SR PT EE
SUJET. — C'est à tort que, dans la nouvelle édition de son catalogue du Musée de Bruxelles M. A. J. Wauters émet l'opinion que le sujet central représente la Fuite en Egypte. Le motif représenté est manifestement l’arrivée à Bethléem de Joseph et de Marie, en vue du recensement, comme le prouvent et l'absence de l'Enfant Jésus, et la présence du bœuf aux côtés de l’âne, avec lequel il partagera la crêche. Tout cela est conforme à la tradition telle que nous la trouvons dans les Mystères. De plus Joseph et Marie cheminent vers le lieu du recensement, au lieu de s’en éloigner. — Il ne peut donc être question d'identifier ce tableau avec
ze
ne
em 52e ELITE; Sat
(sarpoxnig ‘omdinos 2p 39 mu 9p USTIUY 29S NN (OST) HAATHLIY AA LNANAHANONTA AT
—.— Æ ee À
RE —— > + == 2 FE ZT
Æ SES re ie
la Fuite en Egypte que possédait le cardinal de Granvelle. Cette dernière était du reste beaucoup plus petite. C'était un paysage, haut de 1 pied 4 pouces, et large de 1 pied 13 1/2 pouces.
Dans ce tableau la préoccupation du paysage domine. Bruegel s’est surtout attaché à peindre un village sous la neige, avec de multiples épisodes de la vie hivernale. C’est le seul des effets de neige de Bruegel qui soit daté. D’étroites analogies de style nous portent à grouper ensemble avec ce tableau le Massacre des Innocents, de Vienne, une petite Adoration des Mages, et la remarquable composition du Village pillé; ces deux dernières connues seulement par des copies.
Copies. — De la main ou de l'atelier de Peeter II : Bruxelles, Musée, N° 81. (Acquis de M. A. Willems 1880). Signé : P. BRVEGHEL. 1610.
Bois. H. 120. L. 164 cm.
» M. François Empain. (Prov. : Buéso, Bruxelles). Anvers, Musée, N° 776. (Prov. : Vente de Ponthière, etc. Bruxelles, Fievez, 1897) Signé : P. BRVEGHEL.
» Gal. de feu le Chev. Mayer van den Bergh.
Lille, Musée, N° 121. (Don de M. Ch. Crespel-Tilloy 1874). Toile. H. 112. L. 163 cm.
Caen, Musée, (cité par M. A. J. Wauters). ‘
(Voir notre reproduction).
A. 12. — LA CONVERSION DE SAINT PAUL (Le Chemin de Damas). Signé : (entre deux lignes) : BRVEGEL:M:D:LXxVii: Bois H. 108 L. 156 cm.
Vienne. Kunsthistorisches Hofmuseum, N° 714.
PROVENANCE. — Collection de l’empereur Rodolphe II. Tableau cité par Carel van Mander : «..... bij den Keyser…., voorts een Bekeeringhe Pauli, met zeer aerdige clippen » (Trad. litt.: .…. chez l'Empereur..…., ensuite une Conversion de saint Paul, avec de fort curieux rochers).
À l’époque des inventaires de Prague (1621 et 1648), la Conversion de saint Paul ne se trouvait pas au palais, c'est pourquoi elle échappa au pillage. Peut être était-elle alors à Vienne.
Plus tard, au contraire, elle entra au palais du Hradschin, car elle y est mentionnée dans l'inventaire du 8 avril 1718: « Briegel : Pauli bekherung » (n° 306), — et dans celui du 5 octobre 1737: « Pauli bekehrung » (Dimensions, cadre compris : H. 2 El, 2 zoll X L. 2 El, 21 zoll) — Bois, original de « Brügl » — (n° 382).
Transportée ensuite à Vienne, et exposée au Belvédère, elle fit un nouveau voyage à Prague, pour rentrer définitivement au Musée impérial de Vienne, dans le courant du XIX® siècle.
COMPOSITION. — La Conversion de saint Paul, c’est-à-dire la chute de Saul sur le chemin de Damas, est un sujet qui a été traité tantôt dans le style du tableau d'histoire religieuse, tantôt dans celui du paysage étoffé. Dans l’œuvre de Bruegel, les deux genres tendent à se confondre. Elle se rapproche du genre historique, par l'abondance de l’élément humain, et la dimension relative des figures d’avant-plan. Elle appartient pourtant surtout au genre paysage, non seulement à cause de l'importance donnée au site montagneux, mais encore par l'éloignement et la petite échelle de l'épisode principal.
Au point de vue du paysage, si grandement typé, le chemin de Damas est une de ces œuvres qui justifient ce mot pittoresque de Carel van Mander, que Bruegel, lors de son voyage dans le midi, avait avalé les Alpes, et après son retour, les « vomissait » sur ses tableaux.
(Voir notre reproduction).
À. 13. — LE PAYS DE COCAGNE, Proverbe : « Het Luilekkerland ».
Signé : MDLXVII BRVEGEL Bois H. 50. L. 77 cm.
Berlin. Collection de M. Richard von Kaufmann.
PROVENANCE. — Non mentionné par Carel van Mander, le Pays de Cocagne a fait partie de la galerie du palais impérial de Prague.
En effet, dans l'inventaire de 1621, il est cité en ces termes (fol. 34 b. dans la première galerie, contre le banc, sur le sol): « Drey schlaffende Pauern im Schlarafenlandt, von dem alten Prügel» (Trois paysans endormis, au Pays de Cocagne, par le vieux Bruegel).
Lors de l'inventaire de 1647-48 (à Skokloster) le tableau avait été transporté dans la seconde galerie (n° 226 éd. Dudik) « Drei schlaffende Pauern. >»
Enlevé par les Suédois lors du pillage de Prague en 1648, il ne paraît pas être resté dans la collection de la reine Christine. Nous perdons ses traces jusqu’à notre époque. Il se trouvait en France, dans une collection particulière, lorsque, en 1001, il fut acquis par M. R. v. Kaufmann.
SUJET. — Bruegel, une fois de plus, puise son sujet dans le folk-lore, et illustre une locution proverbiale. « Luilekkerland » est le sujet d’un conte populaire dont les divers éléments sont représentés ici (Voir ci-dessus p. 134).
Sur l’allusion possible aux utopies des révoltés voir p. 135 et Marcus van Vaernewyck.
COMPOSITION. — On remarquera la hardiesse de la présentation des personnages, vus de haut en bas.
Le tableau a été gravé sous le titre : Het luylekkerlandt, par P. a Merica (P. vander Heyden) pour Hier. Cock.
(Voir notre reproduction).
— = Re EP de eee NE en
ne —
= EE — — c — ; si = nn Re — RE ==
ee ee ee
re FE
A. 14. — LES CULS-DE-JATTE (Proverbe ?).
Signé : : BRVEGEL:M:D:LXVIII- Bois. H. 17. L. 21 cm. :
Paris. Musée du Louvre.
PROVENANCE. — Quoique non mentionné d’une manière reconnaissable dans les catalogues de la première moitié du xvrI° siècle, ce tableau semble pourtant avoir fait partie des collections enlevées à Prague par les Suédois. Il paraît du moins être cité comme tel dans l'inventaire des tableaux de la reine Christine de Suède, dressé en 1652 par le marquis du Fresne : « de Prague …. 370 ditto, representant des gens estropiez ».
Le nom du peintre n’est pas mentionné, mais il nous semble vraisemblable néanmoins qu’il s’agit du tableau de Bruegel.
Au xIx° siècle nous le trouvons entre les mains de l’éminent critique d'art Paul Mantz, qui en fit don au Musée du Louvre.
SUJET. — Le sujet n’est pas facile à interpréter. Il s’agit probablement encore de l'illustration d’un proverbe, mais lequel ? — Peut-on penser au mot « gueux » et Bruegel a-t-il voulu faire allusion aux événements politiques du jour ? — Sur ce point, voyez ci-dessus pp. 135-138.
On remarquera les queues de blaireaux ou de renards, que portent ces mendiants estropiés. Les mêmes ornements inexpliqués se rencontrent déjà dans le Combat entre Carnaval et Carême, daté de 1559; on ne peut donc y voir une allusion aux queues de renard promenées par les adversaires du cardinal de Granvelle, puisque cet épisode est d’une date plus récente. Il y a lieu de croire qu'il s’agit d’attributs réellement portés alors par une certaine classe de mendiants estropiés. Nous ignorons la raison d’être de cet usage bizarre.
COMPOSITION ET EXÉCUTION. — On remarquera dans ce tableautin la facilité du groupement malgré le caractère anormal des individus. Cette aisance de la composition va de pair avec la liberté et l'esprit de la facture.
Un progrès analogue se remarque sous le rapport de l'éclairage. Toutes les parties de la scène sont enveloppées dans une même lumière fort homogène. C'est une des caractéristiques les plus frappantes des dernières œuvres de Bruegel, comparées aux premières.
(Voir notre reproduction).