Sur J.-H. Fùssli, voir la note 1 de la page
2. Jean-Conrad Pfenninger (1747-1792), pasteur à Zurich de 1778 à sa mort, fut le plus intime ami de Lavater, et joua un rôle assez important dans le mouvement religieux en Suisse à la fin du xviue siècle.
3. Rodolphe Schinz (1745-1790), qui suivit la carrière ecclésiastique, est l'auteur de la lettre du 12 avril 1783 citée plus haut.
4. Le texte de cet écrit a été reproduit, avec plusieurs autres pièces relatives à cette affaire, par Mme Zehnder-Stadlin, pp. 30S et suiv.
ger fut suspendu de ses fonctions pour deux ans; en même temps on fit une enquête sévère pour savoir de qui émanait la lettre de menaces : Lavater, Schinz, Pestalozzi, Bluntschli et d'autres furent interrogés; une récompense de 200 florins fut promise au révélateur; toutefois rien ne put être découvert. Une autre affaire vint accroître encore le mécontentement qu'on ressentait dans les régions officielles à l'égard des « patriotes ». A l'occasion des troubles de Genève en 1766, le gouvernement zuricois songeait à intervenir en envoyant des troupes pour imposer au peuple genevois l'acte de médiation que celui-ci venait de rejeter à une grande majorité. L'opinion s'émut; un étudiant en théologie, Mùller, écrivit et lut à quelques amis un dialogue entre un paysan, un bailli et un bourgeois, où la mesure projetée était critiquée en termes très vifs; bientôt des copies de ce dialogue circulèrent dans le public, contre la volonté de l'auteur. Le gouvernement, transformant la lecture et la transcription de cette satire en un complot contre la sûreté de l'État, fit procéder à plusieurs arrestations : Pestalozzi , Vogel, Dalliker et quelques autres jeunes gens furent emprisonnés ; Mùller lui-même réussit à s'enfuir et se réfugia à Berlin '■• Les copies du dialogue séditieux furent brûlées par la main clu bourreau (février 1767); la peine du bannissement fut prononcée contre Mùller; on voulut bien remettre en liberté les « patriotes % arrêtés, mais en les menaçant de la perte de leurs droits civiques s'ils venaient à recommencer ; et il fut interdit à la Société zur Gerwe de continuer la publication du journal hebdomadaire qu'elle faisait paraître
1. Il y devint un professeur distingué, et se fit connaître dans le monde des lettres par la publication du poème des Nibelungen, dont il fut le premier éditeur.
depuis le commencement de 1765 sous le titre d'£rmnerer 1.
Ce journal était un recueil d'articles sur des sujets cle morale, dans le genre du Spectateur d'Addison; Lavater et J.-H.Fiïssli en étaient les principaux rédacteurs ; Pestalozzi y a écrit quelquefois. Nous traduisons ci-dessous quelques lignes caractéristiques d'un article de ce dernier :
Un jeune homme qui fait dans sa patrie une aussi petite figure que moi n'ose essayer ni de blâmer, ni de corriger; car cela est en dehors de sa sphère. C'est là ce qu'on me dit presque chaque jour. Mais me sera-t-il au moins permis de souhaiter? Qui pourrait me l'interdire ou m'en savoir mauvais, gré? Je vais donc souhaiter, et placer mes souhaits imprimés sous les yeux du lecteur. — Je souhaiterais que nul grand esprit ne jugeât indigne de lui de travailler avec courage et persévérance au bien public; que nul ne regardât avec dédain ses inférieurs, s'ils sont laborieux et honnêtes... Que chaque honnête homme, au lieu de se contenter d'être honnête pour son compte, se donnât la tâche d'en former un autre, ne fût-ce qu'un seul, par son exemple et ses avis; comme cela nous aurions bientôt doublé le nombre des honnêtes gens!... Qu'il se trouvât quelqu'un pour faire imprimer quelques pages de bonnes et simples maximes d'éducation à la portée du dernier de nos citoyens ou de nos paysans; que, grâce à quelques personnes généreuses, ces pages pussent être livrées au public gratuitement ou pour un prix ne dépassant pas un schilling2; que ces pages fussent ensuite distribuées par tous les pasteurs; et que les pères et mères qui les auraient reçues se conformassent à ces règles d'éducation sensées et chrétiennes, — mais c'est là souhaiter bien des choses à la fois... Je souhaiterais que l'on témoignât plus de respect
1, Tous les détails de ces divers incidents se trouvent au long dans l'ouvrage cle M. Morf, Zur Biographie Pestaïozzïs, I, pp. 89-97.