‹ Petit BobChapitre 6 sur 18 · LA FÊTE DE MAMAN · texte numérisé non relu

LA FÊTE DE MAMAN

Bob. — Costume de drap mastic. Col anglais et man-« chettes en toile rayée rouge et blanc. Chaussettes rouges.

Maman.

Bob entre dans le salon suivi de son chien. Il porte péniblement un énorme pot de violettes de Parme et un cahier roulé et noué par un ruban.

Bob. — M'man, c'est moi avec Léon. Nous v'nons t'souhaiter ta fête. S'il est un peu tard, c^est la faute de m'sieu l'abbé, qui m'a encore r'tenu après l'iieure injustement.

Maman. — Oh I

Bob. — Ouï, m'man, injustement... c'est exact... il a dit q'j'avais été insolent , et c'était pas par exprès, m'man, j'te l'promets» et c'est à cause d'toi.

Maman. — De moi ?

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Bob. —Oui, d'ta fête... J'iui ai demandé à quand qu'ça serait la sienne, à m'sieu Tabbé, il a d'abord pas voulu m'Iè dire, et jVouIais l*savoir.

Maman. — Pourquoi ?

Bob. — Oh ! pour des raisons 1 C*est une occasion d'congé... et ^uis, ça m'amusait d'savoir son p'tit nom.

Maman. — Tu lui as donc demandé cela malhonnêtement ?

Bob. — C'est pas ça! y voulait pas dire comment qu^ s'appelle, parce qu'il a un bête d'nom ; enfin il a fini par m'dire q' c'était l'îS octobre sa fête, alors j'ai pris l'almanach, et je m'suis trompé, j'ai cru voir « Saint-Mellon», parc'qu'il était au-dessus... c'est r22, alors ça a fâché m'sieu l'abbé... y a pourtant deux It

Maman. — Tu Tas fait exprès ?

Bob. — Non, m'man, parole 1 J'ai cru pour d'bon ; du reste , pour c' qui est du congé, c'est fichu...

Maman. — Bob...

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Bob. — Oui, y s'appelle « Séverin » et ça tombe un dimanche ! 1*2 3, c'est un dimanche. Pour c'qui est d*n'avoir pas d' veine... Enfin, m'man, j'te souhaite une bonne fête, j'ai mis Tpot dViolettes sur la table... Y n'est pas très beau... y n'a coûté q' trois francs cinquante, mais c'était tout c'qui m'restait... (7/ grimpe sur le fauteuil^ et s'insinue entre le bras et maman.) Et puis, v'ià Tmieux d'mes cahiers... m'sieu Tabbé voulait m'en faire faire un d'copie, pour qù'ça soye plus propre, mais j'ai dit q'non, que j'te connaissais, que tu aimerais mieux un naturel, qu'tu t'ren* drais plus compte; est-ce pas q' c'est vrai, ça ?

Maman, feuilletant le cahier, — Il y a peu de fautes, mais l'écriture est épouvantable.

Bob. — Ah !.. . tu es contente tout d'même, dis ? {Il l'embrasse.)

Maman. — Oui. Ce n'est pas trop mal.

Je te remercie aussi de tes violettes, tu es

un bon Bob.

Bob. — Qu'est-ce que les frères t'ont

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apporté ? y m'ont dissimulé leurs cadeaux...

y sont cachottiers comme tout 1

Maman. — Des compliments et des pots de jacinthes.

BoB^ devenatit tout rouge. — Des compliments, oh I... les traîtres ! Y n'me Tont pas dit. [Réfléchissant.) Ça doit pas v'nir d'eux tout seuls... c'est encore m' sieu l^abbé qu'a ourdi ça... Y m'aime moins, alors il a voulu que j'fasse moins bien qu'eux 1... Y m'paiera

encore ca...

Maman. — Mais, Bob, tu es beaucoup trop grand pour apporter un compliment, ça serait absolument ridicule ; monsieur Tabbé a, au contraire, voulu te voir agir en grand garçon ; tu aurais tort de lui en vouloir.

BoB, rêveur^ suivant une idéejixe. — Tu crois ?.,. J' voudrais c'pendant bien t'donner quelqu' chose qui t'fasse plaisir... {Illuminé.) Ah ! I... j'sais quoi ! {Il sort en courant^ et renifle essoufflé, cachant quelque chose derrière son dos.) Vois-tu, m'man, j'sais qu'tu 'aimes c'que j 't'apporte... Un jour que grand-

LA FETE DE MAMAN I Bg*

pèrem'a donné ça, tu as dit qVétaitdommage^ queje Tcasserais. Certainement qu'c'est c'que j'préfère d'tous mes bibelots, c'est pour ça que j 'suis si content d'te l'donner. • . etpuis c'est vrai q'c'est très beau, y a un juif qui l'a dit, ainsi...

Maman, étonnée. — Un juif ?

Bob. — Oui, un vieux, tout sale, qu'est v'nu une fois acheter des vieux bouquins à m'sieu l'abbé.., qu'il a vu la b... la chose... et qu'il a dit q'c'était malheureux d'iaisser un objet d'une vsCleur pareille entre les pattes d'un gosse... même q' j'étais un peu contrarié qu'il avait dit ça... eh bien, tu d'vmes pas c'que c'est, dis ?

Maman. — Ce n'est pas ta petite boîte?...

Bob, tendant une petite botte d'écaillé blonde entourée de perles avec le chiffre M. A. et une couronne formée en perles.

— Juste! c'est elle I

Maman. — Mon bon Bob, jamais, vois-tu^ je ne te priverai de cela ; je sais à quel point tu tiens à cette boîte, ton grand-père te l'a donnée, et...

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apporté ? y m'ont dissimulé leurs cadeaux...

y sont cachottiers comme tout 1

Maman. — Des compliments et des pots de jacinthes.

BoB^ devenant tout rouge. — Des compliments, oh !... les traîtres ! Y n'me l'ont pas dit. [Réfléchissant.) Ça doit pas v'nir d'eux tout seuls... c'est encore m'sieu l^abbé qu'a ourdi ça... Y m'aime moins, alors il a voulu que j'fasse moins bien qu'eux 1... Ym'paiera encore ça...

Maman. — Mais, Bob, tu es beaucoup trop grand pour apporter un compliment, ça serait absolument ridicule ; monsieur Tabbé a, au contraire, voulu te voir agir en grand garçon ; tu aurais tort de lui en vouloir.

BoB, rêveur .^ suivant une idéejixe. — Tu crois ?... J' voudrais c'pendant bien t'donner quelqu' chose qui t'fasse plaisir... {Illuminé) Ah ! I... j'sais quoi ! {Il sort en courant, et rentre essoufflé, cachant quelque chose derrière son dos.) Vois-tu, m*man, j'sais qu'tu 'aimes c'que j 't'apporte... Un jour que grand-

LA FÊTE DE MAMAN I Bg»

père m'a donné ça, tu as dit q Vêtait dommage^ queje l'casseraîs. Certainement qu'c'est c'que j'préfère d'tous mes bibelots, c'est pour ça que j 'suis si content d'te l'donner. . . etpuis c'est vrai q'c'est très beau, y a un juif qui l'a dit, ainsi...

Maman, étonnée. — Un juif ?

Bob. — Oui, un vieux, tout sale, qu'est v'nu une fois acheter des vieux bouquins à m'sieu l'abbé... qu'il a vu la b... la chose... et qu'il a dit q'c'était malheureux d'iaisser un objet d'une v^tleur pareille entre les pattes d'un gosse... même q' j'étais un peu contrarié qu'il avait dit ça... eh bien, tu d'vmes pas c'que c'est, dis ?

Maman. — Ce n'est pas ta petite boîte?...

Bob, tendant une petite boîte d'écaillé blonde entourée de perles avec le chiffre M. A. et une couronne formée en perles.

— Juste! c'est elle I

Maman. — Mon bon Bob, jamais, vois-tu^ je ne te priverai de cela ; je sais à quel point tu tiens à cette boîte, ton grand-père te l'a donnée, et...

Bob. — JVen prie... jVen supplie... {Prêt à pleurer,) Tu vas pas m'refuser ça, au moins... et aujourd'hui encore ?...

Maman. — Mais...

Bob. — Oh I pas d' « mais », dis ? J'comprends encore qu'on m'dise « mais » quand j'demande quelqu'chose, mais puisqu'c'est justement Tcontraire?... Ohl tu la prends ?... dis ?... dis-l'moi qu'tu la prends!...

Maman. — Eh bien, oui,- et je te remercie beaucoup, beaucoup, Bob, car c'est vraiment gentil à toi de me donner ce bibelot que tu aimes tant.

Bob. — Et, à présent tu vas m'montrer tes cadeaux, dis?... (// tournaille autour du salon.) Ça, d'abord, c'est d'I'oncle Jacques ? (// tombe en arrêt devant un immense et superbe paravent .)

Maman. — Oui... comment as-tu deviné que c'est ton oncle qui ?...

Bob. — Parc'que l'oncle Jacques dit tout l'temps qu'ça manque de paravents ici...

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