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À. 17. — L'ADORATION DES MAGES

Peinture à la détrempe sur toile, H. 112 L. 159 cm.

Bruxelles. Collection de M. Ed. Féts.

PROVENANCE. — Inconnue. Le tableau a été acquis par M. Fétis dans une vente publique à Bruxelles.

COMPOSITION. — Bruegel a traité plusieurs fois le même sujet. Deux seulement de ces compositions nous sont conservées en des peintures originales : nous avons parlé plus haut (n° A. 9) du tableau daté de 1564, qui appartient à M. G. Roth à Vienne ; dans celui-là le sujet, réduit à un petit nombre de personnages, marque une tendance à la simplification. L'Adoration de M. Fétis est manifestement plus ancienne : L’étable délabrée, couverte de chaume, plantée au centre de la composition, rappelle encore le chef-d'œuvre de Jheronimus Bosch, au musée du Prado, tandis que l'accumulation touffue des personnages, la multiplicité des épisodes, et l’horizon très relevé nous reportent à la période de 1556 à 1560.

Nous citerons plus loin, en traitant des copies, une troisième Epiphanie du même maître, connue par de nombreuses copies de la main de

Peeter II. Cette dernière, de petit format, avec effet de neïge, et où le sujet principal est placé près du bord dextre du cadre, est à comparer au Dénombrement de Bethléem de 1556. C'est la plus récente.

Par contre nous croyons retrouver la trace d’une composition encore plus ancienne que celle de M. Fétis dans une œuvre de Jan Brueghel, dont il reste plusieurs répliques (Vienne, Kunsthistorisches Hofmuseum n° 008, datée 1508, sur cuivre ; — Anvers, Gal. Mayer van den Bergh, etc.) Il ne s’agit ici évidemment que d’une copie très libre, mais les types des personnages principaux, notamment le saint Joseph et l’homme qui lui parle à l'oreille sont sûrement empruntés au vieux Bruegel, et d'autre part la masure en ruines, les curieux aux attitudes félines qui se pressent dans l’embrasure de la porte, le roi nègre, jusque dans les détails de son costume, montrent l’imitation de Bosch, d’une façon bien plus dominante et plus directe que dans la tableau de M. Fétis. Nous en concluons que Jan Bruegel a suivi une œuvre perdue de son père, en déplaçant le centre de la composition (toute la partie à senestre de l’étable est traitée dans son style personnel) et en ajoutant plusieurs éléments, tel le garçon avec le grand chien, en premier plan, à dextre.

La comparaison du tableau de M. Fétis avec la copie à l’huile récemment entrée au Musée d'Anvers, montre que le premier a été diminué de plus de 20 cm. par en haut (ce qui lui a enlevé presque tout ciel), ainsi que de chaque côté, où plusieurs personnages ont été enlevés.

Il a d’ailleurs malheureusement beaucoup souffert de l'humidité. On sait que Bruegel a, comme beaucoup de nos maîtres du XV et du XVI® siècle peint autant à la détrempe qu’à l'huile, mais notre climat a été funeste à presque toutes ces peintures, et la toile de M. Fétis est la seule composition à la détrempe du maître qui ait échappé à la destruction, dans notre région. (Les Aveugles et le Misanthrope de Naples ont sans doute été de bonne heure portés dans un pays moins humide).

Malgré ses couleurs pâlies et ses traits effacés, l'œuvre qui nous occupe est des plus remarquable, et renferme encore des parties excellentes, tel le groupe de spectateurs placés près du bord senestre, et dont les têtes, très-caractérisées, sont mieux conservées que la photographie ne le ferait croire.

Copie. — Musée d'Anvers : Copie à l’huile, par une main inconnue H. 144 (135 1/2 cm. en décomptant une bande ajoutée après coup) L. 173 cm.

(Voir notre reproduction).

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