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A, 22. — LE MASSACRE DES INNOCENTS

Signé : BRVEGEL.

Bois. H. 116 L. 160 cm.

Plus de 150 figures (15 cm.) Vienne. Kunsthstorisches Hofmuseum, N° 710.

PROVENANCE. — Collection de l’empereur Rodolphe II.

Décrit par Carel van Mander : « Eenighe zijner besonderste wercken ziÿn althans bij den keyser, te weten, voort een kinder-doodinghe, daer veel wercklijcke dinghen zijn te sien, waer van ick elders hebbe verhaelt hoe dat daer een gansch gheslacht soecken te verbidden een Boerigh hindt, dat een der moordighe krijghs-luyden ghevat heeft om te dooden, den rouwe en versterven der Moeders, en ander werchinghen wel naegekomen wesende. » (Trad. litt. : Certaines de ses principales œuvres sont à présent chez l’'Empereur, à savoir ensuite, un Massacre des Innocents, où se voient beaucoup de traits réalistes, et dont j'ai raconté ailleurs, comment on y voit une famille entière chercher à sauver par ses supplications un enfant de paysans, qu'un des soldats meurtriers à saisi pour le mettre à mort; aussi le deuil, le désespoir des mères, et d’autres épisodes bien rendus.)

Le Massacre des Innocents ne figure pas dans les inventaires de Prague, de la première moitié du XVII® siècle.

Au XVIIIe siècle nous le retrouvons à Vienne, dans la « Geistliche Schatzkammer » où il est cité dans l'inventaire du 4 juillet 1748.

I1 ne faut point confondre ce tableau, avec un autre de même sujet, et aussi de la main du Vieux Bruegel, qui faisait partie de la galerie de l’archiduc Leopold-Guillaume. L’inventaire de 1659 nous montre en effet que celui-ci était beaucoup plus petit.

Un troisième Massacre des Innocents, aussi dans un village couvert de neige, dont les dimensions sont différentes, ne nous est connu que par des copies de Peeter II, au Musée d'Anvers (H. 73 L. 104 cm.) Heleneborg (Université de Stockholm), Aiïx-la-Chapelle, etc. Les types et les formes de certaines figures rendent douteuse la paternité de Bruegel.

SUJET ET COMPOSITION. — Voy. ci-dessus pp. 128-120.

DATE PROBABLE. — Le Massacre des Innocents semble avoir été peint comme pendant pour le Dénombrement de Bethléem (ci-dessus A 11). Ce dernier est daté de 1566.

Copies. — De la main ou de l’atelier de Peeter II :

Musée de Bruxelles, n° 80 (acquis du colonel Rottiers en 1830) signé : P. BRVEGHEL.

Bois. H. 120. L. 167 cm.

Hermannstadt, Musée Bruckenthal, n° 138 (d’après M. Romdahl).

St-Pétersbourg, un exemplaire offert en vente au Musée de l’Ermitage, en 1906.

Anvers, M. E. Grisar (communication de M. Pol de Mont).

Wurzbourg, Musée (d’après M. A. J. Wauters).

N.B. On cite fréquemment, à tort, comme copies du Massacre des Innocents, de Vienne, les copies d’après une autre composition dont l'original est perdu, et dont il a été question ci-dessus.

(Voir notre reproduction).

À. 23. — LA JOURNÉE SOMBRE. Paysage d'hiver (Janvier). Bois H. 118 L. 163 cm.

Plus de 30 figures (22 cm,) Vienne. Kunsthstorisches Hofmuseum, N° 7r1.

PROVENANCE. — Ce tableau forme, avec les numéros A. 24, A. 25 et À. 26, ci-dessous, plus un tableau perdu, la série des cing tableaux des saisons, mentionnés dans l'inventaire de la galerie de l’archiduc Léopold- Guillaume, en 1659: (fol. 225) « N' 582, 583, 584, 585 und 586. Fünff grosse Stückh einer grossen, warin die Zeithen des Fahrs, von Ohlfarb auf Holcz. — Die Ramen alt, schwartz und zier verguldt, die Hôhe 6 Span 4 Finger, und 8 1/2 Shan braith. — Original vom alten Brôgel».

Nous ne savons où ces tableaux passèrent ensuite. Ils n'étaient pas à la Stallburg, mais nous les retrouvons à la fin du XVIII siècle au Belvédère. Les n% A. 23 et A. 25 furent alors exposés dans les galeries et sont décrits dans le Catalogue de Mechel de 1783. Les n® À. 24 et À. 26 restèrent dans le dépôt du Belvédère.

En 1809 les deux premiers furent enlevés par les Français. Seul le n° À. 24 rentra dans les collections impériales en 1815.

SUJET. — On peut se demander si les cinq tableaux en questions représentaient en effet une suite des Saisons, dans laquelle l'hiver aurait figuré sous deux aspects différents, ou si nous n’avons pas affaire plutôt à une suite incomplète, des Mois, comme le pensent MM. Th. von Frimmel et Axel Romdahl ? La question est d’autant plus difficile à trancher qu’une des cinq pièces nous manque.

Quoiqu'il en soit, le tableau la Fournée sombre représente certainement

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une scène d'hiver, et non de printemps comme le dit le Catalogue de Vienne, au n° 711. M. Axel Rondahl y voit la représentation de Février, mais la tonalité foncée de tout le tableau, la lanterne que l'enfant tient à la main, font manifestement allusion aux jours les plus courts et les plus sombres de l’année. De plus, on est occupé à couper du bois à brûler, et des charriots chargés de provisions sont dételés dans le village. C'est donc bien le commencement de l'hiver. À première vue, on pourrait toutefois hésiter entre Janvier et Décembre, si un détail précis ne tranchait la question: l'enfant qui tient la lanterne porte autour de son bonnet une feuille de papier sur laquelle se voit un cercle fleuronné. C’est la couronne du Roi de la fève, bien connue par les nombreuses représentations de cette fête, chez Pieter Aertsen, Marten van Cleef, Jan Steen, etc.

Au XVI° siècle, les gaufres aussi font partie du menu traditionnel du jour de l’Epiphanie. C’est donc une scène du début de Janvier que nous avons sous les yeux.

DATE PROBABLE : Il est fâcheux qu'aucun de ces admirables paysages ne soit daté. Réduits à juger d’après le style et l'exécution nous les rapporterions volontiers à la fin de la carrière du peintre, vers l’année 1567 où fut peint aussi l’admirable paysage de la Conversion de saint Paul. Dans l'hypothèse que Bruegel aurait eu l'intention de peindre une suite des Mois, sa mort, en 15609 expliquerait que la série fût demeurée incom-

plète, comme la suite gravée des saisons.

(Voir notre reproduction).

A. 24. — LES CHASSEURS DANS LA NEIGE. Paysage d'hiver (Février?) Signé : BRVEGEL.

Bois H. 117 L. 162 cm.

Plus de 7o figures (30 cm.)

Vienne. Kunsthistorisches Hofmuseum, N° 713.

PROVENANCE ET DATE PROBABLE : Voyez ci-dessus n° A. 23.

SUJET : Que la saison représentée est l'hiver, il est superflu de le dire. Dans l’hypothèse d’une suite des Mois, il faudrait vraisemblablement y reconnaître Février, non seulement parce que Janvier est déjà figuré dans le numéro A. 23, mais encore parce qu'il était de tradition dans les calendriers des Livres d'Heures, de caractériser février par un paysage neigeux: voir, par exemple les Heures du Duc de Berry à Chantilly, le Bréviaire Grimani, etc.

On remarquera particulièrement, à l’avant-plan, l’admirable groupe des chiens de chasse et des chasseurs, profilés en silhouettes sombres sur la neige blanche. Les allures des -chiens sont d’une vérité frappante.

(Voir notre reproduction).

A. 25. — LA FENAISON. Paysage d'Eté ? (Juin). (La signature Bruegel est fausse).

Bois. H. 114. L. 158 cm.

Château de Raudnitz. Galerie de S. À. le Prince de Lobkowitz.

PROVENANCE. — Voyez ci-dessus A. 23.

Ce tableau était exposé au Belvédère et est décrit dans le catalogue de Mechel en 1783, p. 184, N° 54: « Eine Erndie in einer weiten, ebenen Gegend. » Enlevé par les Français en 1809, il ne rentra pas dans les collections impériales.

Nous ne savons à quelle date il fut acquis par le Prince de Lobkowitz.

SuJET. — Cet admirable paysage, fort bien conservé, qui, jusqu’à ce jour, n’a été cité dans aucun des ouvrages consacrés à Bruegel, nous a été signalé par M. Gustav Glück et par M. Max Dvorak, professeur à l'Université de Vienne, à qui revient le mérite de la découverte.

La fenaison (et non la moisson, comme le dit Mechel) caractérise suffisamment, dans nos contrées, le Mois de Juin. S'il faut y voir, non un Mois, mais une Saison, est-ce le Printemps ou l'Eté ? — Juin est compté parmi les mois d'été dans la lettre de la gravure de l’Eté d’après Bruegel, gravée par P. van der Heyden, et éditée par H. Cock.

Dans ce cas, le tableau perdu aurait dû être le Printemps pour que toutes les saisons fussent figurées (1).

(Voir notre reproduction).

A. 26. — LA RENTRÉE DES TROUPEAUX. Paysage d'Automne. (Novembre).

Bois. H. 123. L. 159 cm.

6 figures (28 cm.) plus un grand nombre de petites à l'arrière-plan.

Vienne. Kunsthstorisches Hofmuseum, N° 709.

Provenance et date comme ci-dessus, N° A. 23.

SuJET. — Les arbres totalement dépouillés de leurs feuilles, le vent froid contre lequel se protègent les bouviers, et le fait même de la rentrée des troupeaux, témoignent en faveur de Novembre.

Ce magnifique paysage, qui rappelle des sites de la route du Brenner, est un de ceux qui justifient la parole célèbre de Carel van Mander, que lors de'son voyage en Italie, Bruegel avait avalé les Alpes, puis qu'après son retour dans sa patrie, il les avait vomies sur ses tableaux.

(1) Je dois pourtant signaler ici, non sans hésitation, une peinture entrevue dans une vente publique à Bruxelles, et que, malgré des démarches réitérées, je n'ai pu revoir depuis. Elle représentait à l'avant-plan la sieste des moissonneurs; près d'eux des chevaux et au milieu de l’arrière-plan des bâtiments avec tour. Le tout pouvait représenter Juillet ou Août et était composé dans le style de Bruëgel, mais ce n’était assurément qu’une copie ou plutôt une imitation par une main inconnue.

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Il présente de l'intérêt aussi en nous montrant Bruegel animalier, sous un jour curieux. Les bœufs et les chevaux sont assurément construits avec la plus naïve incorrection ; pourtant leurs attitudes, leurs mouvements significatifs, sont finement observés. Personne ne pourrait confondre ce troupeau qui rentre, avec un troupeau qui va à la pâture. Les ignorances anatomiques n’empêchent pas la justesse des allures, et l'impression d'ensemble est plus vraie que chez maints animaliers pédantesquement corrects quant aux formes.

(Voir notre reproduction).

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