‹ Pétain et le pétinismeChapitre 4 sur 20 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

Les antécédents du Pétinisme

Le péché des républicains

Le régime politique d'une nation n'est pas, ne peut pas être sans exercer une influence considérable sur le comportement des générations de citoyens qui se succèdent sous ses lois. Et quand se produit un fléchissement moral aussi grave que celui qu'on vit en France en 1940 il convient d'examiner dans quelle mesure il faut en faire porter la responsabilité aux institutions qui régissaient le pays. C'est pourquoi l'étude du pétinisme doit nécessairement être précédée d'une méditation sur l'histoire de la Troisième République.

Ce régime a été diversement jugé. Les uns ont vu en lui la cause unique de tous les malheurs de la France; d'autres, comparant le présent au passé, se sont créés une image trop idéale d'un gouvernement à la fois efficace et débonnaire qui avait su maintenir la France à son rang tout en assurant aux citoyens les bienfaits de la liberté.

A la vérité, la Troisième République n'avait mérité « ni cet excès d'honneur, ni cette indignité » .

Elle avait réparé les désastres de la guerre francoallemande, elle avait doté la France d'un magnifique empire colonial et présidé à la victoire de 1918. Elle avait évité toute révolution sanglante .à l'occasion de changements sociaux considérables. Mais au bout de ses soixante-dix ans d'existence, il apparaissait trop clairement que le sens de l'idéal et de la grandeur avait plutôt diminué qu'augmenté dans l'âme des Français,

que la nation avait subi une certaine détérioration morale.

La cause première de ce regrettable changement doit être recherchée dans les conditions de l'établissement de la Troisième République. Celle-ci n'était point née d'un grand mouvement d'enthousiasme populaire, opposant la liberté républicaine à l'autorité impériale. C'était une révolution devant l'ennemi qui avait tout d'abord donné le nouveau régime à la France, dangereux précédent, acte d'égoïsme qui proclamait le droit de songer à des intérêts politiques au milieu des périls de la patrie. La victoire eut absous la faute; la défaite remettait le choix d'un gouvernement définitif à l'Assemblée nationale où, pendant quatre années, républicains et monarchistes se combattirent avec passion tout en étant, au fond, beaucoup moins opposés qu'il ne le semblait. Car le pays, ayant commodément oublié sa propre indifférence aux progrès de la Prusse et sa répugnance à s'imposer des sacrifices pour assurer la défense nationale, avait décidé d'attribuer l'unique responsabilité des désastres français au pouvoir personnel de l'empereur. Qu'on établît le régime parlementaire et tout irait bien. Les plus ardents royalistes partageaient avec les républicains cette opinion un peu simpliste. La grande affaire était de savoir si le Parlement tout puissant serait l'émanation du suffrage universel ou si les intérêts conservateurs, défendus par une classe dirigeante, y contrôleraient la représentation populaire. Or, les monarchistes n'ayant pu régler la question du drapeau, les républicains ne formant qu'une minorité à l'Assemblée, il fallut, par une série de marchandages qui n'élevaient point le niveau moral de la politique, en arriver à un compromis où chacun des deux partis abandonnait un peu de son programme. Mais, tandis que les monarchistes en sacrifiant la forme extérieure du gouvernement gar-

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