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côtés ont leur vraisemblance , et où Ton peut opter; de ces questions enfin qui sopt plutôt des dérisions secrètes de la foi que les recherches respectueuses d'un véritable fidèle.
Et voilà le seul usage que la plupart des grands font de Jésus-Christ, des questions éternelles sur la religion , interrogabat eum multis sermonibus ; faisant de Jésus-Christ et de sa doctrine un sujet oiseux et frivole d'entretien et de contestation, au lieu d'en faire l'objet de leur espérance et de leur culte ; s'informant de la vérité d'un avenir et de cette autre patrie qui nous attend après le trépas, avec moins d'intérêt qu'ils n'écouteraient les relations d'une terre inconnue et peut-être fabuleuse, où nul mortel n'a pu encore aborder; parlant des faits miraculeux qui établissent la certitude et la divinité de la religion de leurs pères, avec la même incertitude qu'ils parleraient d'un point peu important d'histoire qu'on n'a pas encore éclairci; et par la manière peu sérieuse
POUR LE VENDREDI SAINT. 2^7 dont ils veulent s'instruire de la foi? montrant qu'ils Ton tout à fait perdue.
Aussi Jésus-Christ n'oppose qu'un silence profond à la vanité des questions d'Hérode. On ne mérite les réponses de la vérité que lorsque c'est le désir de la connaître qui l'interroge j et c'est dans le cœur de ceux qui parlent et disputent plus sur la religion , qu'elle est d'ordinaire plus effacée. Oui, mes frères, on a déjà trouvé la vérité quand on la cherche de bonne foi : il ne faut pour la trouver , ni creuser dans les abîmes, ni s'élever au-dessus des airs : il ne faut que l'écouter au-dedans de nous-mêmes. Un cœur innocent et docile entend d'abord sa voix; les doutes et les recherches que forme l'orgueil,1 loin de la rapprocher de nous , ferment les yeux à sa lumière; elle aveugle les sages et les juges orgueilleux de ses mystères, et ne se communique qu'à ceux qui font gloire d'en être les disciples. La soumission est la source des lumières; plus on veut raisonner, plus on s'égare $
plus on doute, plus Dîeu permet que les doutes augmentent : la raison , une fois sortie de la règle , ne trouve plus rien qui L'arrête ; plus elle avance, plus elle se creuse de précipices. Aussi l'hérésie, d'abord timide dans sa naissance, va toujours croissant, et ne garde plus de mesures dans ses progrès : elle n'en voulait d'abord, parmi nous, qu'aux abus prétendus du culte, elle a depuis attaqué le culte lui-même : elle se plaignait que nous dégradions Jésus-Christ de sa qualité de médiateur; elle a enfanté des disciples qui l'ont dégradé de sa divinité et de sa naissance éternelle : elle voulait réformer la religion; elle a fini par les approuver toutes, ou, pour mieux dire , par n'en plus avoir et n'en plus connaître aucune : elle prétendait s'en tenir à la lettre aux livres saints; et cette lettre a été pour elle une lettre de mort, et ses faux prophètes y ont puisé un fanatisme et des visions sur l'avenir que l'événement a démenties et dont elle a rougi elle-même. Non, mes
POUR LE VENDREDI SAINT
frères, la foi est le seul point qui peut fixer l'esprit humain : si vous passez audelà, tous n'avez plus de route assurée, vous entrez dans une terre ténébreuse et couverte des ombres de la mort , vous n'y voyez plus que des fantômes , les tristes enfans des ténèbres; et comme la raison n'a plus de frein, Terreur aussi n'a plus de bornes.
En effet, les questions d'Hérode le conduisent à faire de Jésus-Christ un sujet de risée : sprevit autem illum Heto des (i); et toute sa cour suit son exemple, cum exercitu suo. La vertu la plus pure , dès qu'elle déplaît au souverain, est bientôt digne de l'oubli et du mépris même du courtisan : c'est le goût du prince qui décide presque toujours pour eux de la vérité et du mérite; leur religion est toute, pour ainsi dire, sur le visage du maître; c'est là leur loi et leur évangile, et ils n'ont riën de plus fixe dans leur culte que les caprices et les passions de l'idole qu'ils adorent.
(1) Luc, C. 23, Y. II,
Aussi l'attention , Sire , la plus essentielle que les rois doivent à la place où Dieu les a fait asseoir, c'est de rendre la religion respectable, en ne se permettant jamais la plus légère dérision qui puisse en blesser la majesté Les jeunes années de votre auguste bisaïeul De le virent jamais s'écarter de cette règle; ce fut pour lui la règle de tous les tems et de tous les lieux ; son respect pour la religion de ses pères imposa toujours devant lui un silence éternel à Pimpiété; son langage fut toujours le langage du premier roi chrétien, c'està-dire, le langage respectable de la foi ; l'irréligion était le seul crime auquel il ne pardonnait point; tout était sérieux pour lui sur cet article; nulle joie, nul plaisir n'autorisa jamais devant lui la moindre dérision qui pût intéresser le culte de ses ancêtres; religieux jusqu'au milieu des réjouisssances d'une cour jeune et florissante, la foi ne souffrit jamais des plaisirs et des dissipations inévitables à la jeunesse des rois. Sur ce
POUR LE VENHRFDI SAINT. 2f5l point, S. RE , tout devient capital dans la bouche d'un souverain; une simple légèreté va autoriser la licence de l'impiété, ou Faire de nouveaux impies; on croii plaire en enchérissant , et l^s railleries du maître deviennent bientôt nés blasphèmes dans la bouche du courtisaiT.
Telles sont les passions que !ej> grands opposent à la vérité , et qui condamne nt Jésus Christ à la mort. Que ne puis je achever, et vous montrer les passions d< s grands condamnées par la mort de Jésus-^hrisî !
Hélas! en est- il une seule que sa croix ne confonde ? Il ne meurt que pour rendre témoignage à la vérité; il en est le premier martyr; et les grands craignent la vériré, et il est rare qu'elle ait accès auprès de leur trône. Il n'est roi que pour être la victime de son peuple; et les peuples sont d'ordinaire la vic-
j lime de l 'ambition d s princes et des rois. Les marques ae son autorité , son sctpire^ sa couronne, sont ies instru-
: mens de ses souffrances ; et Tunique
Z6z SERMON usage que les grands font de leur autorité , c'est de la faire servir à leurs plaisirs injustes- Au milieu de ses peine** et de ses douleurs , il n'est occupé que de nos intérêts ; et les grands, au milieu de leurs plaisirs , ne daignent pas même s'occuper des peines et d* s souffranc es de leurs frères. Il souffre a noire place; et les grands croient que tout doit soutfrir pour eux. Il vient de tous les peuples ne faire qu'un peuple, réconcilier toutes les nations, éteindre toutes les guerres; et c'est la vanité des grands qui les allume et qui les éternise sur la terre. Que dirai -je? il n'est roi que parce qu'il est sauveur; ses bienfaits forment tous ses titres; ses qualités glorieuses ne sont que les différens offices de son amour pour nous : tout ce qui est de plus grand , il ne Test que pour les hommes, il est tout à nos usages; et les grands comptent le reste des hommes pour rien, et ne croient être nés que pour euxmêmes.
Voilà, Sire, le grand modèle des
tOVR LE VENDREDI SAINT. 2Ô3 rois. Du haut de sa croix, il instruit les grands et les princes de la terre : Regardez, leur dit- il , et faites selon ce mociè'e; j'ai quitté mon rojaume, et je suis descendu de ma gloire pour sauver mes sujets; vous n'êtes rois que pour eux, et leur bonheur doit être l'unique objet de tous les soins attachés à votre couronne. Oui, Sire, c'est un roi qui donne sa vie pour son peuple, et il ne vous demande que votre amour pour le vôtre : c'est un roi qui ne va conquérir le monde que pour l'acquérir à Dieu ; ne combattez que pour lui , et vous serez toujours sûr de la victoire : c'est un roî qui fait de la croix son trône et le lieu de ses douleurs et de ses souffrances; regardez le vôtre comme un lieu de i soins et de travail , et non comme le siège de la volupté et de la mollesse : c'est un roi qui ne veut régner que sur les cœurs; l'usage le plus glorieux de votre autorité, c'est celui qui vous assurera l'amour de vos peuples : c'est un il roi qui vient apporter la paix, la vé-
264 SERMON rite, la justice aux hommes, et qui ne veut que les rendre heureux; StR£ , régnez pour notre bonheur, et vous régnerez pour le vôtre.
O mon Sauveur! c'est aujourd'hui que vous commencez à régner vousmême sur toutes les nations; vos dern ers soupirs sont comme les prémices sacrées de voire règne, et c'est p^r la croix que vousaiiez conquérir l'univers.
Grand Dieu! que ce soii e le qui affermisse le règne de l'enftnr précieux que vous voyez ici à vos pieds; que la religion en consacre les prémices et en couronne la durée : ce sont ses glorieux ancêtres qui l'ont placé parmi nous sur le trône ; que ce sojt elle qui y soutienne l'enfant auguste qui ne peut vous offrir encore que son innocence, la foi de ses pères, les malheurs qui ont entouré son berceau royal, et la tendresse la plus vive de ses sujets.
Conservez l'enfant de tant de saints et de tant de protecteurs de la foi sainte : ils exposèrent autrefois leur vie et leur
POUR LE V2NBÏÏEBI SÀîNT. 2Ôj couronne pour aller recouvrer votre héritage; conservez ie sien à cet enfant précieux, afin qu'il puisse un jour défendre et protéger l'église que le père vous donne aujourd'hui comme l'héritage que vous avez acquis par voire sang : ils revinrent chargés des dépouilles sacrées de la croix; que ce dépôt saint dont ils enrichirent cette ville régnante, que ce gage précieux de la piété de ses pères, sollicite aujourd'hui surtout vos grâces en sa faveur. N'abandonnez pas l'héritier de tant de princes qui ont été les premiers défenseurs de votre nom et de votre gloire. Les coups de votre colère l'ont épargné au milieu des débris de son auguste famille; laissez-nous ? grand Dieu, jouir de votre bienfait, que nous avons acheté si cher; que ce reste heureux de tant de têtes augustes que nous avons vu tomber à la fois répare nos pertes et essuie nos larmes ; comblez le lui seul de toutes les grâces que vous aviez réservées dans vos trésors éternels à tant de princes
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266 sermon, etc;
qui devaient régner à sa place , et auxquels sa couronne était destinée; réunissez en lui tout ce que vous deviez partager sur les autres , et que son règne rassemble toutes les bénédictions et tous les genres de bonheur que nous nous promettions séparément sous les règnes des princes qu'une mort prématurée nous a enlevés, et auxquels vous n'avez refusé sans doute sur la terre une couronne que la naissance leur destinait, que pour leur en préparer dans le ciel une éternelle. Ainsi soit-il !