Document publié par M. Morf, t. J, p
BURGDORF, LA « MÉTHODE » (1799-1801). 149
jeunes enfants, et par quelle voie ces forces' doivent être développées, chaque talent découvert, exercé et dirigé. Les étonnants progrès de vos jeunes élèves sont une preuve évidente que tout enfant est propre à quelque chose, lorsque le maître sait discerner ses aptitudes et les diriger avec la sagacité d'un psychologue. Votre façon d'enseigner montre comment doivent être posés les fondements de l'instruction, pour que, sur ces fondements, on puisse continuer à bâtir avec un profit réel... A cet âge de cinq à huit ans, où les enfants, soumis à la torture de l'ancienne méthode, apprenaient à connaître les lettres, à épeler et à lire, vos élèves n'ont pas seulement accompli cette tâche dans un degré de perfection inconnu jusqu'à présent, mais les plus habiles d'entre eux se distinguent déjà comme calligraphes, dessinateurs et calculateurs. Chez tous, vous avez su éveiller et cultiver le goût de l'histoire, de l'histoire naturelle, du toisé, de la géographie, etc., de telle sorte que leurs futurs instituteurs, s'ils savent profiter avec intelligence de cette préparation, verront leur travail grandement facilité... Mais votre méthode a encore cet avantage sur celles qu'on a employées jusqu'ici : c'est qu'elle est particulièrement propre à être suivie dans la famille, et qu'une mère, une sœur aînée, ou même une servante intelligente peut l'appliquer sans cesser de vaquer à ses occupations. Quel avantage pour les communes, pour les parents et pour les enfants 1 !
Pestalozzi venait enfin de gagner son procès, de prouver qu'il était bon à quelque chose, et que le rêve de sa vie n'était pas une chimère. Il avait alors cinquante-quatre ans.
Sa joie fut troublée par une nouvelle qui lui arriva de Neuhof, en avril. Son fils, Jacques, dont la santé était de plus en plus ébranlée, venait d'être frappé d'une attaque de paralysie, et l'on craignait pour sa vie. Pestalozzi accourut auprès de lui. « Le malade, écrit Mme Pestalozzi dans son journal, resta neuf jours entre
1. Le rapport de la commission scolaire a été publié in extenso par M. Morf, t. I, pp. 222-224.
ISO PESTALOZZI.
la vie et la mort. Sa chère femme et Lisabeth le soignèrent nuit et jour avec un infatigable dévouement. On me fit appeler de Hallwyl, et on appela aussi le cher papa, qui était à Burgdorf1.» Une amélioration s'étant produite, Pestalozzi put bientôt retourner à sa tâche commencée.
Son succès lui avait valu d'être nommé, par la commission scolaire, instituteur de la seconde école de garçons (ziveite Knabenschulc) : ce fut en cette qualité qu'il commença, en mai 1800, la seconde année de son enseignement à Burgdorf2. En même temps, un changement important s'accomplissait dans sa situation.
En janvier 1800, la ville de Burgdorf avait vu arriver une troupe de vingt-huit enfants pauvres, garçons et filles, envoyés du canton cl'Appenzell par le pasteur Steinmuller, de Gais, sous la direction d'un jeune instituteur nommé Krùsi; un peu plus tard, un second convoi, venant du même canton, suivit le premier. Ces enfants furent placés dans des familles charitables, et Krùsi ouvrit une école à leur usage. C'était à Fischer qu'était due l'initiative de cet acte de bienfaisance 3. Il s'attacha Krùsi comme élève, s'appliquant à lui donner les connaissances pédagogiques qui lui faisaient défaut. Mais en avril Fischer, dont le projet d'école normale n'avait pu se réaliser, dut retourner à Berne, où bientôt après une maladie l'emportait brusquement *.