‹ Pétain et le pétinismeChapitre 15 sur 20 · LE DANGER QU'IL FAUT ÉCARTER · texte numérisé non relu

LE DANGER QU'IL FAUT ÉCARTER

dictée que par la conscience. Rallier les «dissidents», résister dans une organisation d'obédience gaulliste, c'était se séparer de la masse, perdre l'appui d'un entourage souvent trop prompt aux alarmes égoïstes, s'en aller seul sur la route du devoir, sans savoir à quel destin elle conduisait. Epreuve terrible assurément ! Combien n'était-il pas plus facile et plus attrayant d'abdiquer sa personnalité, de prendre place dans le troupeau du vieux berger, de se laisser guider par la houlette aux sept étoiles. Malheureusement, l'habitude du servage moral est vite prise, et de même que les Israélites au désert regrettaient les viandes d'Egypte, de même les pétinistes d'après-guerre soupirent après le temps où le verbiage du maréchal les dispensait de réfléchir.

A la vérité, ces deux tendances fâcheuses sont profondément ancrées au cœur de l'homme et il n'est point surprenant qu'elles aient survécu à l'effondrement du système de Vichy. Les libérateurs eurent, au reste, une grande part de responsabilité dans cette survivance. Jugeant avec raison que le relèvement du pays dépendait de la destruction du pétinisme, ils ne s'en prirent qu'aux signes extérieurs du mal et en négligèrent les racines. Ils frappèrent des personnes, ils abolirent le régime politique; mais ils laissèrent subsister les causes profondes. Et pouvait-il en être autrement quand les derniers venus à la Résistance furent les premiers à la répression, quand l'écrasement du pétinisme fut poursuivi surtout par un parti qui faisait du matérialisme un dogme et poussait l'esprit grégaire au plus haut degré ? Ce qui est certain, ce que la tentative d'extirpation n'a point réussi — que le danger demeure entier. Il est pourtant urgent d'y porter remède.

On peut assurément atténuer quelque peu le mal. Que les partisans de la Résistance, sans abdiquer leur hostilité à un système, agissent envers les personnes avec

cette générosité qui était une des plus belles traditions françaises avant que le régime arbitraire et policier de Vichy ne l'eût fait disparaître de nos mœurs. Que la décision qui permit au maréchal de vivre sans fers les derniers jours de sa vieillesse ternie suscite des mesures de grâce envers ceux qui suivirent leur chef sur la mauvaise route. Que les portes des prisons s'ouvrent à la requête de ceux même qui se fussent trouvés enfermés derrière elles si la « Révolution nationale » avait triomphé. Mais qu'en même temps, les profiteurs de Vichy montrent un peu de pudeur; qu'à l'exemple de cet ancêtre de Don Ruy Gomez :

« ... qui de lui-même et dans sa bonne foi s'exila pour avoir mal conseillé le Roi » ,

ils acceptent l'exil politique en réparation des mauvais conseils qu'ils ont donnés au peuple. Que surtout ils laissent à d'autres, au passé pur de compromissions, le soin de déterminer les mesures à prendre pour éviter que les communistes ne puissent profiter d'une éventuelle invasion russe pour prendre le pouvoir et les places — comme les gens du maréchal s'y étaient hissés à la faveur de l'invasion allemande. Ce sont là des moyens de faire revenir un peu de calme dans la vie politique du pays.

Mais cela ne suffira pas. 11 faut un changement plus profond dans les mœurs et dans les idées. Il faut que règne en France l'esprit qui inspirait l'appel du 18 juin, qui animait les défenseurs de Bir-Hakeim et ces milliers de combattants clandestins qui ont librement choisi le risque du camp de concentration ou du peloton d'exécution. Le souvenir des morts n'a point disparu et il reste encore assez de survivants de la phalange glorieuse, depuis l'animateur de la France libre jusqu'au plus obscur membre d'un réseau, pour que tout Français

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