‹ Pétain et le pétinismeChapitre 11 sur 20 · LA GRANDE OCCASION MANQUÉE · texte numérisé non relu

LA GRANDE OCCASION MANQUÉE

fallacieuse l'affirmation que le commandant en chef civil et militaire, au rebours de son concurrent, ne mêlait point la politique à la guerre.

Ceux qui soutenaient cette thèse en effet, croyaient ou feignaient de croire que la politique est seulement Fart de conquérir le pouvoir. Ils refusaient délibérément de tenir compte du fait que le même terme s'applique aux méthodes par quoi l'on conserve les situations acquises. Le général Giraud était certainement sincère lorsqu'il déclarait que son unique préoccupation était de lutter contre l'Allemagne et qu'il voulait pour cela négliger toute autre considération. Seulement, cet excellent principe se traduisait dans les faits par le maintien en place de tous ceux qui avaient refusé de continuer le combat en 1940 et qui s'étaient accommodés de l'état humilié où le gouvernement de Vichy avait mis la France. La victoire servirait à maintenir ce qui avait été gagné par la défaite, cependant que ceux qui avaient tout risqué pour sauver le bon renom de la France se verraient frustrés de la récompense légitime de leur sacrifice. Qu'il y eût là quelque chose de choquant, les pétinistes ne le voyaient point : accoutumés de comparer leur vieux défaitiste adoré à Jeanne d'Arc, ils rejetaient pourtant la doctrine qui veut que celui qui a été à la peine soit aussi à l'honneur. Surtout, ils persévéraient dans leur habitude de s'attacher à l'apparence plutôt qu'à la réalité. De même qu'ils s'étaient laissés prendre aux belles paroles du maréchal, malgré leur contradiction avec les faits, de même ils négligeaient les restrictions qu'appelaient les déclarations du général Giraud. Trop heureux de trouver une justification aux critiques qu'ils adressaient depuis deux ans au général de Gaulle, ils voyaient dans les événements mêmes qui donnaient raison à celui-ci un encouragement à persévérer dans un attentisme qui*

à l'exemple africain, leur permettrait de se placer au premier rang des libérateurs — quand les Alliés paraîtraient en France.

Enfin, l'occupation totale du territoire métropolitain avait bouleversé les rêves un peu confus de revanche qu'avaient jusqu'alors caressés beaucoup de partisans du maréchal. La dissolution de l'armée de l'armistice rendait vains les efforts de réarmement secret à quoi s'étaient livrés, avec beaucoup de zélé,, un certain nombre d'officiers. La soumission du chef de l'Etat, sa réduction à une nullité politique presque complète, faisait disparaître l'espoir de le voir un jour donner le signal de la reprise du combat. Si l'on voulait désormais résister, il fallait se joindre à quelque mouvement clandestin, se mettre aux ordres des gaullistes, donner la main aux communistes. A cela, bien des gens ne purent se résoudre. Ils voulaient bien imaginer une action antiallemande sous les ordres, publics ou secrets, du gouvernement qui leur plaisait tant, ils consentaient à prévoir une mobilisation régulière où chacun eût rempli les fonctions de son grade; mais servir sous des chefs sortis on ne savait comment de la masse, se mêler à ces maquisards qui se rebellaient contre l'autorité légitime, surtout se commettre avec les ennemis de l'ordre social, voilà ce qu'ils n'admettaient pas. L'intérêt évident du pays, la honte de l'occupation, les cruautés de l'ennemi, rien de tout cela ne prévalait contre les vieilles rancunes et les vieux préjugés. On refusait l'union sacrée.

Ainsi, la plupart des partisans du maréchal perdaientrils leur dernière occasion de réparer l'erreur ou la faiblesse qui les avait engagés sur la mauvaise route. Bientôt, une propagande aussi habile qu'odieuse allait dénaturer le caractère de la Résistance et, en attribuant aux patriotes les excès commis par des malfaiteurs professionnels profiteurs du désordre où une politique de

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