LE DANGER QU'IL FAUT ÉCARTER
de bonne volonté puisse à tout moment trouver l'émulation propre à ranimer son courage. Il faut méditer les grands exemples donnés par ceux qui refusèrent en 1940 la soumission. Il faut que l'intérêt matériel cesse enfin d'être préféré à la grandeur; que le sacrifice ne soit plus seulement la coupe empoisonnée que l'on offre à un rival, mais quelque chose que l'on accepte pour soi-même; que chacun enfin soit assez jaloux de son honneur et de son sens du devoir pour revendiquer la responsabilité personnelle des décisions à prendre. Alors la France redeviendra la France et la défaillance de l'esprit national qui a produit l'armistice et le système de Vichy ne sera plus que le cauchemar d'un passé à jamais révolu.
ANNEXE
La mythologie du maréchal
Bien que la nature du présent essai ne comporte pas nécessairement l'addition de pièces justificatives au texte, il a semblé pourtant qu'il n'était peut-être pas inopportun de remettre sous les yeux du lecteur quelques documents qui témoignent de l'outrance où pouvaient se porter les admirateurs du maréchal et de sa politique. Rien ne saurait mieux éclairer le phénomène de création et de développement d'un mythe qui s'est produit en France depuis l'armistice de 1940 (*).
(*) Les quelques textes qui suivent ont été tirés de la masse de documents de l'époque de Vichy que M. Maurice Vanino, directeur du Centre de documentation politique, a eu l'obligeance de mettre à la disposition de l'auteur. Celui-ci lui est en outre redevable d'une aide inappréciable pour la publication de cet ouvrage, et le prie de trouver ici l'expression de sa très vive gratitude.
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{Credo à la France, p. 89, éd. de la Revue Moderne, Paris, 1941, Egalement cité par .T. Vialatoiîx et J. Lacroix, Le mythe Pétain in Esprit, septembre 1951.)
Carte postale éditée avec le visa de la censure de Vichy.
mon pays, je veux chanter l'Homme qui t'a conservé la vie, l'émule de Bayard le Chevalier et le disciple de Jeanne la Très Sainte, comme lui sans reproche et sans peur et comme elle portant l'armure de la
Et des fermes monta cet appel : « toi que nous aimons parce que tu nous aimes... défends-nous ! »
Et des pampres jaillit cette exhortation : « O toi le sage entre les sages, qui sais nos grappes gonflées d'espoir... abrite-nous ! »
Et des vergers s'exhala cette plainte : « O toi le juste, pur comme la chair de nos fruits... conserve-nous ! »
Et des labours leva ce chant : « O toi l'humain, qui connais la promesse de nos sillons... garantis-nous ! »
Et des forêts fusa ce murmure : « O toi qui mesures la pérennité de la souche et l'aspiration du rameau... préserve-nous ! »
Et toute la France en prière répéta éperdue : « O toi, mon Sauveur, sauve-moi ! »
France, tu n'as pas eu d'homme pour mieux te servir.
Il est tout bon sens et sagesse, tout conscience et droiture, tout justice et paix.
Où qu'il aille, suis-le, car tu ne saurais t'égarer.
Aime-le tellement qu'en toute chose et tout point tu lui obéisses.
Et célèbre à jamais son nom et sa gloire, ô France, par lui demeurée la France !
(Paluel-Marmont, op. cit., pp. 70-72-90.)
(Paluel-Marmont, op. cit., p. 71.)
Méditation sur un manteau
Après bien des rencontres heureuses et émouvantes avec le Maréchal, j'en ai fait une, que je crois plus extraordinaire que toutes... Je me suis trouve un jour tout seul avec son manteau.
Oui, son manteau qui, négligemment, reposait sur un fauteuil dans son bureau de travail. Et c'est pour moi une histoire magnifique.
11 (le maréchal) me dit :
— Je vous laisse quelques minutes.
Puis, sur la porte :
— Tout seul, tâchez d'être sage !
Tout seul ! Il n'était pas sorti que je voyais auprès de qui je restais : le manteau. Son manteau, à la manche pendante avec les sept étoiles.
Je fus saisi.
Quand on est devant le Maréchal, on n'ose pas, on n'a pas le temps de bien regarder les choses qui sont sur lui. Mais là, pour ainsi dire, je surprenais ce manteau au repos. Et il acceptait d'être surpris. Sa complaisance m'émut. Il voulait ce que je voulais; je pouvais le regarder tant que mes yeux en avaient envie.
Or il me semble bien que tout de suite je suis devenu immobile comme lui, parce que tout de suite m'est apparu (sait-on comment les idées viennent, par quel mystère l'esprit fait de ces rapprochements et voit de ces symboles !) tout de suite m'est apparu que les sept étoiles brillaient, tels les sept rayons de la sagesse, dont parlent les Anciens.
La pièce était silencieuse : il ne venait aucun bruit du dehors. C'était en fin de journée, à l'heure de la pénombre, entre chien et loup. Je me sentis en état de grâce. Il y a. de ces minutes fortunées dans la vie, où les pensées s'éclairent et s'ordonnent tout uniment.
Ainsi, il était sorti, mais il demeurait présent. Avec son manteau. Avec les sept étoiles, qui dans la pénombre brillaient comme sept vertus. Je ne fis aucun effort pour les nommer; elles s'imposaient à moi, elles étaient évidentes. Les sept exemples que donne la vie du Maréchal à l'esprit, au cœur, au caractère, à l'âme. Et je me disais : « Comme c'est facile ! Comme c'est clair ! Comme c'est sûr ! » Les grands instants de bonheur sont bien ceux-là, quand on se figure que l'on comprend. Je comprenais, puisque je voyais. Sept signes brillants. Sept exemples aveuglants !
D'abord, deux pour l'esprit : Yordre et la vérité.
Il y en a deux autres qui pour le caractère figurent deux grands exemples : l'autorité, le travail.
Deux étoiles pour l'esprit, deux pour le caractère; j'admirais à présent celles qui sont pour le cœur : l'exemple de la bonté; l'exemple de l'honnêteté.
L'étoile de l'honnêteté est peut-être la plus brillante sur sa manche.
A moins que ce ne soit la dernière. Vous savez comme elles sont disposées. Il en est une au centre qui a l'air de commander les autres. C'est celle-là sûrement qui est pour l'âme, celle que j'appelle la spiritualité, le plus grand exemple, le plus beau cadeau. Le Maréchal a rappelé les Français à leur rôle d'hommes, à leur rôle d'âmes.
(René Benjamin, Les sept étoiles de France, pp. 91 et s., éd. Pion, 1942.)
ANNEXE
Prière d'une Française au Maréchal Pélain
Si vous avez beaucoup de pitié pour la France
Que vous avez sauvée, en un moment fatal,
Pour que nous restions forts, malgré notre souffrance,
Soyez notre soutien, Monsieur le Maréchal !
Si vous avez encore un peu de confiance Dans ce peuple français, qu'un réveil trop brutal A durement puni de son insouciance, Soyez notre mentor, Monsieur le Maréchal !
Si vous avez au cœur la divine espérance De rapprocher un jour, en un même idéal, Les hommes divisés... qui sait ?... par ignorance, Soyez notre Bon Dieu, Monsieur le Maréchal !
Francine Lorée-Privas.
(Credo à la France, p. 129.)
Au Maréchal Pétain