‹ Petit carême de MassillonChapitre 25 sur 45 · SUR LES ÉCUEILS DE LA PIÉTÉ DES GRANDS · texte numérisé non relu

SUR LES ÉCUEILS DE LA PIÉTÉ DES GRANDS

Eccè rex tuus venit tibi mansuetus.

Voici votre roi qui vient à vous plein de douceur.

Math., c. 21 3 v. 5.

Sire ,

Par-tout ailleurs Jésus-Christ semble n'exercer qu'avec une sorte de ménagement les fonctions éclatantes de son ministère. Il se dérobe aux empresse mens d'un peuple qui veut l'élever sur le trône: il choisit le sommet solitaire d'une montagne écartée, pour manifester sa gloire à trois disciples : les démons eux-mêmes , qui veulent la publier, sont forcés par ses ordres de la cacher et de la taire.

Aujourd'hui ilparaît en roi, et comme un roi qui vient prendre possession de son empire. Il souffre des hommages

publics; il dispose en maître de l'appareil innocent de son triomphe: Dicite quia Dominas lus opus habet (i). Ii entre dans le temple; et, par des châtimens écîatans, il rend à ce lieu sacra îa majesté que l'indécence d'un trafic honteux lui avait ôtée. Ce n'est plus cet homme qui se dérobe aux regards publics; c'est le fils de David , qui donne des lois, qui exerce une autoritésuprême, et qui veut avoir tout Jérusalem pour témoin de son zèle et de sa puissance.

Il est donc ici le modèle de la piété des grands. Les vertus privées ne leur suffisent pas : il ieur faut encore les vertus publiques. Ce serait peu de les avoir jusques ici exhortés à la piété : l'essentiel est de leur montrer quelle est la piété de leur état. Quoique l'évangile propose à tous la même doctrine, ii ne propose pas à tous les mêmes règles : les devoirs changent avec Tétai ; plus il est élevé, plus ils se multiplient; plus nos places nous rendent redevables

(i) Math; c. 21 ; y. 3.

DES RAMEAUX. 2o3 au public, plus elles exigent des vertus publiques; et nous devenons mauvais, si nous ne sommes bons que pour nousmêmes.

Or, la piété des grands a trois écueils à craindre, qui peuvent changer en vices toutes leurs vertus.

Premièrement, une jrtété oisive et renfermée en elle-même , qui les éloigne des soins et des devoirs publics.

Secondement , une piété faible, timide, scrupuleuse, qui jette l'indécision dans leurs entreprises et dans toute leur conduite.

Enfin, une piété crédule et bornée ; facile à recevoir l'impression du préjugé , et incapable de revenir quand une fois elle l?a reçue.

C'est-à-dire qu'il faut à la piété des grands la vigilance publique, qui fait agir ; le courage et l'élévation, qui font décider et entreprendre; enfin, ou les lumières qui empêchent d'être surpris, ou une noble docilité qui se fait une gloire de revenir dès qu'elle a senti qu'on l'a surprise.

2rQ4 POUR LE DIMANCHE

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