DIEU
Toi qui remplis de ta présence Tous les espaces, tous les temps; Triple personne, unique essence, Être des êtres existants;
Esprit, source, origine, cause De tout esprit, de toute chose; Invisible quoiqu’en tout lieu, Soutenant tout par ton empire, Vivant dans tout ce qui respire, O Toi , que nous appelons Dieu !
Des astres on sait la figure,
Des pesanteurs on sait la loi ; Mais aucun nombre ni mesure Ne peuvent s’appliquer à Toi;
Et jamais les plus beaux génies Nés de tes splendeurs infinies
Ne sonderont ta vérité,
Car l’esprit qui vers toi s’élance Se perd dans ta grandeur immense Comme un jour dans Téternité.
A ta voix le chaos antique Est sorti de l’éternité ;
Tout être vient de l’Être unique Où repose l’immensité;
Tu vis existant par toi-même, Brillant de ta clarté suprême Où toute clarté prend son cours; Ton Verbe, parole féconde,
D’un seul mot enfanta le monde-; Tu fus, es, et seras toujours.
Je ne suis rien...; mais, dans mon àme, Je sens brûler un feu divin;
Ton esprit m’échauffe et m’enflamme.
Je te sens vivre dans mon sein.
Comme la lumière éclatante Brille dans la goutte tremblante,
Ton image en mof se. produit.
Je ne suis rien, mais j’ai la vie.
Et vers toi, grandeur infinie,
J’aspire . . et ton doigt me conduit.
Je sais, Seigneur, que ma pensée Ne peut arriver jusqu’à Toi;
Et déjà, d’efforts épuisée,
Mon âme retombe sur soi;
Ma lumière est une nuit sombre ;
Je n’ai pu tracer même l’ombre De tes traits , ô Dieu trois fois saint ! Heureuse pourtant est mon àme De sentir ces pensers de flamme Que lui verse l’amour divin !
Toutefois cette traduction ne peut donner qu’une idée fort imparfaite de l’œuvre de Derjavine, dont le lyrisme arrive par moments au sublime. On cite encore de cet auteur deux pièces fort remarquables, la Cataracte et Félicie.
Dans les pages qu’il consacre à Derjavine, M. Poltoratzky cite une hymne à Dieu , de Bossuet; vers plus curieux que bons, découverts à la Flèche, il y a quelques années, et publiés en 1850 dans un journal allemand.
Krylof (-I7C8), qu’on appelle dans sa patrie le La Fontaine russe, est un fabuliste extrêmement remarquable. Nous ne nous arrêterons pas à essayer de prouver à ses enthousiastes, qui le mettent au-dessus de La Fontaine, que Krylof, malgré son originalité, n’a jamais atteint cette bonhomie suprême de notre fabuliste, qui fait le charme de son œuvre; Krylof, plus satirique par nature que moraliste, a toutefois les véritables qualités qui font l’écrivain de premier ordre, et telles de ses fables sont de vrais petits chefs-d’œuvre; aussi, malgré les altérations profondes que le traducteur fait subir aux œuvres étrangères, allons-nous citer quelques-unes de ses fables, citer étant, croyons-nous, le meilleur et presque le seul moyen de donner l’idée d’une œuvre :
PÉTERSBOURXj ET MOSCOU.