‹ Pétersbourg et Moscou, souvenirs du couronnement d'un tsar;Chapitre 38 sur 75 · GRAVURES ET DESSINS · texte numérisé non relu

GRAVURES ET DESSINS

Cette collection, située dans l'une des salles du rezde chaussée, à la suite de la bibliothèque de Voltaire, renferme environ deux cent mille feuilles; elle s’est formée peu à peu de la réunion des cabinets de Hermann, Carlo Mequetti, du comte Tolstoï, de Diwoff et de la collection particulière de l’empereur Alexandre. Outre quelques dessins originaux de Raphaël et de quelques autres grands maîtres, elle possède l’œuvre à peu près complète de Marc-Antoine, d’Albrecht Dürer, de Rembrandt, etc. Je n’ai pas l’intention de passer en revue ses cartons riches et nombreux; je ne veux citer que quelques échantillons de diverses écoles, exposés dans des vitrines pour donner au visiteur une idée suc-

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cincte des richesses que renferment ces armoires de citronnier. Ce sont d’abord quelques vigoureuses eauxfortes de Rembrandt , deux feuilles : sur l’une, datée de 1636, six portraits, et au milieu un portrait de femme plein de finesse et de charme; sur l’autre, de 1637, trois autres portraits ; puis un Homme assis , d’un irréprochable fini d’exécution, et enfin un Mendiant , de 1639, qui rappelle les merveilleux Déguenillés de Callot, mort en 1 635, quelques années avant que Rembrandt n’eût gravé cette pochade.

Une des mille et une ravissantes Tentations de saint Antoine , de D. Téniers , vous la voyez d’ici : par terre accroupi, un crapeau à bec d’oiseau décharné, qui dit son chapelet; à gauche, en haut, une chauve-souris qui voltige avec l’insupportable battement d’ailes particulier à ces horribles animaux; puis, au milieu de la composition, la figure du bonhomme saint Antoine, qui ferme les oreilles aux propositions, d’ailleurs peu séduisantes, à le supposer d’après leur manière d’être, de deux bêtes affreuses : un singe vêtu en femme et un de ces animaux innommés, comme Téniers en a tant inventés, toujours à l’usage de ce malheureux saint Antoine. — Trois portraits : François Frank, Juste Sustermans et Lucas Vostermans, et un Ecce Homo de toute beauté, gravés par A. Van-Duck. — Une Vieille et un Enfant, de Rubens.

— La magnifique Descente de croix , de Daniel de Volterre, que possède l’église de la Trinité-du-Mont , à Rome, gravée, ainsi que deux belles compositions prises à la cathédrale de Parme, d’après le Corrége, par Toschi.

— Hhnage de la vie humaine , de N. Poussin, gravée par Raphaël Morghen. — Le Mariage de la Vierge , de Raphaël, par Longhi , le graveur si habile et si bien

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inspiré de la Madeleine liseuse du Corrége. — L'Observateur distrait , un enfant qui fait des bulles de savon, de Miéris, et deux Chardin gravés avec une incroyable finesse par Wille, l’un des graveurs français (quoiqu’il fût né à Kœnisberg) de la fin du dix-huitième siècle. — V Ensevelissement du Christ , de Paul Delaroche, et le Gustave Wasa , de M. Hersent, par Henriquel Dupont. — Le Torrent , gravé par Calame d’après son tableau. — Le Vœu de Louis XIII , de M. Ingres, dûau burin de Calamatta; c’est là d’ailleurs un tableau et même un maître faits pour la gravure, qui leur est infiniment favorable. — Et enfin V Enlèvement de Déjanire , du Guide, gravé par Servie d’après l’admirai île toile du Louvre, et non pas, comme nous l’avions cru d’abord, d’après une reproduction très-belle du même tableau, due au maître lui-même et qui se trouve dans la collection particulière de M. de Montferrand, l’architecte de Saint-Isaac. Nous avions l’intention de borner là nos citations, quand, en parcourant à la hâte les cartons de cette collection, nous avons rencontré des œuvres que nous ne saurions passer sous silence, comme par exemple : un Christ en croix , et une Fuite en Égypte de Martin Schoën ; un portrait de Hoggart, gravé par lui-même; un portrait du Titien , d’après lui-même, gravé par Annibal Carrache. — Une Adoration des Mages, de Lucas deLeyde( 1513), belle et curieuse à la fois par l’exécution et l’incroyable diversité d’expression de tous ces mages du seizième siecle, Flamands de pure essence. — Une Circoncision , de Goltzius (1594) avec le portrait du graveur, à droite; appuyé contre une colonne, on voit se dresser le maître considérant la scène qu’il a composée; sa figure est fine et distinguée, sa moustache fièrement aiguisée ; il a quelque

chose de Rubens avec plus de délicatesse dans les traits. — Un Saint Jérôme , de V Espagnole^ et puis le fameux portrait de Hugues de Moncadek cheval, gravure célèbre et connue sous le nom de II Cavallo, de R. Morghen , magnifique et rare épreuve sur papier de Chine et avant la lettre. — La Cène , de Léonard de Vinci, du même Morghen. — IJ Enfance d' Hercule, ce tableau commandé à Reynolds par Catherine II, gravé par Walker. — Une reproduction gravée du Laocoon, par Bervic, qu’on ne saurait louer, mais devant laquelle on s’extasie. — Une feuille de Portraits (1770), de Boissieu, beaux comme des Rembrandt, avec une netteté de contours que ne connaissait pas le grand maître des jeux de lumière, et, particulièrement dans cette feuille, un Pierrot que rase un barbier, à faire rire un Allemand mort la veille, comme dit Henri Heine. Et enfin des Ostade faits pour charmer les réalistes de goût, comme le Bénédicité avant la soupe.

Outre les collections que nous avons parcourues, le rez-de-chaussée du palais de l’Hermitage possède encore une nombreuse et belle série de Vases peints étrusques et grecs. Cette série a cela de bien remarquable qu’on peut suivre, sur un échantillon au moins, appartenant à chaque période de l’art grec, les progrès et les transformations de cet art, depuis l’époque la plus archaïque, celle qui tient encore aux Égyptiens et aux Assyriens, jusqu’aux beaux temps de la Grande Grèce. Puis voilà la bibliothèque russe et celle de Voltaire, dont nous reparlerons, et les :

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