CHAPITRE VII
FIN DU SEJOUR A BURGDORF. MUNCHEXBUCHSEE FONDATION DE L'iNSTITUT d'YVERDON
L'œuvre pratique de Pestalozzi comme chef d'institut ; sa valeur. — Subvention accordée à Pestalozzi par le gouvernement helvétique (février et avril 1801). Tobler quitte l'institut; entrée de Neef, puis de Barraud. Mort de Jacques Pestalozzi (15 août 1801). Nouvelle subvention (septembre). V Instruction pour enseigner à épeler et à lire. — Coup d'État des octobristes; réaction.- La veuve de Jacques Pestalozzi vient à Burgdorf. — Retour des unitaires au pouvoir (avril 1802). Subvention renouvelée. Deux commissaires visitent l'institut; rapport du doyen Ith (juillet 1802). Insurrection contre le gouvernement unitaire. — Pestalozzi et la Consulta helvétique. Brochure politique de Pestalozzi : Ansichten ùber die Gegenstiinde, etc. Il est élu à la Consulta et part pour Paris (30 octobre 1802) ; Mme Pestalozzi vient à Burgdorf. Séjour à Paris. Décrets du gouvernement helvétique du 6 décembre 1802; retour de Pestalozzi à Burgdorf (février 1803). L'Acte de médiation; fin du régime unitaire. — Les livres élémentaires (1803) : le Livre des mères, Y ABC de l'intuition, Y Enseignement intuitif du calcul. Le Maître d'école naturel (publié en 1872). — Nouveaux collaborateurs de Pestalozzi en 1803 : Niederer, Murait; retour de Tobler; Nânny, Hopf. — Manifestations de l'opinion publique. Louanges et critiques. Visiteurs de Burgdorf en 1802 et 1803. — Débuts dupestalozzianisme en France. Neef à Paris (août 1803). Précis de la nouvelle méthode d'éducation de M. Pestalozzi, par M*** de H***. Article de la Décade. — Le gouvernement bernois reprend le château de Burgdorf. L'institut émigré à Mùnchenbuchsec
BURGDORF ET MÛNCHENBUCHSEE (1801-1805). 179
(juin 1804); il est placé sous la direction de Fellenberg; la famille de Pestalozzi retourne à Neuhof. Création d'un second institut à Yverdon. Premier conflit entre Fellenberg et Pestalozzi (septembre 1804). Débuts de l'institut d'Yverdon. Nouveaux conflits et rupture définitive entre Fellenberg et Pestalozzi : l'institut de Miinchenbuchsee est réuni à celui d'Yverdon (juillet 1805).
A proprement parler, c'est ici que se termine la carrière active de Pestalozzi. La dernière période de sa vie, qui commence au moment où, ayant achevé d'écrire son exposé théorique, il va s'absorber tout entier dans ses nouvelles fonctions de chef d'institut, n'offre plus qu'un intérêt secondaire l. L'œuvre pratique de Pestalozzi comme éducateur est bien loin d'avoir la valeur de son œuvre doctrinale. Herbert Spencer l'a dit très justement : « Il faut bien distinguer le principe pestalozzien des formes qui lui ont été données ; Pestalozzi était dans le vrai quant aux idées fondamentales de sa
1. La conséquence rigoureuse de cette appréciation serait la division de la biographie de Pestalozzi non en trois parties, mais en deux seulement, la première allant de 1746 à 1801, la seconde de 1801 à 1827. Si nous n'avons pas cru devoir procéder ainsi, c'est qu'il nous a paru impossible de ne pas tenir compte des circonstances extérieures qui imposent la division tripartite. On ne peut méconnaître qu'avec la publication des Nachfbrscliunçjen en 1797 une période de la vie de Pestalozzi s'achève, cl qu'une période nouvelle s'ouvre l'année suivante par la création de l'orphelinat de Stanz; de même que l'émigration de Pestalozzi à Yverdon en 1805, en pays de langue française, coïncidant avec le retentissement de sa doctrine au delà des frontières de la Suisse et le caractère international que prend sa tentative de reforme de l'éducation, marque l'ouverture d'une troisième période. 11 faut tenir compte aussi des événements politiques qui transformèrent successivement le milieu où s'exerça l'action de Pestalozzi et eurent sur son œuvre une influence capitale; à ce point de vue, on pourrait diviser sa biographie de la façon suivante : Pestalozzi avant la révolution helvétique; Pestalozzi pendant la République helvétique (1798-1803); Pestalozzi pendant la période de réaction politique (Empire et Sainte-Alliance).
méthode : mais il a pu et dû se tromper dans les applications qu'il en a faites ». Cette œuvre pratique, d'ailleurs, n'est sienne que pour une petite part, et c'est à ses collaborateurs que doit revenir la responsabilité de presque toutes les choses laites en son nom depuis 1801 . Il a jugé avec une clairvoyance bien remarquable, dans son autobiographie, les conséquences du rôle qu'il avait imprudemment accepté en se transformant, lui penseur inhabile au maniement des affaires, en directeur d'un grand établissement d'éducation. « Je dois, dit-il, une vive reconnaissance au gouvernement helvétique pour l'appui qu'il m'accorda et la confiance qu'il me témoigna, en me donnant le château de Burgdorf pour y fonder un institut ; mais ce fat une grande faute de ma part que d'avoir accepté. Je n'avais rien de ce qu'il fallait pour remplir à mon honneur des fonctions aussi difficiles, et je le sentais bien; mais je me laissai aller à cette naïve illusion, qu'il me serait possible de suppléer à la science et aux talents qui me manquaient, en empruntant la science et les talents d'autrui. Je ne comprenais pas que celui qui est obligé de recourir à une assistance étrangère se réduit à devenir l'esclave de l'homme qu'il a chargé de penser et d'agir pour lui l. ))
Il ne faudrait cependant pas trop déprécier non plus l'importance de ce qui a été fait à Burgdorf et à Yverdon. L'institut pestalozzien a attiré les regards de l'Europe entière; il est reslé pendant un quart de siècle un lieu de pèlerinage pour tous ceux qui s'intéressaient aux questions d'éducation ; son existence a été l'occasion d'un grand et fécond mouvement d'idées : quelles qu'aient été les imperfections de son