SERVICE MILITAIRE. SERVICE CIVIL
lre
classe Feld-maréchal. . . .
Conseiller privé actuel (1) de lre classe.
— Général en chef ou de
corps d’armée. . . .
Conseiller privé actuel.
— Lieutenant général. .
Conseiller privé.
— Major général .
Conseiller d’État actuel.
— Brigadier ( n’existe
plus) .
Conseiller d’État.
— Colonel .
Conseiller de collège.
— Lieutenant-colonel.. .
Conseiller de cour.
— Major .
Assesseur de collège.
— Capitaine d’état-major.
Conseiller titulaire.
— Capitaine .
Secrétaire de collège.
— Lieutenant .
(N’existe pas au civil).
— Sous-lieutenant. . . .
Secrétaire de gouvernement.
— Enseigne porte-épée.
(Cette classe n’a pas de titre particulier) .
— Enseigne .
Régistrateur de collège.
Chacune de ces classes a droit à une qualification particulière : les trois premières à celle de Votre Haute Excellence ; les deux autres à celle de Votre Excellence , puis Votre Haute Naissance, — Votre Haute Noblesse , et
(1) Dans toute cette suite, le mot actuel n'est qu’un titre et non pas la désignation d’uoe fonction réellement actuelle.
enfin Votre Noblesse pour les dernières classes. Singulière noblesse , d’ailleurs, que celle de la quatorzième classe, qui ne consiste guère qu’à avoir le droit de n’être pas battu : ainsi ne pas pouvoir être battu, cela constitue un privilège.
» Dans l’armée, dit Schnitzler ( Histoire intime de la Russie sous les empereurs Alexandre et Nicolas ), dans l’armée, le premier grade d’officier confère la noblesse personnelle, et, à partir de celui de major, la noblesse héréditaire.
» Au civil, on acquérait, jusqu’en 1845, la noblesse personnelle en entrant dans la dixième classe, et la noblesse héréditaire quand on était promu à la huitième, qui répond au grade de major. Mais ceci a été changé. L'ukase du 23 juin 1845 applique au service civil des disposé tions nouvelles. Donéravant, la noblesse héréditaire y dépendra en grande partie de la volonté du souverain, et la noblesse personnelle sera le plus souvent remplacée par la qualité de notable bourgeois ( patchotnii grajedanine) , introduite par le manifeste impérial du 10 avril 1832, et qui confère aussi divers privilèges, comme l’exemption de la capitation et du recrutement. Les droits attachés à la qualité de notable bourgeois sont héréditaires, etc.
» Ici, on nous demandera : Qu’est-ce que les Tchinovnicks ? — C’est la classe des fonctionnaires, ce sont les gradués du Tchinn; c’est la bureaucratie russe contre laquelle s’élèvent avec raison tant de plaintes, et qui pèse si lourdement sur le pauvre peuple. Ces hommes, la plupart promus par ancienneté, ignorants et orgueilleux, sont les plus fermes soutiens de l’ordre (du désordre, faudrait-il dire) de choses existant. Amis des abus
dont ils vivent, habitués à la violence, d’une vénalité proverbiale, ils ont peu de goût pour la civilisation, et trailent ce qui est étranger, hommes, idées ou usages, avec cette arrogance dont M. de Custines a retracé le tableau en introduisant ses lecteurs au sein de la famille de l’ingénieur de Schusselbourg. »
Puisque le tiers -état (1) est presque nul en Russie, puisque rien n’existe à côté du Tchinn, on se peut figurer combien nombreux sont les tehinovniks, et combien compliquées doivent devenir les affaires administratives; de quelle lenteur elles marchent et quelle voie d’argent est obligé de leur faire le malheureux poursuivant ses droits. On se plaint, trop souvent hélas! ajuste titre, de notre administration; mais qu’est-ce que les ennuis administratifs en France auprès de ceux éprouvés dans l’empire des Tsars! Disons toutefois, non pas pour justifier les tehinovniks, injustifiables à notre sens, mais pour les expliquer, que leurs appointements sont, laplu-
(1) « En dehors des nobles des serfs, et de la classe minime des bourgeois, dit M. Alfred Jacobs dans La Russie ancienne et moderne , il existe, encore, comme au temps de Pierre Ier, quelques uns de ces hommes déclassés dont nous avons déjà parlé, et qui portent le nom de odnodvortsi, au singulier odnovoretz. En langue russe, ce mot veut dire affranchi : mais sa signification est inexacte, puisque les hommes que Ton désigne ainsi n’ont pas été serfs. Le terme d ’odnovortsi désigne la classe ambiguë des petits propriétaires qui n’étaient ni affranchis, ni serfs, ni nobles d’épée, ni seigneurs terriers, avant qu’-on eût tenté de créer une bourgeoisie et des notables. Pierre les assujettit, en 1724, au cens, au recrutement et à la capitation. Seize décrets, promulgués de 1800 à 1842, ont successivement renouvelé les divers actes de cette loi. L’ukase de 1842 accorde aux odnovortsi le droit d’acheter et de vendre entre eux leurs serfs, mais non d’acheter ceux qu1 appartiennent aux gentilshommes. »
PÊÎERSBOURG ET MOSCOU.
part du temps, insuftisants à les faire vivre eux et leur famille. Cependant pour tchinovnik qu’on soit, il n’en faut pas moins vivre; cette nécessité , d’ailleurs, les employés du Tchinn Y exagèrent, car, une fois engagé dans la voie de la concession, on ne s’arrête guère; ce n’est, plus vivre seulement qui pour eux devient récessaire, c’est paraître, briller, mener grand train; aussi tel employé russe qui a mille roubles d’appointements (quatre mille francs), a-t-il une maison montée sur le pied d’une fortune de vingt mille francs de rente; où trouve-t-il la différence?
Voilà comment, parti d’une idée bonne, juste et d’application excellente, si elle eût été mise en œuvre de bonne foi, on est arrivé au servilisme organisé; comment chacun, n’étant plus un homme, mais un rouage plus ou moins important de la machine générale, ne remplit plus qu’un rôle automatique, tout en conservant de l’homme ses instincts mauvais de courtisan, d’ambitieux, de cupide, instincts développés encore par la situation; comment, dis-je, l’employé russe est amené àn’être plus qu’un tchinovnik. c’est-à-dire un être pour lequel le Tsar seul estDieu, et les Excellences ses prophètes, unêtre qui n’a d’autre morale que le succès. La conscience ne pouvant que nuire dans une telle organisation, l’employé n’a pas de conscience ; la probité n’étant que gêne, pas de probité ; le devoir n’étant que niaiserie, il est niais peutêtre, mais ne connaît pas le devoir; l’exaction, la concussion, tel est dans le Tchinn, l’état normal. — Voilà la plaie de l’empire russe, celle qui le ronge jusqu’aux entrailles et pourra le perdre, si l’on ne porte jusqu’au cœur de cette plaie les remèdes les plus énergiques et les plus prompts. L’empereur Nicolas, ce soldat de fer,
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à la volonté si forte et si persistante, a essayé de terrasser le monstre, et il a échoué. Son successeur sera-t-il plus heureux? Nous le croyons; plus préoccupé démoraliser que d’obtenir des résultats immédiats et éclatants, il sait qu’il est des corps qui ne peuvent, sans mourir, supporter l’amputation d’un membre, que la Russie est de ces corps; et que détruire le Tchinn tout d’un coup et par violence, serait sinon impossible, tout au moins fort dangereux. Il sait encore que si ce feu dévorant n’.est pas possible à éteindre d’un seau d’eau , au moins y a-t-il moyen de ne pas l’attiser et d’en voir arriver l’extinction faute d’aliment ; aussi ce qu’on s’appliquera, ce qu’on s’applique déjà à faire, c’est de ne pas fournir de combustible à ce foyer destructeur.
L’assimilation entre l’organisation civile et l’organisation militaire, devient encore plus complète par le port constant de l’uniforme, exigé de part et d’autre de tous les employés. On sait, qu’en Russie, nul d’entre les soldats, depuis l’empereur jusqu’au dernier caporal, nul ne quitte l’uniforme ; un jeune cadet prend l’uniforme dès l’âge le plus tendre, pour ne le quitter plus qu’à sa mort, comme général ou feld-maréchal. — Un officier russe est toujours en tenue, petite ou grande, l’épée ou le sabre au côté, et cela où que ce soit, au spectacle comme au bal, à la parade comme à la Perspective, à la chasse, à la pêche comme chez lui. Amant ou père de famille, fiancé ou mari, il est toujours revêtu de ses insignes militaires, et ce n’est que depuis la mort de l’empereur Nicolas qu’il peut porter la casquette d’ordonnance, et n’est plus asssujetli au casque pesant de cuir bouilli.
Pour le tchinovnik, même contrainte, mais limitée à
l'exercice de ses fonctions; il peut, une fois rentré dans la vie privée, quitter l’habit bleu ou vert, garni, jusque sur les parements des basques, de boutons dorés aux armes de l’empire, pour prendre un paletot.
Et pour appuyer notre dire et conclure sur le Tchinn, nous allons emprunter une longue citation à la Russie en 1839 : Les idées de ces hommes sont en général tournées vers les innovations, tandis que leurs actes sont ce qu’il y a de plus despotique sous le despotisme; sortie des écoles publiques pour entrer dans les administrations publiques, cette classe gouverne l’empire en dépit de l’empereur. Chacun de ces gens-là, le plus souvent fils d’un père venu des pays étrangers, est noble dès qu’il a une croix à sa boutonnière; munis de ce signe magique, ils deviennent propriétaires; ils possèdent de la terre et des hommes ; et ces nouveaux seigneurs, parvenus au pouvoir sans avoir reçu par héritage la magnanimité d’un chef habitué de père en fils à commander, usent de leurs droits en parvenus qu’ils sont.
• Leurs ridicules sont devenus proverbiaux. Ces hommes exercent leur droit de suzeraineté avec une rigueur qui les rend un objet d’exécration pour leurs malheureux paysans. « S’il n’y avait que d’anciens seigneurs, disent les paysans, nous ne nous plaindrions pas de notre condition. » Ces hommes nouveaux, si haïs du petit nombre de leurs serfs, sont aussi les maîtres du maître suprême, car ils forcent la main à l’Empereur dans une
foule d’occasions . Du fond de leurs chancelleries,
ces despotes invisibles, pygmées tyrans, oppriment le pays impunément, puisqu’ils gênent jusqu’à l’Empereur, qui ne sait pas toujours où est la borne de son pouvoir. Cette borne c’est la bureaucratie, force terrible partout,
PÉTERSEOURG ET MOSCOU.