‹ Peter Brvegel l'ancien, son œuvre et son tempsChapitre 200 sur 273 · A. 9. — L'ADORATION DES MAGES · texte numérisé non relu

A. 9. — L'ADORATION DES MAGES

Signé: BRVEGEL-M:D:LXIIII-

Vienne. M. Georg Roth.

PROVENANCE. — L'origine de ce tableau nous est inconnue. D’après ce qu'on nous a assuré à Vienne, il aurait jadis, lui aussi, fait partie des collections impériales, mais nous ignorons sur quel fondement repose cette assertion.

SUJET. — Comme ce sujet a étè traité plusieurs fois par Bruegel, nous en parlerons à propos de la grande Adoration des Mages de la collection Fétis, qui est, sans doute, plus ancienne.

(Cf. ci-dessus p. 128).

CoMPosITION. — À ce point de vue, le tableau appartenant à M. Roth, présente plusieurs particularités assez rares dans l’œuvre de Bruegel: la première est sa disposition ex hauteur ; ensuite, la concentration de la composition, sans épisodes & côte ; la réduction du nombre des personnages, et leurs dimensions relatives plus grandes par conséquent. C’est la première fois que nous rencontrons cette tendance à l’unité d’action, ailleurs que dans les petits proverbes. Nous la retrouverons plus accentuée dans la Femme Adultère, dans la Mort de la Vierge, même dans la Résurrection, puis finalement dans les drames purement humains. Chez Bruegel l'artiste prend le pas sur l’illustrateur didactique.

(Voir notre reproduction).

A. 10. — LE MISANTHROPE. (La Perfidie du Monde).

Proverbe : «Om dat de werelt is soe ongetru Daer om gha ic in den ru. »

Signé sur l’encadrement peint, dans l’écoinçon inférieur senestre : BRVEGEL 1565 (1) Peinture à la détrempe sur toile. H. 86. L. 85 cm.

Naples. Museo Nazionale, N° Inv. 84. 486.

PROVENANCE : Inconnue.

SUJET. — Bien que Bruegel ait lui-même inscrit sur ce tableau le texte (2) du proverbe qu’il illustre, le sujet n’a guère été compris. Les uns ont voulu y voir une satire contre les moines (remarquons que le personnage principal ne porte l’habit d'aucun ordre religieux, mais bien un vêtement de deuil, comme on en voit aux «pleurants » des tombeaux) ; d’autres en font un hypocrite ; l'administration du musée intitule ce tableau : «l'Eresia ».

Voici la traduction du proverbe : « Parce que le monde est si perfide — Pour cela je vais en [habits de] deuil ».

Nous avons donc devant nous un homme qui porte le deuil de sa confiance dans le monde : un désabusé, un misanthrope.

Bruegel nous présente d’ailleurs la misanthropie comme justifiée. Il montre d’une façon naïvement littérale les deux termes du proverbe. L'homme en deuil, les chausse-trapes, dont son chemin est hérissé, l'incendie à l'horizon ne lui suffisent pas : il matérialise le « monde » lui-même sous la forme d’un coupeur de bourse. Sa mise en scène s'attache à la lettre plutôt qu'au sens du proverbe, car on pourrait objecter qu’ainsi le deuillant ne se chagrine pas parce que le monde le vole, puisqu'il n’en sait rien; mais qu’au contraire le monde peut le voler parce qu'il ne fait pas attention à lui.

COMPOSITION. — La mise en page de ce tableau trahit l’habitude qu'avait Bruegel de peindre les proverbes sur des rondelles de bois Comme la toile ne se prête guère à cette forme, il a recours au faux-cadre et nous présente le sujet comme s’il était vu par une ouverture circulaire dans un pan opaque, peint d’un ton grisâtre uni.

Parmi la série des proverbes de forme ronde, celui-ci est incontestablement le plus beau. La figure du misanthrope, drapée dans son man-

(x) Nous donnons la date telle qu’elle a été lue récemment par M. P. Buschmann Jr, qui a bien voulu nous communiquer son fac-simile. M. Axel Romdahl donne 1563, et M. René van Bastelaer, d'après les renseignements fournis par l’un des conservateurs du musée, 1568. N'ayant pas fait attention à ce détail à l'époque déjà lointaine où nous visitâmes le musée de Naples, nous nous bornons à mentionner les diverses lectures tout en faisant remarquer que 1563 ne paraît guère conciliable avec le style de l’œuvre qui indique les dernières années de la vie de Bruegel; cependant 1565 nous paraît admissible si le dessin des Dénicheurs est de 1564, et celui des Aveugles de Naples, de 1566. On remarquera que la date est écrite en chiffres arabes comme dans le tableau suivant.

(2) Faisons observér que Bruegel écrit rw, ongetyu, au lieu de l'orthographe ordinaire : youw, ongetrouw. Ces formes insolites n'appartiennent pas aux dialectes brabançons, ni de Bruxelles, ni d'Anvers. L'# représente vraisemblablement le son ow et l’idiôème est mosan, sans doute celui des environs de Brée, d’où le peintre était originaire.

teau noir-bleu, est une des plus saisissantes et des plus plastiques créations du maître, et le paysage, une lande désolée de la Campine, concourt à l'impression. On peut d’autant plus regretter le personnage artificiel du «monde », empêtré dans ses attributs allégoriques. Combien, s’il avait été omis, l’œuvre eût gagné en beauté et en profondeur. Cette fois encore l’ingéniosité littéraire l’a emporté chez Bruegel sur le sens esthétique : la pensée verbale a fait tort à l'imagination visuelle et à l'émotion humaine.

(Cf. ci-dessus pp. 139, 140.)

CoPies. — La même composition se retrouve avec variante dans un dessin de la collection de M. Jean Masson, à Amiens (voir ci-dessus p. 103) original de la gravure de J. H. Wiericx (Alv. 1547).

Il en existe aussi des copies peintes par Peeter II, notamment dans la suite de sept proverbes, qui appartient à M. Ch. L. Cardon, à Bruxelles. Le paysage y est différent.

(Voir notre reproduction).

A. 11. — LE DÉNOMBREMENT DE BETHLÉEM (Le Payement de la Dîme).

Signé : BRVEGEL 1566.

Bruxelles. Musée Ancien de Peinture et de Sculpture.

PROVENANCE. — Inconnue : le grand nombre des copies d’après ce tableau, par Peeter II, ne permet pas de reconnaître l'original dans les mentions des anciens catalogues.

Le tableau a été acquis par le Musée de Bruxelles en 1902, à la vente de la collection Huybrechts, d'Anvers. Il faisait partie, auparavant, de la collection van Colen de Bouchout, aussi à Anvers.

NOTA. — On remarquera la date écrite en chiffres arabes comme dans le Misanthrope, alors que, à partir de 1562, Bruegel datait régulièrement en chiffres romains.

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