semblables par un contrat social.

J'ai une vérité morale, c'est-à-dire la faculté de considérer toutes les choses de ce monde indépendamment de mes besoins animaux et de mes rapports sociaux, au seul point de vue de ce qui peut contribuer à mon ennoblissement intérieur.

1. Pp. 155-156. — Dans la réimpression de 1821, Peslalozzi a remanié le texte de ces trois alinéas et leur a donné la forme suivante :

« Comme produit de la nature, je me sens libre de faire ce qui me plaît, et en droit de faire ce qui m'est utile.

« Comme produit de la société, je me sens tenu et lié par des rapports et des contrats qui m'imposent certains devoirs.

« Comme produit de mon propre moi, je me sens indépendant de l'égoïsme de ma nature animale et des liens de mes rapports sociaux, ayant à la fois le droit et le devoir de faire ce qui m'ennoblit et ce qui est avantageux à mes semblables. »

Par conséquent, il y a un droit animal ou naturel, un droit social, et un droit moral; et voilà pourquoi, en analysant les mobiles de mes actions, je les trouve fondés tantôt sur l'un, tantôt sur l'autre de ces droits contraires qui coexistent en moi ! .

C'est en disciple de Rousseau que Pestalozzi dépeint ce qu'il appelle l'état de nature, et explique ensuite l'origine des diverses institutions sociales, propriété, autorité, noblesse, souveraineté, etc. Voici quelques passages de son chapitre sur la propriété :

Je ne puis concevoir une propriété dont l'origine serait légitime; je ne conçois pas davantage comment on pourrait distinguer ce qui aurait été à l'origine propriété légitime de ce qui aurait été propriété illégitime.

La propriété est sacrée, parce que nous sommes réunis en société, — et nous sommes réunis en société, parce que la propriété est sacrée. Son origine, quelle qu'elle ait pu être, ne doit plus nous préoccuper : nous devons respecter la propriété, parce qu'elle existe, — et, dans une large mesure, telle qu'elle existe, — ou tous les liens sociaux seraient dissous. Mais ce qui nous importe infiniment, c'est la manière dont on en use, et les restrictions qu'il convient d'apporter à cet usage...

Tci se pose naturellement la question : Quelles sont, dans un État, les obligations réciproques des propriétaires et des non-propriétaires? Ceux de nos semblables qui, nés avec les mêmes droits naturels que nous, ne possèdent rien, et voient en face d'eux les propriétaires détenant ce sol à la possession duquel eux aussi pourraient prétendre, — ces citoyens sur lesquels tous les fardeaux découlant de la réunion des hommes en société pèsent d'un poids septuple, — ne doiventils pas trouver parmi nous une condition qui donne satisfaction aux besoins de leur nature ?

Mais quand je demande : Ce principe est-il reconnu? l'homme qui n'a point de part à la propriété trouve-t-il, dans les institutions existantes des États, une compensation réelle

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