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Le peintre laissait une jeune veuve de vingt-cinq ans au plus, deux fils, Pierre et Jean, âgés de quatre et de deux ans, et, dit M. A. Wauters, une fille qui plus tard s'établit à Cologne. La famille qu'il avait créée ne devait pas comprendre moins de vingtsix peintres.
Sa veuve mourut neuf ans plus tard et fut ensevelie auprès de lui. Restés orphelins, les enfants reçurent de la veuve de Pierre Coeck, leur grand'mère, la miniaturiste Marie Verhulst- Bessemers, les premiers éléments de dessin et de peinture. Les malheurs du temps obligèrent la famille à retourner à Anvers, où Pierre Bruegel II, dit le jeune ou Bruegel d'Enfer, prit pour maître Gilles Van Conincxloo, (dont la mère avait épousé en seconde noce Paul van Aelst, un fils de Pierre Coeck) et fut inscrit à la Gilde en 1585. Son second fils, Jean Bruegel I, dit Bruegel de Velours, qui avait appris de sa grand'mère l’art de peindre en détrempe, avait été inscrit à Anvers dès 1583, à la mort de son maître Pierre Goetkint, chez qui il était allé étudier ensuite la peinture à l'huile. Jean Bruegel était allé ensuite à Cologne, avait gagné l'Italie où il s'est fait un grand nom comme peintre de paysages et d’autres petits formats, en quoi il excellait (1). Ce fut lui qui érigea à ses parents, dans l'église de la Chapelle où ils reposaient, ce monument commémoratif pour lequel Rubens voulut peindre son tableau du CArisé donnant les clefs à St-Pierre,
professeur en médecine Pierre Bruegelius, dont M. A. Wauters parle précisément dans la même étude, (p. 9), et auquel avait été déjà accordée une première gratification de deux cents livres d'Artois, comme nous l'avons dit plus haut, p. 43.
Le nom de Bruegel, au surplus, était quelquefois porté comme surnom topographique par des gens possédant néanmoins un nom de famille et il est prudent de ne faire d’assimilation qu’à bon escient. Un chanoine d'Anvers signait en effet tantôt du simple nom de Michaël Breughel, le 15 juin 1588, l'approbation d’une réduction de l’atlas d’Ortélius, intitulée Miroir du Monde, dont le privilège était accordé au graveur Philippe Galle ; tantôt du nom de « Michaël Hetsroey Bruegelius », l’approbatur de l'Histoire de St-François écrite par St-Bonaventure et éditée par le même Philippe Galle, et en 1589 celui de l’Epitome Theatri Orteliani.
L'existence de personnages portant ce nom de famille et ce surnom au temps même de Bruegel, à côté de la famille noble des van Bruegel, est significative à cet égard.
Nous émettrons ici en terminant une hypothèse très probable, par laquelle s’expliquerait l’erreur de van Mander lorsqu'il place le village de Bruegel aux environs de Bréda. Les villages Brôgel du Limbourg belge sont situés à peu de distance de l'ancienne petite ville de Brée, qui autrefois s'appelait Brede et en latin Brida et Breda. Il ne s'agirait ainsi que d’une simple erreur d'interprétation et notre Pierre Bruegel serait donc originaire des environs de Brée.
(1) Voy. Crivezr, Giovanni Breughel Pittore Fiamingo e se lettere.
et que David Teniers III le Jeune son descendant, fit restaurer en 1676. j
L'action que Bruegel a exercée dans la peinture des Pays-Bas a été définie dès notre premier chapitre. Il ne nous reste qu’à préciser en quelques mots la valeur des deux phases principales en lesquelles s'est décomposée cette étonnante vitalité artistique.
Parti sur les routes de l’art sans avoir eu le malheur de perdre par une éducation conventionnelle les idées au milieu desquelles s'était formée sa vocation artistique, ce dont il faut faire honneur à son jeune bon sens et à la largeur de vue de son maître Pierre Coeck, Bruegel subordonnaïit sans scrupules la forme au fond, la tenait strictement à son rôle primitif d'expression, négligeait, à l'inverse des italianisants, la recherche perpétuelle de la beauté de la forme pour la force d'expression et le caractère, et, insensible à la grâce des groupements, accumulait sans fatigue dans ses compositions les faces les plus diverses de son sujet.
Par l'effet logique d'une naïveté entêtée il réunissait ainsi, dans les œuvres de la première partie de sa vie, des sujets et des méthodes de développement essentiellement populaires. Le public auquel il s'adressait à cette époque dans ses estampes comme dans ses tableaux, était d’ailleurs ce même peuple qui l’inspirait : nous avons montré que pour comprendre certaines de ses compositions il fallait une initiation véritable aux aphorismes du terroir. Bruegel suivait instinctivement en ce moment une tendance commune à tous ses compatriotes et constatée par tous les historiens : il était particulariste, son horizon était celui de son clocher.
Mais dans la seconde partie de sa vie, il n’en fut plus de même. Bruegel avait le don inné du style, non de ce style fait de prétentions à l'élégance et à la noblesse d’attitudes qui allait devenir si vite un maniérisme avec Barthélemy Spranger, mais de cette force calme et sûre qui sait condenser l'expression dans une forme abrégée, et il le pratiquait dans ses figures. Par un progrès nouveau il appliqua ce don à la composition ; il abandonna sa surabondance encyclopédique et son accumulation de groupements disposés dans des ensemble synoptiques, pour s'attacher à donner à des groupes restreints, et finalement uniques, la plus grande force d'expression possible. Cette simplification s’accomplit aussi bien dans le paysage où l'artiste finit par caractériser les saisons et les
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Copie par «. Hans». Brueghel
Küpsthistorisches Hofmuseum, Vienne