‹ Pétersbourg et Moscou, souvenirs du couronnement d'un tsar;Chapitre 41 sur 75 · LES ITALIENS · texte numérisé non relu

LES ITALIENS

L’école italienne a ici des toiles nombreuses; il est peu de ses maîtres qui n’y soient représentés, mais nul parmi eux n’y a une œuvre véritablement capitale. Cependant la galerie de l’Hermitage a le mérite, à notre gré. de posséder au moins quelques toiles ou panneaux de ces maîtres de second ordre, quelquefois vraiment

admirables dans leurs œuvres, dont à peine en France nous savons les noms, comme les Belin, Bonifazio , Marconi Rocco, pour ne citer que des Vénitiens, etc.... Four plus de commodité, et quoi qu’il n’en soit pas ainsi du placement des tableaux, nous allons diviser notre course par étapes faites à chaque école.

École de Florence. — Léonard de Vinci (1452-1519). Huit toiles lui sont attribuées; nous citerons seulement, et encore ce ne sont pas là œuvres très-dignes du maître, une Sainte Famille , à mi-corps, avec sainte Catherine; — une Sainte Catherine , couronnée de fleurs, provenant de la Malmaison, et un Portrait de femme , à mi-corps et le buste nu, que l’ancien catalogue, faisant confusion, appelle « Joconde, surnommée la Belle Ferronnière» , et qui ne me paraît être ni la Monna Lisa, ni la femme de l’avocat Féron on du Ferronnier des balles.

Michel- Ang e Buonarotti (1474-1 5C3). L'Enlèvement de Ganymède. Dessin vigoureux qui signe l’œuvre; peinture sèche.

Andrea del Sarto (Vannucchi) (1488-1530). Cinq tableaux. Une Vierge un peu mélancolique, comme toutes les madones de Del Sarto, tient sur ses genoux l’Enfant Jésus; à ses pieds, saint Jean et sa croix; charmant tableau. Une autre Vierge avec des saints ; on lit sur le fragment de roue de sainte Catherine ces mots : « Andrea del Sarto Florentino faciebat. »

Carlo Dolci (1616-1686). Une Sainte Cécile) si un enfant s’arrêtait à regarder ce tableau, il s’écrierait à coup sûr : « Maman, une belle madame qui joue du piano. » Jugement terrible, mais vrai, hélas !

Quelques : Fra Bartolomeo délia Porta (1469-1515); — Ghirlandajo, — Angiolo Bronzino , — Cigoli.

École romaine. — Raphaël Sanzio (1488-1520). Une dizaine de tableaux plus ou moins authentiques. La Vierge d’Albe, composition gracieuse et charmante de * ce groupe à trois personnages que Raphaël a tant de fois reproduit et diversifié chaque fois avec un charme nouveau. Ici, la Vierge, la tête entourée d’une sorte de turban, tient dans la main gauche un livre fermé, tandis qu’elle retient Jésus de la main droite et qu’elle le regarde donner sa croix au petit saint Jean agenouillé. — Une Judith, debout, le pied gauche appuyé sur la tête d’PIolopherne, la main droite posée sur la poignée d’un glaive. Cette Judith est belle et jolie, mais n’est-elle pas plutôt fille de quelque élève de Léonard que de Raphaël?

Pérugin (Pielro Vannucci^ (1446-1529), que nous aurions dû placer avant Raphaël, dont il fut le maître. Il n’y a ici qu’une toile de ce Père des coloristes. C’est un Jésus enfant adoré par la Vierge et des saints.

Jules Romain (Pippi) (1492-1546). Six tableaux. Puis viennent Perino del Vaga , Daniel de Volterre , Frederico Baroccio , Pierre de Cortone et Carlo Maratta.

L’École de Naples ne compte guère en propre que trois ou quatre noms, car Ribera est Espagnol, et le Dominiquin, le Guide et lesCarraches, qui vinrent travailler à Naples, ensemble ou tour à tour, sont Polonais.

Salvator Rosa (1615-1673). Peu de galeries sont aussi riches en œuvres et en belles et bonnes œuvres de ce peintre que celle de l’Hermitage; il y a là des spécimens de toutes ses manières, de Y Histoire et des Marines. , du Genre (quoique ce mot ne fût pas connu en ce temps, on connaissait la chose), et des Batailles, des

Portraits et des Paysages, en tout environ vingt toiles; remarquons seulement : V Enfant prodigue , les Soldats jouant aux dés , tableaux d’une belle ordonnance, figures fermes et belles, bien campées, couleur hardie et charmante ; tout cela est vigoureux, beau, et traité de main de maître. — Le portrait d’un Poète couronné de lauriers passe, je ne sais pourquoi, pour le portrait du Tasse, mort, comme le fait d’ailleurs remarquer le catalogue, vingt ans avant la naissance de Salvator.

Le Denier de saint Pierre , etc.

Luca Giordano (1615 — 1673), que sa merveilleuse facilité a fait surnommer Luca Fa Presto , compte aussi à l’Hermitage une vingtaine de tableaux de tous styles, de tous genres et de toutes grandeurs.

École lombarde. — Andrea Mantegna (1430 — ^506). V Adoration des Mages, composition de trente-sept figures.

Le Garofalo (Benvenuto Tizio) (1481—1559). Six tableaux.

Le Corrége (Antonio Allegri) (1494 — 1534). Un petit (10 pouces sur 12) Mariage de sainte Catherine; on lisait au revers en caractères gothiques : « Laus Deo! per Dona Mathilda d’Este ; Antonio Lieto da Correggio fece il présente quadretto persuadivozione, anno 1517.» — Une Étude de jeune fille. — Portrait d'homme provenant de la galerie Sagredo à Venise. — Une Vierge allaitant, tableau qui fut un jour vendu trois ducats !

Le Parmesan (Francesco Mazzuoli) (1503-1540). Une esquisse de la Vierge au long cou , de la galerie Pitti, et quelques autres Saintes Familles, etc.

Le Caravage (Michel-Ange Amerighi) (1569-1609). Trois belles pages. — Lanfranco (1581-1647), etc.

École de Bologne. — Francia (Francesco Raibolini) (1490-1535). Une seule toile, mais signée de ce maître, le Pérugin de l’école bolonaise. — Jésus enfant , soutenu parla Vierge, élève la main pour bénir.

Les Carraches. Une trentaine de tableaux de Louis (1550-1619) et de ses deux neveux, — Augustin ( 1 558- 1601) et Annibal (1560-1609).

Le Guide (Guido Reni) (1575- 1647). Seize tableaux : Saint François , à genoux, adore l’Enfant Jésus que la Vierge tient debout. — Dispute sur V Immaculée Conception, grande et belle toile, bien composée, bien peinte. — Six controversistes parmi lesquels saint Jérpme et saint Ambroise, méditent et discutent. — La Vierge en gloire plane au-dessus de ce groupe de vieillards, qui est de toute beauté.

L’Albane (1578-1660). Neuf tableaux mythologiques ou sacrés.

Le Dominiquin (Zampieri) (1 58 1-1641). Treize tableaux : un Amour fort ennuyé et fort ennuyeux, et une Sainte Hélène.

Le Guerchin (Giovanni Barbiéri) (1590-1666). Onze tableaux : un Saint Sébastien de toute beauté. — Saint Jérôme. — Saint Pierre et saint Paul.

Ecole de Venise. — Les Vénitiens sont nombreux à l’Hermilage, leur école y est représentée dans toutes ses phases depuis son aurore avec les « Belins » jusqu’à sa décadence avec « Tiépolo. » — Du reste, si riche que soit cette galerie, et elle l’est plus qu’aucune autre, ce n’est qu’à Venise et peut-être à Florence qu’on apprend à cou-

naître les Vénitiens dans toute l’expansion splendide de leurs qualités, dans tout le merveilleux éblouissement de leur charme et de leur couleur.

Giovanni Bell ini (1426-1516). Deux tableaux qui sont loin de la grande toile de l’église Saint-Jean-et-Paul de Venise, ou des tableautins de la sacristie des Frari.

Giorgione (Giorgio Barbarelli (1477-4 5 H). Un fort beau Portrait d'homme. Une médaille peinte au bas du tableau porte un nom et la date de 1511, année de la mort de l’artiste, que la perfidie d’une ingrate maîtresse tua à trente-quatre ans, dans la plénitude d’un admirable talent et d’une vigueur de coloris, qui peut-être l’aurait fait le chef de ces merveilleux coloristes de l’école vénitienne.

Sebastien del Piombo (1485-1547). Portrait du cardinal anglais Polus , qui présida le Concile de Trente. — Un Christ portant sa croix , figure à mi-corps. — M. Mèfrc, qui va peut-être un peu loin dans son enthousiasme, considère ce tableau comme le chef-d’œuvre de l’école italienne à l’Hermitage : « Jamais, dit-il, figure de Christ ne fut rendue d’une manière plus simplement grandiose et plus digne de représenter le Sauveur du monde. »

Le Titien (Tiziano Vecelli da Cadore) (1477-1576). Seize tableaux. — Un beau portrait de Femme; comme toujours, portrait de sa maîtresse, à écouter les catalogues ; toutefois, celui-ci, qui est magnifique, ressemble à la « Délia Donna » du palais Pitti et à cette merveilleuse « Vénus » de la tribune qui a fait tant de passions. — Celle-là, celle de J’Hermitage, est vêtue d’un manteau vert doublé de fourrure, qu’elle retient d’une main sur l’épaule gauche; une petite toque ornée de perles et de

plumes d'autruche, un collier de perles, un bracelet de pierres précieuses complètent son ajustement. — Danaë , dans la position , mais plus abandonnée peut-être que sa Danaëùu Musée secret à Naples; il y a la comme accessoire, au lieu de l’Amour de Naples, une vieille femme accroupie qui tend son tablier pour tâcher de recueillir quelques bribes de cette merveilleuse et allégorique pluie d’or. — Portrait d’un Enfant avec sa bonne ; ce serait, d’après, le catalogue d’Houghton, l’un des fils du Titien, Pomponio ou Orazio ? — La Toilette de Vénus. « Assise sur un lit de repos , la déesse à demi couverte d’un riche manteau de fourrures, se regarde dans un miroir que deux Amours tiennent devant elle. » — Ce tableau vient de la Malmaison.

Bonifacio (1494-1558). Une Adoration des bergers , d’une couleur franche et réjouie.

Marconi Rocco (commencement du seizième siècle), le peintre charmant et expressif de « la Deposizione délia croce con due santi » , de la galerie des Beaux-Arts, à Venise, a, à l’Hermitage, une belle composition de six figures : la femme adultère ; tableau signé.

Pâris Bordone (1500-1570). Une Foi , qui, je le crois, ferait des’cro^ants et même des fidèles.

Le Bassan (Jacopo da Ponte) (1510-1592) et ses deux fils Leandro et Francesco. Une vingtaine de tableaux.

Le Tintoret (Jacopo Robusti) (1512-1594). Quatre tableaux et rien de digne du Peintre du « Martyre de saint Marc » ou du merveilleux portraitiste de tous les Vénitiens célèbres du seizième siècle.

Palma (Il Vecchio) (1515-1550). Une superbe Sainte Conversation ou Adoration des Bergers.

Le Pordenone ( \ 504 -1576). La Femme Adultère ,

belle composition, un peu fade, mais bien ordonnée et bien peinte.

Paul Véronèse (Paolo Caliari) (1530 1588). Seize tableaux, mais pas une de ces grandes pages aux chatoiements magistraux, qui font la gloire de ce décorateur sublime.

Canaletto (Antonio Canale) (1697-1768). Vue de la place Saint-Marc, et « Réception solennelle du comte Gergi, ambassadeur de France; » — Mariage du Doge avec la mer.

Tiepolo (1692-1769), le décorateur heureux du palais Labbia, a ici une Cléopâtre faisant dissoudre une perle pendant un festin , de sa manière la plus étrangement cherchée et heurtée. Ce tableau, d’ailleurs, [n’est pas d’un effet désagréable.

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