‹ Petit carême de MassillonChapitre 20 sur 45 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

Aussi le dernier caractère de la grandeur de Jésus-Christ , c'est la durée et la perpétuité de son règne : et regni ejus non erit finis. Il était hier, il est aujourd'hui , et il sera dans tous les siècles : ses bienfaits perpétueront sa royauté et sa puissance. Les hommes de tous les tems le reconnaîtront, l'adoreront comme leur chef, leur libérateur , leur pontife toujours vivant, et qui s'offre toujours pour nous à son père : il sera même le prince de l'éternité; il régnera sur tous les élus dans le ciel, et l'église triomphante ne sera pas moins son royaume et son héritage que celle qui combat sur la terre. C'est ici une grandeur de perpétuité et de durée.

En effet, la gloire qui doit finir avec nous est toujours fausse. Elle était donnée à nos titres plus qu'à nos vertus ; c'était un faux éclat qui environnait nos

de l'incarnation. 167 places , mais qui ne sortait pas de nousmêmes. Nous étions sans cesse entourés d'admirateurs, et vides au -dedans des qualités qu'on admire. Cette gloire était le fruit de Terreur et de l'adulation, et il n'est pas étonnant de la voir finir avec elles. Telie est la gloire de la plu* part des princes et des grands. On honore leurs cendres encore fumantes d'un reste d'éloge; on ajoute encore cette vaine décoration à celle de leur pompe funèbre. Mais tout s'éclipse et s'éva^ nouit le lendemain : on a honte des louanges qu'on leur a données ; c'est un langage suranné et insipide qu'on n'oserait plus parler : on en voit presque rougir les monumens publics où elles sont encore écrites, et où elles ne semblent subsister que pour rappeler publiquement un souvenir qui les désavoue. Ainsi les adulations ne survivent jamais à leurs héros; et les éloges mercenaires, loin d'Immortaliser la gloire des princes y n'immortalisent que la bassesse s l'intérêt et la laçhçlé de ceuec

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qui ont été capables de les donner.

Pour connaître la grandeur véritable des souverains et des grands, il faut la chercher dans les siècles qui sont venus après eux* Plus même ils s'éloignent de nous , plus leur gloire croît et s'affermit lorsqu'elle a pris sa source dans l'amour des peuples. On dispute encore aujourd'hui à un de vos plus vaillans prédécesseurs les éloges magnifiques que son siècle lui donna à l'envi ; et malgré la gloire de Marignan, on doute si la valeur doit le faire compter parmi les grands rois qui ont occupé votre trône : et avec moins de ces talens brillans qui font \&* Héros, et plus de ces vertus pacifiques qui font les bons rois, son prédécesseur sera toujours grand dans nos histoires, parce qu'il sera toujours cher à la natioîî dont il fut le père. On ne compte peur rien les éloges donnés aux souverain? pendant leur règne, s'ils ne sont répétés sous les règnes suivans.

C'est là que la postérité, toujours équitable, ou les dégrade d'une gloire dont

c de l'incarnation. 169

iU n'étaient redevables qu'à leur puissance e! à leur rang, ou leur conserve un rang qu'ils durent à leur vertu bien plus qu'à leur puissance. Il faut, Sire , que la vie d'nn grand roi puisse être proposée comme une régie à ses successeurs, et que son règne devienne le modèle de tous les règnes à venir : c'est par-là qu'il sera, si je l'ose dire, éternel comme le règne de Jésus-Christ :

El regni ejus non erit finis.

Le règne de David fut toujours ïe modèle des bons rois de Juda, et sa durée égala celledu trônede Jérusalem.

Ce ne furent pas ses victoires toutes seules qui le rendirent le modèle des rois ses successeurs : Saiil en avait remporté comme lui sur les Philistins et sur les Amalécites. Ce fut sa piété envers Dieu, son amour pour son peuple, son zèle pour la loi et pour la religion de ses pères, sa soumission à Dieu dans les disgrâces, sa modération dans la victoire et dans la prospérité, son respect pour les prophètes qui venaient de la part de

170 SERMON POUR LE JOUR Dieu l'avertir de ses devoirs et lui ouvrir les yeux sur ses faiblesses , les larmes publiques de pénitence et de piété dont il baigna son trône pour expier le scandale de sa chute , les richesses immenses qu'il amassa pour élever un temple au Dieu de ses pères , sa confiance dans le grand-prêtre et dans les ministres du culte saint, le soin qu'il prit d'inspirer à son fils Salomon les maximes de la vertu et de la sagesse, et enfin le bon ordre et la justice des lois qu'il établit dans tout Israël.

Voilà , Sire , la grandeur que votre Majesté doit se proposer. Régnez de manière que votre règne puisse être éternel; que non-seulement il vous assure la royauté immortelle des enfans de Dieu , mais encore que dans tous les âges qui suivront, on vous propose aux princes vos successeurs comme le modèle des bons rois.

Ce ne sera pas seulement en remportant des victoires que vous deviendrez un grand roi ; ce sera votre amour pour

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