‹ Pétersbourg et Moscou, souvenirs du couronnement d'un tsar;Chapitre 37 sur 75 · SCULPTURE RUSSE · texte numérisé non relu

SCULPTURE RUSSE

Il n’y a guère encore dans cette salle qu’une dizaine de marbres dus à des artistes russes, et parmi ceux-là on peut à peine en citer deux: un Lomonosoff en pêcheur, de M. Iwanof, et une Vénus de M. Vitali.

Ce n’est pas Lomonosoff, académicien et conseiller de collège, professeur de belles-lettres et directeur du cabinet minéralogique, qu’a reproduit M. Iwanoff, et bien il a fait. C’est le jeune pêcheur tourmenté du démon de savoir, et de rendre la poésie abrupte et sauvage qui bouillonnait dans son cerveau. Lomonosoff, revêtu de la simple tunique du pêcheur, est assis sur un rocher au bord de la mer; à ses pieds, des filets ; sur ses genoux, un livre que feuillette son doigt distrait, tandis que ses yeux suivent sa pensée, ardente à l’inconnu, et semblent demander à la nature qui l’entoure ses secreis et la science de toute chose. Cette statue est belle, bien posée, noble d’aspect , et d’un modelé ferme sans dureté. Ce n’est pas seulement une œuvre heureuse par la pensée

qui l’a inspirée, mais encore une belle statue, bonne par l’exécution.

La Vénus de M. Vitali est assez belle par la forme, mais elle est dans une position impossible. Ah! la malheureuse! que je la plains, quand je songe qu’elle est condamnée, jusqu’à la destruction du marbre, à cette situation fatigante, et cela sans jamais pouvoir arriver à dénouer ce lacet de cothurne qu’elle a le tort de vouloir s’obstinera tenir 1 Cette Vénus est debout, le bras gauche appuyé sur un tronc d’arbre qui la maintient en équilibre, la jambe gauche relevée de manière à ce que la main droite puisse saisir le cordon d’un cothurne qu’elle ne pourra jamais détacher. Ah! monsieur Vitali, il eût été si simple de mettre sous ce pied gauche qui pend un appui quelconque, et, tout en laissant à votre statue ses qualités, de lui ôter cet aspect fatigant pour qui la regarde I

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