‹ Peter Brvegel l'ancien, son œuvre et son tempsChapitre 6 sur 273 · PAYSAGES DESSINÉS A ROME EN · texte numérisé non relu

PAYSAGES DESSINÉS A ROME EN

Gravures à l'eau-forte de Georges Hoefnaegel (?)

PAYSAGE MÉRIDIONAL Dessin à la plume relevé d'aquarelle, 1552 (Cabinet des Estampes, Berlin)

ÉTUDE DE PAYSAGE ALPESTRE Dessin à la plume utilisé dans la gravure « Insidiosus Auceps » de la suite des Grands Paysages (Cabinet des Estampes, Dresde)

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méridional, mais n’a rien d’alpestre. A côté de vastes prairies, entre deux collines dont l’une sert d'observatoire au spectateur, des villas aux toits plats, aux étages en galerie, annoncent l'Italie ou son approche.

Nous n'avons pas de documents qui nous précise autrement l'itinéraire du voyage pendant le reste de l’année 1552. Mais nous savons que Bruegel est à Rome en 1553 ; les deux paysages auxquels l'artiste a cru devoir donner pour prétexte, rélégués d’ailleurs dans un coin du ciel, l’Enlèvement de Psyché et Dédale et care, nous l’apprennent tout d'abord. Ce sont des gravures à l’eau-forte qu'on a souvent envisagées comme des estampes originales de Bruegel, grâce à la singularité de leur signature « Petrus Bruegel fec. Romæ Anno 1553 ». Elles présentent des vues panoramiques, d'horizon très élevé, traversées par un fleuve et agrémentées, l’une, d’une carrière et d’un château italien dominant le paysage du haut de son rocher, l’autre du large confluent de deux rivières qui se partagent le fond (1). Deux dessins supérieurement beaux par les détails, au dire de Mariette, et qui, de la collection Crozat, étaient allés dans celle de cet homme expert, portaient également cette date et cette signature. Ce n'était pas les originaux des deux eaux-fortes d’ailleurs, car Mariette en connaît au moins une et n’en fait pas la remarque à son propos (2).

(x) est certain, en tous cas, que les signatures de Bruegel que portent ces estampes ne se rapportent qu'aux dessins qui leur ont servi de modèle, car bien qu’elles reproduisent avec assez de fidélité le style de ses paysages à la plume, elles n’ont pas l'esprit, la couleur et le croustillant de l’unique eau-forte que notre artiste produisit plus tard, la Chasse au lapin sauvage. Deux indices peuvent servir à déterminer quel fut l’auteur de ces pièces. Il faut remarquer tout d’abord qu’on rencontre quelquefois un Naufrage dans l’estuaire d’un fleuve, qui cadre avec elles et qui porte dans une disposition identique, son titre, des distiques latins et le même nom d'éditeur. « Exc. Houf cum præ: Caes, ». Cette eauforte est signée « Cornelius Cort Batavus fec. » ce qui en fait l’œuvre d’un des plus importants buriniste des Pays-Bas, auteur d’autres paysages, brabançons ceux-là, d’après Bruegel. Cette eau-forte est toutefois d’une pointe fort différente des deux premières. Celles-ci se rapprochent assez, notamment dans les ciels, et dans les lointains, des vues de ville données par Georges Hoefnaegel, dans l'ouvrage de Braun et Hogenberg, et l’on pourrait peut-être en induire que l’adresse « Houfs exc.» cache non seulement le nom de l'éditeur mais du graveur, « Houfnagelius ». Dans l’un ou l’autre de ces cas, qu'elles soient de Cock ou de Hoefnaegel, ces eaux-fortes sont au moins de dix ou quinze ans postérieures à la date qu’elles portent. Deux séries anonymes de paysages brabançons éditées d’après Bruegel par Jérôme Cock en 1559 et en 1561, portent au second état le nom de Corneille Cort, ou plus fidèlement Corn. Curtius, ou Coert.

(2) « J'ai vu chez M. Crozat deux dessins du vieux Breughel que je crois faits en Italie. Ce sont des vues de montagnes des Alpes, ils portent la date de 1553 et par les détails ils sont supérieurement beaux. Je possède actuellement l’un et l’autre de ces dessins, je connais un paysage, gravé à Rome par ce peintre, avec la date 1553 ». J. Ma- RIETTE, ABECEDARIO. Archives de l'Art Francais. 1851-1853, p. 188.

C'est par ces paysages romains que le paysage aux formes héroïques, tel qu’en publiait Jérôme Cock dès avant la maitrise de Bruegel, apparaît pour la première fois dans l'œuvre de Bruegel. Bruegel y semble en appétit de perspectives grandioses. Les paysages de Titien le troublent évidemment, comme ils ont troublé tous les paysagistes flamands. Le pittoresque du grand Vénitien l'inspire toutefois plus ici que sa force et sa robustesse. Celles-ci se retrouvent au contraire tout entières, mais dépouillées de ce merveilleux sens de la mesure qui ne manque jamais aux Italiens, dans la curieuse vue des Cascatelles de Tivoli, qu'il dessine à la même époque évidemment, et qu'il publiera à son retour, conjointement avec ses vues alpestres, sous le titre de Prospectus Ti- Gurtinus.

Mais, avant d'aborder dans son retour à travers les Alpes, un pays plus nettement favorable à ce goût, notre voyageur en quittant Rome s'enfonce plus au Sud encore et passe en Sicile. Là, la vue grandiose du détroit le séduit et, installé au tournant du bras de mer, sur les falaises qui viennent mourir au cap Faro à en juger par la hauteur de l'horizon, le port de Messine à droite au pied des montagnes et de l'Etna, celui de Reggio à gauche, il en exécute un grand dessin très détaillé. Soixante-quatre ans plus tard ce dessin paraîtra encore assez précis à Georges Hoefnagel, son possesseur, pour servir aux continuateurs du Czvifafes ordis teyrarum dont il clôt magistralement la publication (1). Mais, auparavant, Bruegel l’utilisera-lui-même comme cadre d’un Combaf naval que le pittoresque burin de François Huys reproduira en 1561 pour Jérôme Cock. Le motif de cette dernière composition, nous aillions dire de ce tableau, car c'en est vraiment un, quoiqu'on n’en connaisse pas de peinture, est une rencontre entre deux flottes ennemies. Au premier plan, au milieu du détroit, sur une eau tourbillonnante, plusieurs navires de haut bord à moitié perdus dans les nuages de fumée, entourés de six galères à rambates et à senziles tirant le canon, ont engagé la bataille. Une flotte de galères sort du port de Messine ; huit d'entre elles s'en

(x) Ant. Herrar et Apr. HocnENBErG. Theatri pracipuarum totius mundi Urbium Liber Sextus. MDCXVIIII, pl. 58 : « Prospectus Freti Siculi vulgé il Faro de Messina ». Dans un cartel, au bas, se lit: « Repertum inter Studia xylographia Petri Breugelii Pictoris nostri seculis eximii. Ab ipsomet delineatum communicavit Georgius Houfnagelius, anno 1617 ». Il n’est pas sans intérêt de rapprocher cette mention de l’ « excudit » de Hoefnaegel que nous venons de mentionner plus haut.

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