SUR LA FAUSSETÉ DE LA GLOIRE HUMAINE
Si ego glorifico meipsum , gloria mea nihll est.
Si je me glorifie moi-même , ma gloire n'est rien.
Jean, c. 8 , y. 54.
Sire ,
Si la gloire du monde, sans la crainte de Dieu, était quelque chose de réel, quel homme jusque-là avait paru sur la terre qui eût plus lieu de se glorifier lui-même que Jésus- Christ ?
Outre la gloire de descendre d'une race royale, et de compter les David et les Salomon parmi ses ancêtres, avec quel éclat n'avait-il pas paru dans le monde !
Suivez-le dans tout le cours de sa vie : toute la nature lui obéit; les eaux s'affermissent sous ses pieds j les morts en-
Jj6 POUR LE DIMANCHE
tendent sa voix; les démons, frappés de sa puissance, vont se cacher loin de lui; les cieux s'ouvrent sur sa tête, et annoncent eux mêmes aux hommes sa gloire et sa magnificencp ; la boue enîre ses mains rend la lumière aux aveugles ; tous les lieux par où il passe ne sont marqués que par ses prodiges :il lit dans les cœurs; il voit l'avenir comme le présent; il entraîne après lui les villes et les peuples : personne avant lui n'avait parlé comme il parle; et charmées de son éloquence céleste, les femmes de Juda appellent heureuses les entrailles qui l'ont porté.
Quel homme s'était jamais montré sur la terre environné de tant de gloire ? et cependant il nous apprend que s'il se l'attribue à lui-même, et que sa gloire ne soit qu'une gloire humaine , sa gloire n'est plus rien : si ego glorifico meipsum , gloria mea nihil est.
La probité mondaine, les grands talens, les succès éclatans, ne sont donc plus rien, dès qu'ils ne sont que les
DE LA PASSION. 177 vertus de l'homme; et il n'y a point de gloire véritable sans la crainte de Dieu. C'est ce qui va faire le sujet de ce discours.