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LE COMBAT ENTRE CARNAVAL ET CARÊME

Signé : BRYEGEL 1550. :

Bois. H. 113. L. 164 cm.

Plus de 200 figures (23 cm.) ] Vienne. Kunsthstorisches Hofmuseum, No 716.

PROVENANCE. -— Un tableau du même sujet est cité par Carel van Mander : « Hij heeft oock gemaect een stuck, daer den vasten teghen den Vasten-avont strijt» (Trad. litt.: Il a fait aussi un tableau où le Carême se bat contre le Mardi-Gras). Comme l’auteur n'indique pas le propriétaire et que Bruegel a peint ce sujet plus d’une fois, il n’est pas certain qu’il s'agisse, dans le passage ci-dessus, du tableau actuellement à Vienne, mais la chose est vraisemblable, car celui-ci est de beaucoup le plus important.

Les inventaires de la galerie de tableaux du Palais de Prague, antérieurs au pillage par les Suédois, ne le mentionnent point, du moins d’une façon qui permette de l'identifier. Celui de 1621, par exemple, cite trois mascarades, placées l’une près de l’autre dans la première galerie, par terre, contre le banc: 936 Eine selzame mascarada, 938 Ein selzame mascara, 940 Ein mascara, toutes les trois des originaux «vom Prügl», mais il est peu probable que l’une d’elle soit identique à notre tableau ; ce pouvaient tout aussi bien être des épisodes isolés tels que les Noces

de Mopsus et de Nisa, ou bien, commme le conjecture M. E. von Engerth qui les a vus, les cortèges, qu’on retrouve plus tard à Prague.

Voici ce que nous savons d’une façon positive: Le Combat entre Carnaval et Carême, fut tiré de la Weltliche Schatzkammer de Vienne en 1748, passa ensuite au Palais de Gratz (voir l'inventaire de 1765, p. 64), fut transporté à Vienne le 21 mai 1765 et exposé au Palais du Belvédère ; il figure dans le catalogue Mechel de 1783 (1).

COMPOSITION. — Parmi les grands tableaux de Bruegel, le Combat entre Carnaval et Carême est le plus ancien qui porte une date. Il est donc d’une importance capitale pour fixer la chronologie de la production du maître. Celui-ci y paraît en possession de toutes les ressources du métier. Sa technique progressera encore, mais ne se modifiera plus d’une façon notable. ! :

Le procédé de composition est ici le même qu'il avait déjà employé dans les deux suites gravées des Wices et des Vertus. Composition polymythique : au milieu de l’avant-plan, la représentation, sous une forme plus ou moins symbolique, du sujet même du tableau : là, figure allégorique du Vice ou de la Vertu ; ici, joûte entre Carême et Charnage, personnifiés. Autour, et en arrière, tous les épisodes typiques qui se rattachent au sujet, sans tenir compte de l’unité de temps. Mais, tandis que, dans la suite des Vices surtout, les motifs mis en œuvre se traduisaient par des formes fantastiques dérivées de la tradition de Bosch, ici tous les détails, ainsi que le cadre dans lequel il sont placés, sont empruntés directement à la vie réelle.

SUJET. — Pour les antécédents du sujet, voir ci-dessus p. 34 et PP. 102-105.

Remarquer, au point de vue historique, dans ce tableau de 1550, les queues de blaireau ou de renard que portent les mendiants culs-de-jatte (cf. pp. 135-138).

Bruegel a traité plusieurs fois l'épisode principal : joûte entre Carnaval et Carême : une première fois, semble-t-il, dans un tableau perdu, que nous ne connaissons que par une copie de Peeter II, son fils. Nous reproduisons ce tableau, qui appartient à M. L. Joly, à Bruxelles, et nous en parlerons au chapitre des copies de tableaux perdus. Cette première version (que sa composition naïvement symétrique et des maladresses de dessin et de perspective, ne permettent de placer dans l’œuvre du maître, qu’à ses débuts), fut ensuite reprise, sous une forme déjà plus variée, dans une autre œuvre perdue, dont le souvenir nous est conservé par la gravure de Hoghenberg éditée par Hieronymus Cock en 1558 (Voy. F. Muller : Beredencerde Beschrijuing van Nederlandsche Historieplaten, Amsterdam, 1863, t. I, p. 63).

L'épisode d'Ourson et Valentin a fait l’objet d’une composition gravée sur bois.

(x) Les détails relatifs à l’histoire des tableaux du musée de Vienne au xvine siècle sont en partie empruntés par nous au catalogue du chevalier Ed. von Engerth, 1884 (1892).

Quant à celui des Noces de Mopsus et de Nisa, il a aussi été traité isolément, probablement dans un tableau peint, car la gravure au burin de P. à Merica, éditée par Hier. Cock en 1570, nous montre les personnages en contre-partie, se servant de la main gauche au lieu de la droite, ce qui n'arrive guère lorsque Bruegel a dessiné en vue de la gravure. Or, le bois inachevé de la collection Figdor, à Vienne, aurait donné le même résultat. On peut donc supposer un prototype peint.

Rappelons enfin la parenté du sujet avec celui de l'opposition entre Cuisine grasse et Cuisine maigre, que l’auteur semble avoir traité vers la même époque.

(Voir notre reproduction).

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