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Satan semant l'ivraie

St-Pétersbourg, Coll. de M. Delarof.

Signé : PETER BALTENS À l’avant-plan, à senestre, sur une pierre, sont écrits les quatre vers suivants :

ZYZANIAM PRAVUS SEMINAT SED TEMPORE MESSIS VIDEBUNT STYGINUM CRIMINA FACTA CANEM Lucrpa QUU CŒLI DUCETUR AD ATRIA JUSTUS IMPIUS ETERNI PREDA CHARONTIS ERIT.

C'est un grand paysage aux lointains bleu-vert, étoffé des figures de Satan et des moisonneurs endormis. De tous les tableaux cités, c’est celui qui s'éloigne le plus du style du Vieux Bruegel. Il est, à ce titre particulièrement intéressant, étant signé.

Rappelons, à son sujet, que, dans l’inventaire du château de Prague de 1718, est cité n° 344 : « Scola Briegel : Wie der büse feünd den üblen samen aussäet » (Id. inv. 1737 : Bois, H. 1 el 12 zoll — L. x el 16 zoll)

Parmi les trois tableaux flamands de ce sujet et de cette époque, que nous connaissons, c’est encore à celui-ci que conviendrait le mieux l’étiquette : école de Bruegel. — Nous doutons toutefois de l'identité : les mesures indiquées nous semblent inférieures à celles du tableau de Baltens.

D'après ces diverses œuvres, comme d’après sa biographie, Peeter Baltens nous apparaît comme un artiste de valeur secondaire et de faible personnalité, ayant appris son art en dehors de l'influence de Bruegel, mais qui, sur le tard, ébloui par la supériorité écrasante de celui-ci, s’est mis à le pasticher de son mieux. Son interprétation des formes, et mêmes certaines particularités de sa composition rattachent ses origines à l’école de Jan van Hemessen, tel qu’il se montre dans ses sujets populaires à petites figures, par exemple le Repas des pauvres, du musée de Brunswick, ou l’Entrée de Fésus à Férusalem, du musée de Stuttgart.

MERTEN van CLEVE

Merten van Cleve, (1) né en 1527 et décédé en 1581, fils du peintre anversois Willem van Cleve, frère des peintres Heynderick et Willem, appartenait à une nombreuse lignée d’artistes anversois. Il était, dans le sens le plus strict du mot, de la même génération artistique que Bruegel, ayant été reçu à la maîtrise du métier des peintres en la même année que celui-ci : 1551. Lui non plus ne peut donc être considéré comme formé sous l'influence du maître, comme faisant partie de son école. Carel van Mander qui nous raconte sa biographie, nous apprend qu’il était élève de Fr. Floris, et certaines de ses œuvres confirment cette information.

Les « Liggeren » du métier des peintres d'Anvers nous le montrent tenant atelier, et recevant plusieurs élèves : en 1558, Melsen Halders (alias de Stomme, qui ne devint franc-maître qu’en 1572); en 1560, Hansken Wolleput; en 1564, Dries van Wintersich; en 1570, Peerken Mennens ; en 1575, Philips de Hont. Carel van Mander, dans la biographie de Fr. Pourbus, lui donne encore pour élève Hans Ÿordaens, qui devint un peintre assez réputé. Le même auteur rapporte qu’il commença par traiter des sujets de grandes dimensions, et ne s’adonna que plus tard à la peinture de tableaux de petit format. Il ne décrit aucune de ses œuvres, mais nous apprend qu'il étoffa plusieurs des paysages de Gillis van Conincxloo.

Son nom revient fréquemment dans les inventaires, ce qui prouve sa fécondité; cependant de nos jours il est depuis longtemps oublié : jamais on ne le rencontre dans les catalogues de ventes.

(x) Merten van Cleve, bien qu'il n’eût point étudié en Italie comme ses frères, se permettait parfois d’italianiser son prénom. C’est du moins ce que nous concluons de la façon dont il est appelé dans d’anciens inventaires, notamment dans celui de l’archiduc Léopold Guillaume, 1659, lequel écrit : Martino von Clef, et dans les inventaires viennois de 1747-48 et 1750.

Nous avons pourtant, pour reconstituer son œuvre, un point de départ certain:

Il est l’auteur d’une suite de 8 compositions : Les Travaux de la culture du blé, gravées par I. A. Wiericx. Celle qui représente La Moisson, porte la signature : M. van Cleve inventor. — Elles nous présentent leur auteur comme un pasticheur résolu du style de Bruegel, au point que dans mainte collection (telle celle du Cabinet des Estampes de Paris) les pièces non signées sont classées dans l’œuvre de Bruegel.

M. Henri Hymans, dans son commentaire du Livre des Peintres de Carel van Mander, p. 275, cite de plus, une grande estampe à l’eau-forte, gravée par un inconnu du commencement du xvue siècle, sous le titre : Le pourtrait de Ÿean Calvin sodomit, cautérisé, peint bar Martin de Cleves, alors vivant : et se void en Anvers en une maison ditte la Pladdys-Wey.

Le seul musée qui expose un tableau sous le nom de Merten van Cleve, est le Musée impérial de Vienne (n° 772 : Intérieur de paysans). La plupart des auteurs de notre époque ne connaissent de lui aucune autre peinture. Pourtant, la réserve du même musée comprend une seconde œuvre de lui, dont l'attribution est pour le moins aussi ancienne et respectable (ci-dessous n° 1).

Ajoutons que le musée des Uffizi, à Florence, montre, sous le nom de « Martino de Cleef » un dessin. à la plume et au lavis, teinté d’aquarelle (n° 632P ) : Retour de Kermesse, traité dans la manière de Bruegel.

Nous avons réussi à retrouver un nombre assez considérable de peintures du même style. En voici une liste, qui pourrait être allongée. Nous citons en premier lieu les deux tableaux de Vienne, qui forment avec les gravures susmentionnées, un point de départ fort satisfaisant, pour la classification :

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