‹ PestalozziChapitre 75 sur 201 · RÉPONSE · texte numérisé non relu

RÉPONSE

Un trou dans la paroi.

Une déchirure dans la paroi.

Bien ! Répétez après moi :

Je vois un trou dans la tapisserie.

Je vois un long trou dans la tapisserie. Derrière le trou, je vois le mur.

Derrière le trou long et étroit, je vois le min . Répétez encore après moi :

Je vois des figures sur la tapisserie.

Je vois des figures noires sur la tapisserie. Je vois des figures noires et rondes sur la tapisserie. Je vois une figure jaune et carrée sur la tapisserie. Près de la figure jaune et carrée je vois une figure

noire et ronde.

La figure carrée est jointe à la figure ronde par une

large raie noire, etc. *.

Les exercices de langage empruntés à l'histoire naturelle étaient moins bien conçus. Il parlait le premier, et nous devions répéter après lui, tout en dessinant, comme je l'ai dit. Il nous faisait dire, par exemple :

Amphibies. Amphibies à pattes, amphibies sans pattes. Singes. Singes à queue, singes sans queue 2.

1. C'était la mise en pratique des exercices de construction décrits dans Comment Gertrude instruit ses enfants. Voir plus loin, p. 170.

2. Voir plus loin, p. 169, l'explication théorique des exercices de ce genre, formant ce que Pestalozzi appelle « l'étude des noms », à laquelle il attachait une haute importance. « La connaissance acquise par l'enfant de séries de noms si variées et si étendues lui donnera une immense facilité pour la suite de ses études. » {Comment Gertrude instruit ses enfants, 7e lettre, p. 183.) Il n'est pas nécessaire de faire remarquer que Ramsauer, d'un bout à l'autre de son récit, cède à la tentation de charger légèrement les traits pour faire sourire le lecteur.

Nous ne comprenions rien à ces expressions, car il ne nous les expliquait pas; d'ailleurs, il parlait d'une voix chantante, si vite et si indistinctement, que ce qu'il disait était inintelligible; en outre, comme il criait à tue-tête, il ne pouvait entendre ce que nous répétions, d'autant moins qu'il ne nous attendait jamais après avoir prononcé une phrase, mais continuait sans s'arrêter. Ce qu'il disait était écrit sur une grande feuille de carton, et, en général, nous nous contentions de répéter le dernier mot ou la dernière syllabe de la phrase. Il n'était pas question d'interrogations, ni de récapitulation.

Gomme Pestalozzi, dans le feu de son enseignement, ne' s'astreignait pas à des heures déterminées, il arrivait ordinairement que la leçon, commencée à 8 heures, se prolongeait jusqu'à 11 heures sans interruption; et à partir de 10 heures il était déjà tout enroué et fatigué. En général, nous apprenions qu'il était 11 heures au bruit que faisaient dans la rue les écoliers d'autres classes; et alors nous nous hâtions de partir, sans saluer le maître.

Quoique Pestalozzi ait toujours défendu plus tard à ses collaborateurs d'user de punitions corporelles, il s'en servait lui-même dans son école et distribuait libéralement des soufflets à droite et à gauche. Il faut dire que la plupart des écoliers lui faisaient la vie très dure : aussi avais-je vraiment pitié de lui, et je me tenais d'autant plus tranquille; il le remarqua bientôt, et quelquefois, après la sortie de la classe à 11 heures, il m'emmenait avec lui à la promenade; tous les jours, quand le temps était beau, il allait sur les bords de l'Emme pour y chercher des pierres. Sur son invitation, j'en ramassais aussi, quoique cela me semblât bieu singulier, car il y en avait des millions, et je ne savais pas lesquelles il fallait choisir. Lui-même n'y connaissait pas grand'chose; néanmoins, il en remplissait quotidiennement ses poches et son mouchoir, et les emportait chez lui, où il les mettait dans un coin et ne les regardait plus. Il a conservé cette manie toute sa vie *.

Pestalozzi parle en ces termes de son association avec Krùsi :

1. Ramsauer. Kurze S'kizz'e meines padagôgischen Lebens, 1838, pp. 7-10.

BURGDORF, LA « MÉTHODE » (1799-1801). 155

Après la mort de Fischer, je proposai à Kriïsi de réunir son école à la mienne. Ce fut un allégement sensible dans notre situation à tous deux : mais, d'autre part, les difficultés que rencontrait l'exécution de mon plan s'en accrurent. Il y avait déjà, entre les enfants de Burgdorf qui fréquentaient mon école, de grandes inégalités d'âge, d'éducation, de moralité; l'adjonction des enfants appenzellois augmenta les difficultés, parce que, tout en présentant les mêmes inégalités, ils apportaient en outre dans ma classe une grande liberté d'allures. Aussi le manque d'une organisation solide de ma méthode d'enseignement, qui ne pouvait être considérée encore que comme un simple essai, se faisait-il sentir tous les jours d'une façon plus pénible *.

Heureusement Pestalozzi ' approchait du terme de ses épreuves. La chance avait tourné, et maintenant tout devait lui réussir. Il avait trouvé en Krùsi un premier collaborateur; deux autres s'offrirent à lui presque au même moment.

« Dès les premiers jours de notre association, dit-il, Krùsi manifesta le désir cle se rendre à Bâle, pour y raconter à son ami Tobler la mort de Fischer et lui parler de sa situation actuelle. Je saisis cette occasion pour lui dire que j'avais absolument besoin d'aide pour mes travaux littéraires, et que je serais très heureux, si la chose était possible, de m'associer Tobler, que je connaissais déjà par sa correspondance avec Fischer. Je lui dis aussi que, pour réaliser mes projets, il m'était indispensable de trouver un homme qui sût dessiner et chanter2. » En effet, ni Pestalozzi ni Krûsi n'étaient en état d'enseigner le chant et le dessin.

Krûsi partit pour Bâle, profitant de quelques jours de vacances (celles de la Pentecôte-, probablement). L' Appenzellois Tobler, auquel il allait rendre visite, était

1. Comment Gerirude iristmti't ses enfants. 2e lettre, p. 81.

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