‹ Pétersbourg et Moscou, souvenirs du couronnement d'un tsar;Chapitre 61 sur 75 · POUR LA NOUVELLE ANNÉE · texte numérisé non relu

POUR LA NOUVELLE ANNÉE

Voici le nouvel an! — Nos vœux les plus sincères, Très-nobles Dames et Seigneurs ! —

Daignez les agréer; car les pétitionnaires,

Ce sont les pauvres afficheurs!

Des beaux discours, hélas ! nous ne saurons vous dire,

Mais notre langue puise au cœur ;

Et puisqu’entend le ciel c’que notre cœur désire.

Qu’il vous accorde tout bonheur !

De l’an cinquante-sept pendant que l’axe tourne,

Puissent tous s’exaucer Vos vœux !

Dans Votre esprit jamais qu’aucun chagrin séjourne,

Ni dans le corps un mal sérieux !

Réjouissez-Vous donc du bonheur à mains pleines,

Et puissent ressembler toujours

Vos heures à ces eaux rapides des fontaines,

Et Votre année à un seul jour !

Que l’or à flots croissants reflue dans Vos coffres Des quatre coins de l’univers !

Et que le Tout-Puissant, le Tout-Clément Vous offre De n’essuyer aucun revers!

Donc, pour le nouvel an, — Seigneurs et belles Dames, Voilà nos vœux du fond des cœurs!

Donnez un libre essor aux magnanimes âmes;

Largesse aux pauvres afficheurs !

Non contents d’être littéraires en français, les afficheurs de Pétersbourg le sont encore en russe et en allemand; leur compliment se présente formulé dans ces trois langues et toujours en vers! Voilà qui laisse bien loin derrière soi nos tambours de la garde nationale et leurs pauvres félicitations enluminées; je n’ai plus qu’un conseil à leur donner : Qu’ils se pendent !

De radministration civile en Russie : le Tchinn et les Tchinovnicks. — Formulaire de service d’un employé du Tchinn. — Toujours l’uniforme. — Commerce et commercants : les Guildes.

L’idée de Pierre le Grand fut-elle généreuse ou égoïste, quand, par décret du 24 janvier 1722, il fonda le Tchinn? Je crois que douter est lui faire honneur? Voulut-il fonder un immense régiment, que lui, colonel absolu, n’aurait qu’à commander du signe pour être obéi? Voulut-il se créer un appui contre sa noblesse, ou bien, imbu du grand principe de la valeur personnelle, voulut-il, devançant les penseurs de son temps, faire à l’homme capable et dévoué la place due à son mérite ? Je le répète, c’est là une question difficile à résoudre, et pourtant bien des fois déjà résolue, sans que, hélas ! jamais solution ait été donnée en faveur du plus grand des Romanoff. — Mais qu’est-ce que le Tchinn? Le mot Tchinn signifie en Russe : cérémonial, ordre, rang; le Tchinn, c’est l’embrigadement hiérarchique, non pas seulement de l’administration, mais de l’État tout entier; la division en castes nobles de presque tout ce qui n’est pas serf ; c’est l’application à tous, et à toutes choses, du régime militaire; « en un mot, dit M. de Custines, c’est

la division de la population civile en classes qui répondent aux grades de l’armée. Depuis que cette hiérarchie est instituée, tel homme qui n’a jamais vu faire l’exercice peut obtenir le rang de colonel. »

Le tsar Pierre divisa tous ses serviteurs, c’est-à-dire tout son peuple, sauf les esclaves, en seize classes ; ces seize classes ont été depuis réduites à quatorze, dont voici les dénominations au civil comme au militaire :

Page 1